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Pottermore, cas d'école pour le futur de l'industrie du livre

A prendre en tout cas en considération...

Par Nicolas Gary,Le mercredi 09 mai 2012 à 12:42:08 - 0 commentaire

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Quel est le devenir de l'édition ? Serait-il en train de s'écrire avec le site Pottermore et ses futurs développements ? On pourrait découvrir un aperçu intéressant sur Futurebook, qui analyse les perspectives que Pottermore offre dans le renouveau des échanges entre éditeurs et revendeurs, tout en forgeant une autre relation avec les lecteurs.

 

Nous avions évoqué ce texte, et les changements imposés dans la politique commerciale d'Amazon, contraint comme les autres de n'être qu'un relais, renvoyant le trafic et les ventes directement vers le site pottermore. À ce titre, les revendeurs deviennent des filiales qui attirent le client, et par ce biais, Pottermore profite plus amplement d'une formule gagnante pour chacun. 

 

C'est que dans ce contexte, les éditeurs disposent d'un contrôle absolu sur les livres numériques - tout du moins, les éditeurs qui disposent d'un modèle aussi fort, avec une figure de proue aussi internationalement connue que Rowling. Un cas sans précédent pour l'heure et que l'on ne reverra peut-être pas demain…

 

 

 

Mais ce qui importe, c'est cette relation nouvelle, tissée avec le client, où le revendeur n'est plus qu'un catalyseur à destination de la maison d'édition. Car il fournit dès lors une série de données impressionnantes pour les campagnes de promotion à venir, ainsi que les projets marketing à venir. Des données dont les éditeurs ne disposent pas encore à l'heure actuelle. 

 

Une fenêtre de tir intéressante, mais un stock de données qu'il faudra traiter par la suite, pour en tirer véritablement profit. À bien des égards, un service comme celui proposé par Immatériel permet de profiter de multiples informations sur les ventes, quasi en temps réel, mais l'information ne va ici que dans un sens. 

 

Alors que les auteurs réalisent de plus en plus l'importance des réseaux sociaux pour assurer leur promotion, Pottermore jouit finalement du meilleur de tous les mondes. Évidemment, dans ce contexte, les librairies indépendantes sont largement mises de côté ; ici, l'éditeur vendeur des livres numériques va se constituer une base précieuse de clientèle fidèle, que les libraires ne sont cependant pas en mesure de fournir.

 

Cependant, le client ne doit pas être dupe de ce type de formule. Nous avions déjà eu l'occasion d'évoquer le problème évident que pose la vente en ligne, et son traitement informatique des personnes. Le livre numérique est en effet, pour le moment, inaccessible en tout anonymat - l'alternative représentée par des cartes créditées que l'on pourrait utiliser pour acheter sans donner de coordonnées bancaires subit d'ailleurs les mêmes limitations. 

Soyons clairs : aujourd'hui, les librairies qui proposent de la vente d'ebooks ne comptent sur les doigts de deux, si ce n'est une seule main - et peut-être même, celle de Django Reinhardt. Qui vendent des ebooks, directement depuis une boutique physique, comprenons-nous. Et même si elles étaient 100, 1000, 100.000, il n'en reste pas moins que l'on ne peut pas acheter de livres numériques, sans carte bleue. Suivez mon regard : sans la petite carte à puce magique, pas d'ebook, même en magasin. Et inutile de parler des Market Android ou de l'App Store : toutes ces boutiques sont reliées viscéralement, pour l'acte d'achat, au numéro de carte bleue de laquelle sera prélevée la somme dite.

 Effectivement, un enfant peut disposer de sa propre carte bleue dès l'âge de 13 ans, mais il ne lui est pas nécessairement possible d'avoir une carte de paiement. Et dans ce cas, seul le retrait de liquide est envisageable. Mais comment paye-t-on la moindre application avec du liquide ? C'est que les nouvelles technologies et l'élément liquide ne font pas bon ménage… (voir notre actualitté)

 

Mais en attendant...

 

Il faut par ailleurs relativiser les choses, et tout le monde ne semble pas raccord avec ce type d'approche. Ainsi,  Alban Cerisier, responsable du numérique chez Gallimard, avait expliqué sa vision des choses à ActuaLitté : « Ce que je peux vous dire, c'est que pour nous, c'est quelque chose qui est problématique, pour l'éditeur de l'oeuvre. Une situation dont on ne voudrait pas qu'elle fasse école, très clairement, dans la mesure où l'édition est fondée, dans son principe, sur des systèmes de péréquations, et a fortiori, dans l'édition littéraire. Mais si l'on brise les éléments de cette péréquation, on met en péril, nécessairement, des équilibres de la création.

 

Alors, évidemment, nous sommes devant un cas de figure avec une auteure internationale, une oeuvre dont la diffusion a été particulièrement exceptionnelle, et donc il y a un caractère hors du commun à ce cas de figure. Nous sommes en discussion avec eux, mais c'est une décision qui pour nous n'est évidemment pas une bonne nouvelle. Et surtout, dont le fait qu'elle puisse faire école est problématique. [NdR : nous soulignons] Si l'on peut imaginer qu'effectivement, dans certains cas, cette diffusion directe par l'auteur puisse être efficiente, il n'est pas du tout évident que ce soit vrai pour l'ensemble des auteurs. 

 

Et dans le quotidien du travail de l'éditeur, on signe 20 contrats par jour : s'il faut réexpliquer à chaque fois à l'auteur le rôle de l'éditeur, on ne s'en sort pas. Or, ce n'est pas de la préservation d'intérêts, c'est juste au coeur même du métier. Donc, si cela devait arriver, et on souhaite que ce ne soit pas le cas, parce que l'on pense que l'on a toute légitimité à assurer une distribution des oeuvres numériques. » 

(voir notre actualitté)

 

Bien entendu, dans ce cas de figure, il s'agissait d'une oeuvre de langue anglaise, et donc traduite. Imaginons qu'un outil aussi important que Pottermore soit articulé autour d'Anna Gavalda, par exemple, ce serait tout bon pour sa structure. Moins pour l'éditeur qui l'avait portée, peut-être.

 

Mais il n'empêche que Pottermore représente une future attrayant pour les éditeurs. Devenu site de convergence pour tous les revendeurs, cet espace centralise les données, les ventes et les fiches clients, au lieu de fournir les livres numériques sur des serveurs FTP, pour alimenter les étals numériques. L'idée n'est donc pas d'être assez courageux pour se lancer dans l'aventure, mais plutôt de comprendre comment se servir des éléments qui seront récupérés. 

 

En outre, un tel outil permettrait bien entendu de contrôler les métadonnées sur les livres numériques, alors qu'une étude a constaté récemment que 95 % des éditeurs découvrent des données fausses sur les librairies en ligne.

Pour approfondir



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