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Marat, une grande figure expiatoire de la révolution française

Le jeudi 19 décembre 2013 à 11:57:01 - 0 commentaire

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Les grandes figures de l'Histoire sont des personnages de roman parce que l'Histoire elle-même est un roman qui s'écrit et se réécrit continuellement. Avant l'écriture, il n'y a pas d'Histoire. Seulement des légendes qui, elles aussi, s'écrivent. Pierre Lepère s'est emparé de Marat, comme précédemment de Nicolas Fouquet ou du duc d'Enghien avec son art précis du maniement de la langue française. Grâce à lui, ils redeviennent vivants comme l'époque où ils ont vécu. C'est cela la littérature. Marat ne dort jamais paraîtra le 2 janvier 2014 aux Éditions de la Différence.

 

 

 

 

 

 

 


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Commencer un nouveau livre est toujours pour moi une épreuve. Il me faut franchir cinquante pages, comme un gué fragile, avant d'être sûr d'aller au bout du chemin. Je pars toujours d'une vision ou d'une écoute. Images, échos, des choses et des êtres que j'ai choisi d'évoquer. Il me semble parfois- en particulier pour ma trilogie des « Perdants magnifiques » dont « Marat ne dort jamais » constitue l'ultime volet après « Le ministère des ombres (Nicolas Fouquet) et «  Un prince doit venir » (Le duc d'Enghien)- que ce sont mes malheureux personnages qui m'ont convoqué pour être leur passeur de mémoire.

Ils ont été tous les trois des victimes expiatoires, le premier enfermé à vie, le deuxième fusillé, le troisième assassiné. Ce qui les relie, c'est la fatalité qui a déterminé leurs destinées, pourtant si différentes.

 

Fouquet n'a pas compris que l'on avait changé d'époque et que le service de l'Etat réclamait désormais des tâcherons efficaces comme Colbert plutôt que des dilettantes de la politique.

 

Le duc d'Enghien est moins connu. Hormis quelques tableaux de son exécution et l'un des tout premiers films de l'âge du muet, il n'a curieusement inspiré que très peu d'œuvres artistiques, même à l'époque du romantisme dont il incarne bien des aspects par son courage, son panache, ses amours et sa mort. Héritier de deux princes du sang meneurs de l'émigration combattante, neveu de Philippe-Egalité qui avait choisi l'autre camp, lorsqu'il a voulu se retirer de la lutte, l'Histoire l'a rattrapé et Bonaparte l'a sacrifié à la raison d'Etat comme l'avait fait le Roi-Soleil avec son insolent surintendant.

 

Marat, lui, contrairement à ses deux acolytes de la Commune, Danton et Robespierre, n'a jamais été au premier plan du pouvoir exécutif. Il a exercé surtout celui de la parole, une parole souvent furieuse mais empreinte aussi, à des moments-clés de la Révolution, d'un sens étonnant du bien public et d'une constante préoccupation du peuple. Célébré après son assassinat, admis au Panthéon, il en fut chassé presque aussitôt et la postérité jusqu'au jour d'aujourd'hui ne lui a guère été favorable. J'ai tenté de rétablir la vérité des faits sans pour autant rabaisser la fascinante Charlotte Corday qui, selon l'expression de Louis Blanc, s'est montrée par son acte « la meilleure élève de Marat. »

 

 

Jean Paul Marat

Stifts- och landsbiblioteket i Skara, CC BY 2.0

 

 

Mes héros peuvent donc apparaître comme des « perdants » au regard de leur trajectoire mais ce sont surtout des êtres poétiques, guidés par la passion autant que par la raison. Ils me semblent incarner magnifiquement le mystère de notre condition humaine, ombres et lumières tissées dans le même secret.

 

Comme pour chacun de ces livres (qui ne sont pas des romans historiques mais se situent « dans l'histoire »), j'ai effectué une recherche à partir des documents les plus sûrs, épluché les journaux, respiré l'air du temps dans ces baromètres de l'époque, écouté le ressac des rumeurs populaires, en arrière-fond des discours et des délibérations de la Convention ou du Club des Jacobins.

 

Pour qualifier ses romans, Jean Cocteau employait une formule que je reprends à mon compte «  poésie de roman ». Mes premiers ouvrages (j'aime ce mot d'artisan) ont été des recueils de poèmes (« Les Antipodes » et « L'imprévu de tout désir », Gallimard 1976 et 1990) et le précédent «  Le locataire de nulle part », longue suite poétique, a paru à La Différence en avril dernier.

 

Mais la poésie n'est pas « la complaisance du vague ». Comme l'affirmait Léon-Paul Fargue, elle est au contraire « précision ». Une précision dans le détail qui n'exclut pas l'émotion, la permet au contraire. C'est la règle à laquelle j'ai essayé de me tenir au cours de l'écriture de cette trilogie. Lever le voile sur ces vies gâchées mais pourtant exemplaires, voilà ce qui m'a guidé. Ne pas rester figé dans l'hier mais, dans un élan vivant, ramener à nous ce qu'on croyait perdu.

Pierre Lepère

photo La Différence Editions

   

Outre les collections de littérature française et étrangères, de poésie et d'essais, les Éditions de la Différence publient les Œuvres complètes de nombreux écrivains.

 

Mots clés :
Marat - Club des Jacobins - Convention - Bonaparte



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