'Alain Soral, je ne veux rien avoir à faire avec ce mec ! Et Fluide non plus.'

Nicolas Gary - 06.01.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - Superdupont - Alain Soral - Fluide glacial


Yan Lindingre, rédacteur en chef de Fluide glacial, le magazine, est ennuyé : il a découvert qu'Alain Soral s'était offert, pour illustrer la jaquette de son DVD sur l'apprentissage de la boxe française, le soutien bien involontaire de Superdupont. Un exercice de stricte contrefaçon... Le personnage, créé par Marcel Gotlib et Jacques Lob en septembre 1972, défenseur de la France en charentaises, contre les forces envahissantes, est avant tout un modèle de dérision et de ridicule. Et d'umour, comme le revendique Fluide...

 

 

 

Crédit photo Fluide glacial

 

 

La récupération du personnage par Alain Soral, ça ne fait définitivement pas plaisir.  « On ne va pas porter plainte, parce que ça n'a pas beaucoup d'ampleur, mais c'est détestable », nous explique Yan Lindingre, joint par téléphone. Le problème, c'est surtout qu'il existe des précédents, avec Superdupont : ce héros franchouillard au possible, combat en effet l'Anti-France. Et dans les années 80, Jean-Marie Le Pen s'était emparé de cette fameuse Anti-France : le président du Front national incarnait alors un autre Superdupont venu en héros, pour défendre le pays. Solé et Gotlib avaient tout arrêté, écoeurés. 

  

"Alain Soral, je ne veux rien avoir à faire avec ce mec ! Et Fluide non plus."

 

 

Superdupont, homo franco-sapiens

Ce personnage tourne en ridicule la paranoïa et la xénophobie de certains Français qui considèrent l'étranger et l'inconnu comme une menace pour la France. Aussi, le physique de Superdupont est-il très caricatural, il porte un béret, des charentaises, une ceinture de flanelle tricolore tenue par une simple épingle de sûreté (« l'épingle de sûreté nationale, dite “Épingle à Nourrice” »), une cape bleue et un maillot de corps de type « Marcel » sur lequel sont inscrites les initiales S et D.

Il pratique le patriotisme économique en prônant sans cesse la consommation de vin et de fromage français tel le camembert et en refusant d'être dessiné avec de l'encre de Chine. Dans le même esprit, il consomme trois paquets de Gauloises par jour, pour soutenir la Régie des tabacs, mais les fume sans les allumer pour ne pas contrevenir à la campagne anti-tabac du Ministère de la Santé. Il prône également le retour au franc en lieu et place de l'euro, toujours au nom des symboles de la France. (via Wikipedia)

« Ce fut la même chose avec la série de Gourio, Vuillemin et Gondot, Hitler = SS [NdR : publiée dans les années 80]. Durant les séances de dédicaces, il y avait des nazillons qui venaient faire signer leur album. Vuillemin était désolé de voir qu'ils étaient pris au sérieux. Chez Fluide, on fait de la dérision et du second degré, on rigole. Superdupont qui sauve la France des étrangers, c'est navrant de le lire autant à l'envers, et d'y lire autre chose que de l'humour », constate Yan Lindingre.

 

L'autre problème, c'est qu'un numéro de Fluide, Made in France, sortira dans 10 jours, et que le rédacteur en chef redoute toute forme d'assimilation. « Alain Soral, je ne veux rien avoir à faire avec ce mec ! Et Fluide non plus. » Superdupont ne s'est pas encore prononcé, mais nul doute qu'il n'appréciera pas de se retrouver en couverture d'un DVD, abusivement.

 

"Aujourd'hui, on est dans un délirium perpétuel"

 

 

« Il fut un temps où je pensais que ça allait de soi, et à l'époque, je déplorais surtout les procès pour antisémitisme que certains, comme BHL, faisaient à tour de bras. Ca me semblait bien plus critiquable.

 

Mais aujourd'hui, on est dans un délirium perpétuel, et d'autant plus que des gens comme Soral ou Dieudonné sont suivis, et tout cela devient très sérieux, parce qu'ils ont une forte écoute. C'est tout de même épouvantable de voir des gens qui se prennent en photo, en train de faire des quenelles devant l'école juive Ohr Torah de Toulouse, où Mohamed Merah avait fait plusieurs morts en mars 2012. Juste épouvantable. » À ce titre, soulignons qu'une enquête a été ouverte.

 

De là à redouter que Fluide n'ait à se justifier, comme Charlie Hebdo avait pu le faire, après avoir été pris à parti par le journal d'extrême-droite, Minute, Yan Lindeingre est plus réservé. « Le problème, c'est qu'il faut taper sur tout le monde, mais quand cela revient toujours sur les mêmes, on franchit peut-être une frontière. Celle qui sépare la satire politique de la démarche commerciale. Je n'ai rien contre cette idée de faire vendre, mais il ne faut pas s'entêter. Un humoriste doit avant tout être dégagé de tout, et rouler pile sur la ligne jaune. »

 

Et de préciser : « Dans tous les cas, je m'exprime au nom d'un journal qui ne fait pas de politique, mais de l'umour et de la bande dessinée. » 

 

Nous avons sollicité Alain Soral, et mettrons cet article à jour.