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MegaUpload : Contre le piratage, l'offre légale seule ne suffit pas

Depuis le rapport Patino, on continue de réinventer la roue, encore, et encore...

Par Nicolas Gary,Le jeudi 01 mars 2012 à 18:26:04 - 0 commentaire

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La fin du monde a commencé le 19 janvier dernier, lorsque le FBI faisait fermer le site qui cristallisait toutes les rancoeurs de l'industrie de biens culturels. MegaUpload sous les verrous, le site mis hors ligne et d'état de nuire, tout le monde pouvait dormir sur ses deux oreilles. 

 

C'est que désormais, les internautes allaient se masser et se presser pour chercher les offres légales, qui feraient diminuer les téléchargements illégaux - lesquels ne pourraient de toute manière plus avoir lieu, puisque le grand méchant Satan avait fermé boutique... 

 

Arrêt des hostilités ?

 

Eh bien, ce n'est pas si certain. En effet, le site Clubic vient de dévoiler une étude réalisée par l'Ifop, pour déterminer comment les Français ont bien pu faire évoluer leurs habitudes de consommation, près de 40 jours après de drame. 1249 personnes ont été sollicitées, et l'étude montre d'ores et déjà qu'une sur trois (37 %) pratique le piratage. Or, à la question, est-ce que la fermeture de MegaUpload vous a contrarié dans vos plans de téléchargements massifs et fait arrêter le téléchargement illégal...

  • 48% ont arrêté
  • sur les 52% qui continuent
    • 31% estiment le faire « moins qu'avant »
    • 21% indiquent ne pas avoir modifié leurs habitudes

  Pour François Kraus, directeur de l'étude pour l'Ifop, ce chiffre de 48 % doit cependant être relativisé. « Il est important de noter ici que les usages en matière de téléchargement illégal régulier, que visent finalement des actions comme celle menée contre Megaupload, ne changent pas vraiment. »

 

 

 

 

Ainsi donc, nos confrères pointent que ces 48 % qui ont arrêté ne représentent en fait que ceux qui n'avaient une utilisation peu régulière du téléchargement illégal. Les 86 % de pirates réguliers n'ont en effet pas changé leurs habitudes... Et mieux, il sont aujourd'hui 46 % à envisager de basculer vers une offre légale... mais 49 % à rechercher de nouvelles solutions illégales. Impossible de s'en sortir ?

 

Dans le domaine du livre numérique....

 

Contacté par ActuaLitté, Mathias Daval, auteur de l'étude EbookZ pour le MOTif, estime que dans le cas du livre ou de la BD, la fin de MegaUpload n'aura pas nécessairement un impact monstre sur les pratiques. « Dans le livre et la BD, il y a une forte diversité des hébergeurs DDL utilisés. Megaupload est [était, NdR] en tête, mais sur quelques gros sites seulement, car en globalité on observe plus de 20 hébergeurs différents. Je vous renvoie sur ce sujet au focus que j'ai réalisé pour la mise à jour de l'étude EBookZ, qui sortira dans peu de temps pour le Salon du Livre. »

 

Et confirmant la tendance constatée par l'étude Ifop, il explique que les uns, comme les autres, se sont déjà adaptés. « Les responsables de forums pirates ont d'ores et déjà publié des guides sur les solutions d'hébergement les plus fiables, et ont commencé à rapatrier leurs fichiers ailleurs (opération qui est plus aisée pour le livre ou la BD que pour la vidéo, longue à uploader -- sans compter, la découpe éventuelle). »

 

« Comme il a été commenté à droite à gauche, la fermeture de Megaupload (et ce n'est pas la seule d'ailleurs, car beaucoup d'hébergeurs, à défaut de fermer, ont modifié leurs CGU) décourage d'abord les "pirates occasionnels" »

 

Encore et toujours trop cher

 

Ce que constate en effet Clubic, avec cette étude de l'Ifop, c'est que les offres légales restent dans tous les cas trop chères pour attirer réellement l'oeil et l'intérêt des pirates coutumiers de la toile. « Si l'on regroupe les solutions proposées en fonction de leur légalité, on observe une répartition relativement équitable entre les deux types d'alternatives : 49% des téléchargeurs illégaux vont continuer à utiliser des canaux illégaux, 46% vont opter pour une alternative légale, mais dont une part très importante pour l'offre gratuite (32 %) »

 

Le maître mot reste donc l'idée d'une offre qui, avant de vouloir s'inventer une légalité - il serait fort de café de voir une offre commerciale mise en place par les ayants droits et sociétés des différentes industries culturelles, et qui serait illégale... - c'est avant tout une attractivité que ces dernières doivent trouver. 

 

« Le moment est donc venu d'une collaboration judiciaire et policière active entre États pour porter un coup d'arrêt à leur développement » avait commenté le président de la République au moment de la fermeture de MegaUpload, qui appelait « les ministres concernés ainsi que la Hadopi, qui vient d'engager une consultation à ce sujet, à étudier rapidement l'utilité de compléter notre législation par de nouvelles dispositions ».

 

Au Rapport (ou comment on patine toujours)

 

On les renverra tous au rapport de Bruno Patino, remis à Christine Albanel en juin 2008, qui avait déjà tout dit, et tout dessiné des risques, enjeux et nécessité. Mais que personne depuis n'a cru bon de lire. D'ailleurs, pour mémoire, voici ce qui en résultait :

 

Sur le droit d'auteur, la défense de la propriété intellectuelle ne demande pas à ce que le code soit modifié, cependant « l'entrée dans le numérique » devrait « être appuyée par une réflexion interprofessionnelle sur les droits d'auteur ». C'est heureux.

 

Point essentiel, les détenteurs de droits auront « un rôle central dans la détermination des prix ». Cette condition d'équilibre du marché permettra tout à la fois un commerce équitable et peu enclin à la remise et aux braderies. La loi Lang semble cependant ne pas réellement être adaptée à ce secteur, en particulier du fait de problème dans la définition même du livre numérique.

 

Enfin, M. Patino préconise l'indispensable « conduite d'une politique active auprès des institutions communautaires ». En effet, il semble souhaitable que se crée un « lobby de la propriété intellectuelle », afin de prévenir de toute dérive sur le prix et la TVA. (voir notre actualitté)

 

 

Et du côté de chez Swann ?

 

D'ailleurs, l'essor de l'édition indépendante, réalisée et menée par des auteurs indépendants ou autoédités deviendra peut-être l'une des alternatives vers lesquelles les lecteurs finiront par se laisser guider. Depuis hier, un certain David D Forrest, a annoncé avoir écoulé plus de 10.000 livres numériques, seul, depuis le 4 février dernier.

 

Une aventure aujourd'hui connue aux Etats-Unis, et dont on commence à mieux appréhender le déroulement, mais qui est encore assez inédite  et marginale en France. Du moins, tant que les prix resteront trop chers aux yeux du public.

 

 

L'intégralité de l'étude de Clubic :

 

Pour approfondir



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