À bord de l'étoile Matutine : pirates loin des caraïbes

Clément Solym - 01.06.2009

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 Annoncé par vos serviteurs il y a une quinzaine de jours, nous avons eu le plaisir de voir notre boîte aux lettres abordée par cent vingt pages de piraterie. À bord de l’étoile Matutine, adaptation ô combien réussie du célèbre roman de Pierre Mac Orlan, est en BD une histoire qui – on le souhaite – à de fortes chances de devenir un incontournable du neuvième art.

Cette histoire de pirate hors normes, dans laquelle les îles ne possèdent pour seul trésor que du rhum salement coupé à l’eau, nous entraîne dans un monde en dehors du temps et de l’espace. Les scènes d’abordages uniquement suggérées laissent place au calme étourdissant de l’après-carnage : les marins se saoulent et partagent leur maigre butin. Oubliez les héros des romans ou des films de piraterie tapageurs. Seuls se tiennent debout des hommes dans toute leur humanité déchirée, les épaules voûtées sous le poids des crimes commis pour survivre.
Les treize tableaux peints à la sueur et au sang par un vieil qui a perdu sa jeunesse dans un schooner battant pavillon à tête-de-mort s’ouvrent sur un meurtre innocent. C’est le point de départ d’une fuite en avant qui pousse le narrateur à s’engager auprès du capitaine Mac Graw et de George Merry, pirates inclassables. Les notions de mort, de folie et de peur sont alors dissoutes dans des aventures sans morale. C’est le sort fait à une chanteuse lyrique, recueillie après l’abordage d’un bateau. La castafiore est abandonnée en pleine mer, sur un bout de caillou couvert de guano. Ce sont des courses à travers des villes baignées par le spectre macabre de la peste pour éviter l’Inquisition. Des lieux chauds et craquelés où « le soleil n’en finissait pas de replier ses rayons homicides ».

Belle ouverture pour une collection attendue de pieds fermes par les fans de BD ! Riff Reb’s s’est saisi du roman de Marc Orlan avec ses tripes, en donnant le meilleur de lui-même dans ce travail de géant. Toujours sujets à discussion lorsqu’ils sont le fruit d’une réelle prise de position, les choix sont clairement défendables. L’ambiance sombre est rendue par une bichromie soignée et particulière à chaque chapitre, renforçant d’autant le rythme singulier de chaque aventure. Les choix de textes et de dialogues nous offrent de vraies perles reflétant en creux le talent littéraire de Pierre Mac Orlan.

Qu’en aurait-il pensé, lui qui a vu ses romans adaptés au cinéma par les plus grands (Quai des brumes adapté par Prévert ; La bandera réalisé par Jean Duvivier) ? À mon humble avis, le plus grand bien. Chapeau bas !