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Alan Moore dessine Harry Potter... en Antéchrist

Clément Solym - 19.06.2012

Manga/BD/comics - Comics - Alan Moore - Harry Potter - J.K. Rowling


 Dans La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, Alan Moore ne se prive pas de parodier plus ou moins gentiment des personnages de la littérature, comme il parodiait les super-héros des comics dans Watchmen. Dans Century : 2009, la suite de 1969, qui transporte les héros dans un monde parallèle au nôtre, Moore et son compère dessinateur Kevin O'Neill dépeignent un jeune magicien, tout juste sorti de l'école et marqué par une cicatrice... Ça vous rappelle quelqu'un ? Sûrement pas l'Antéchrist, et pourtant...

 

Laura Sneddon, critique indépendante, a eu la chance de recevoir la bande dessinée en avant-première : pour elle, c'est une réussite, qui porte en son sein les vues de Moore sur la culture contemporaine. « Moore n'utilise jamais les mots « Harry » ou « Potter », mais évoque un train magique  caché entre deux quais de King's Cross, qui mène à une école magique [...]. Une cicatrice cachée et un mentor nommé Riddle, lui-même perverti par le personnage maléfique, complètent le tableau » écrit la journaliste.


 

 

 

Moore serait-il masochiste ? Il s'expose en effet à une "fantwa" en touchant à l'un des personnages les plus appréciés de la culture populaire récente, surtout que cet ersatz de Potter représente dans Century : 2009 l'Antéchrist, ou en tout cas un personnage aux intentions condamnables : il envoie des éclairs magiques avec son pénis, quand même. Riddle, son mentor, rappellera d'ailleurs aux lecteurs de la saga de J.K. Rowling Tom Riddle, le véritable nom de Voldemort.

 

Mais s'arrêter à la simple parodie reviendrait à déshonorer le regard acide de Moore sur la culture, la politique et l'économie de son époque. Century : 2009 paraît d'ailleurs en librairie en même temps que Before Watchmen, le préquel à la série culte, qui n'a pas reçu l'aval de Moore, loin de là. (voir notre actualitté)

 

La subversion de « Celui qui a  survécu » serait un bon coup de pied dans la fourmilière productiviste qu'est devenu selon lui le monde de l'édition, puisque le pseudo-Harry devenu grand et mal intentionné jette l'opprobre sur le système scolaire qui l'a abandonné après avoir aspiré tout ce qu'il avait à offrir. J.K. Rowling a-t-elle relevé l'insinuation ? Son refus de commenter la sortie du comics, ainsi que celui de son éditeur Bloomsbury, semblent indiquer que oui.