Le monde de l'édition > Tribunes

Le citoyen préfère l'action efficace à la logorrhée idéologique

Le jeudi 24 janvier 2013 à 16:00:27 - 1 commentaire

12

  • Zoom moins
  • Zoom plus
  • Signaler erreur
  • Imprimer
  • Envoyer à un(e) ami(e)

illustration

Les Éditions de la Différence donnent aujourd'hui la parole à Jaloul Ayed, ministre des Finances des deux gouvernements de transition qui, en Tunisie, ont suivi la chute de Ben Ali. L'auteur a confié à La Différence le livre qu'il a retiré de son expérience multidimensionnelle de banquier, de financier et de ministre : Tunisie, La Route des jasmins, un ouvrage qui est paru en librairie le 24 janvier 2013, et qui est déjà assuré d'un succès appréciable en France, en Tunisie bien sûr, et au Maroc.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment ne pas ajouter que Jaloul Ayed est également l'auteur de trois symphonies dont la dernière, Hannibal Barca, vient d'être présentée au Kennedy Center à Washington DC.

 

Nous publions, ce jour, des extraits de la conclusion de son livre, un ouvrage d'autant plus important que le Maghreb court le risque que le « Printemps Arabe » soit remis en cause par l'embrasement de pays géographiquement proches.


QUEL AVENIR ?


« La révolution tunisienne n'a pas résulté d'un affrontement idéologique ou politique mais d'une action populaire spontanée réclamant la fin de la dictature et du népotisme propres à l'ère Ben Ali, et recouvrant ainsi une liberté et une dignité longtemps bafouées.

 

Les jeunes Tunisiens, particulièrement à l'intérieur du pays, veulent vivre dignement et envisager l'avenir avec confiance et optimisme. Ils espèrent avoir un jour une place au soleil. Le gouvernement doit s'efforcer, prioritairement, de répondre à leurs attentes et leur donner l'espoir d'un avenir prometteur.


Les débats politiques, idéologiques et théologiques, qui agitent aujourd'hui notre pays, semblent ignorer cet impératif. Ces débats, certes importants dans l'absolu, étant le propre de toute pratique démocratique, sont bien secondaires par rapport aux soucis immédiats de notre peuple. Le citoyen préfère l'action efficace à la logorrhée idéologique. La Tunisie s'est transformée en arène où s'affrontent les différentes mouvances politiques dans le but de préserver, d'accéder ou de partager le pouvoir. Dans cet imbroglio, souvent incompréhensible au citoyen moyen, celui-ci est abandonné à son sort. Il ne voit pas encore en quoi la révolution a changé sa vie ou amélioré sa condition. N'aurait-il pas été plus sage de marquer une pause politique dans la phase délicate de transition et d'examiner les problèmes réels de nos citoyens ? N'aurait-il pas été plus sensé de mobiliser toutes les forces vives de la nation autour d'un programme de sauvetage réfléchi, clairement articulé et promptement exécuté ? Un peuple, qui subit encore les séquelles de la révolution et qui ne s'est jamais investi dans l'exercice démocratique, a-t-il la maturité idéologique de faire les choix essentiels dans un laps de temps aussi court ? Était-il sage de laisser apparaître, à ce stade de notre histoire, une bipolarisation de notre société, taillée sur des considérations idéologiques ou théologiques, à un moment où nous avons le plus besoin de nous unir ? Le propre de la démocratie n'est-il pas que la minorité d'aujourd'hui devienne la majorité de demain ? Ne faut-il pas épargner à notre pays les dégâts peut-être irréparables de choix de société précipités ? Autant de questions auxquelles l'histoire apportera certainement des réponses. Son jugement risque d'être sévère.


[…]

 

058

Manifestation contre le parti de Ben Ali, 18 janvier 2011. (Nasser Nouri, CC BY-NC-SA 2.0)

 


La sagesse requiert pourtant d'avoir le courage de prendre des décisions qui risquent de déplaire aujourd'hui, mais qui portent en elles les germes de la prospérité de demain. La situation actuelle exige d'initier des actions urgentes à court terme, et de conduire de grandes réformes structurelles essentielles à moyen terme. Ces réformes sont pesantes mais nécessaires, et les reporter perpétuellement ne peut qu'aggraver la situation. La prise de conscience collective de ces défis, et des moyens de les affronter, doit s'élever au-dessus des motivations politiciennes – ce qui est bon pour un parti ne l'est pas forcément pour la société tout entière. Et ce qui est bon pour le pays requiert les efforts de tous pour le réaliser : le bien commun doit transcender les considérations partisanes. Quand toutes les forces politiques réunies se prononcent sur la nécessité de traiter un problème, et s'accordent sur la manière de procéder, le peuple comprend et peut même faire preuve de patience, surtout s'il constate une action réelle sur le terrain.


[…]


Dans cette tâche formidable qui nous incombe, la première étape consiste à reconsidérer le rôle de l'État. En effet, seul un État fort peut relever les challenges que se posent à notre société et instaurer, en premier lieu, la sécurité indispensable à la réussite des phases de transition et de consolidation démocratiques. L'État doit repenser fondamentalement son rôle afin de donner l'impulsion aux réformes nécessaires sans plus atermoyer. Il doit moderniser ses structures, initier une rétro-conception de son mode de fonctionnement, et revoir sa politique en matière de délégation et de responsabilisation. De plus, l'État devrait inscrire son action selon le principe de subsidiarité qui définit son intervention dans les activités socio-économiques, entière ou partielle, selon la capacité des différents acteurs de la société à mener ces activités, d'une manière autonome selon l'échelle de compétences et des moyens à leur disposition. En réduisant son action dans les domaines qui peuvent être gérés par les différents acteurs productifs de la société, l'État peut se consacrer davantage à ses fonctions régaliennes, et se focaliser sur les actions sociales dont il a l'ultime responsabilité. Tout en gardant la haute main sur l'économie, l'État doit redéfinir son intervention dans le but de mobiliser derrière son programme socio-économique l'ensemble des agents économiques d'une manière plus intelligente et collaborative. Les outils innovants dont il dispose sont nombreux, et surtout d'une grande efficacité. L'investissement étant l'épine dorsale de toute activité économique, l'État doit innover dans le but de le promouvoir à grande échelle, car c'est là que réside la solution à l'épineux problème du chômage ainsi qu'à la création des conditions d'un développement durable particulièrement dans les zones défavorisées.


« Soigner l'acte d'investir » doit devenir le leitmotiv de sa politique économique. »



Jaloul Ayed


À l'occasion de la sortie du livre Tunisie, La route des jasmins, la librairie Le Tumulte des Mots et les Éditions de la Différence vous invitent à rencontrer Jaloul Ayed le 30 janvier 2013 à 19h00.

 

Retrouvez également Jaloul Ayed sur France 24 dans l'émission « L'Entretien », lundi 28 janvier à 21h45, et en direct dans le journal télévisé en arabe de 17h45.

 

Librairie Le Tumulte des Mots
6 rue de Rochechouart
75009 Paris
www.letumulte.com
M° Cadet

photo La Différence Editions

   

Outre les collections de littérature française et étrangères, de poésie et d'essais, les Éditions de la Différence publient les Œuvres complètes de nombreux écrivains.

 

Mots clés :
Jaloul Ayed - éditions de la Différence - Tunisie - route des jasmins



Réactions

Publié par Makina

 

Les livres à succès ont-ils besoin qu'on les pousse encore ?...

Les livres de qualité sans promo ont, eux, cruellement besoin de soutien.

Avis aux journalistes lucides et courageux.

Écrit le 25/01/2013 à 09:39

Répondre | Alerter

 

Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

Suivez-nous

Désinscription

Communiqué

Rencontre exclusive avec Ken Follett

Rencontres / Débats - Jeudi 16 octobre 2014 à 19h30 - A la librairie C’est un évènement de taille chez [...]

maestro diffusez vos communiqué sur actualitté

Profitez d'un vaste réseau de diffusion pour communiquer sur votre actualité, vos événements et vos parutions !
En savoir +

Sondage

Un abonnement pour les livres numériques, en illimité, ça vous inspire quoi ?

 

 

 

 

 

 

 

Voir les résultats

 

© 2007 - 2014 - actualitté.com