Angoulême : la Marche des auteurs, contre "l'extinction culturelle française"

Nicolas Gary - 31.01.2015

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La Marche des auteurs était certainement le grand événement d'Angoulême, rassemblant dessinateurs, illustrateurs, coloristes et scénaristes. Un mouvement destiné à attirer l'attention, alors que la réforme des retraites pour les créateurs, entamée par le RAAP, soulève de lourdes questions. La rue Hergé s'est, à partir de 14 h 30, retrouvée noire de monde, alors que la banderole déployée sur toute la largeur s'avançait, portée par Pénélope Bagieu, Lewis Trondheim, Fabien Vehlman et bien d'autres. 

 

 

Marche des auteurs à Angoulême

Marche des auteurs à Angoulême (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

« Nous cherchons un slogan in-te-lli-gent », scande-t-on à l'avant de la marche, comme pour indiquer que le mouvement de solidarité n'est pas non plus dénué d'humour. La cause est sérieuse, mais cela n'empêchera pas de porter le message avec un large sourire. « Les auteurs se mobilisent », constate Marc-Antoine Boidin, membre du Syndicat SNAC BD. « Aujourd'hui ce sont les auteurs BD, évidemment, mais nous marchons pour tous les auteurs. La réforme du RAAP, ces 8 % que l'on va nous amputer en 2016, cela concerne tout le monde. Toutes les organisations d'auteurs doivent s'emparer du sujet : nous voulons faire entendre notre voix, et espérer que le mouvement fasse des petits. »

  

Certainement, et d'autant que les autres organisations d'auteurs « sont en train de se fédérer. C'est un petit peu long parce que nous sommes des auteurs, et que c'est compliqué », poursuit-il. Au sein du Conseil Permanent des Écrivains, la dynamique est cependant en marche. « Nous avions déjà pris part aux actions de la Charte, lors du Salon de Montreuil. D'autres choses sont prévues – et le Salon du livre de Paris arrive – si nous ne sommes toujours pas entendus. Notre but n'est pas d'embêter les festivals, les lecteurs ni les rues : ce que l'on demande, c'est simplement de pouvoir faire notre métier. »

 

Tous les auteurs sont appelés à « solliciter leurs organismes, s'ils estiment que ça ne bouge pas assez ». La mobilisation d'Angoulême apportera un bloc supplémentaire à l'édifice, et la rencontre, prévue ce 1er février, avec Fleur Pellerin, donnera une occasion de parler directement avec la rue de Valois. « Nous aurons l'occasion d'exposer directement nos problèmes, parce que nous n'en avions pas encore eu l'occasion. » La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse avait été reçue : le secteur BD n'attendait que son heure. 

 

Le rendez-vous n'arrangera pas tout, aucune illusion sur ce point.

 

 

Marche des auteurs à Angoulême

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

En revanche, la réaction du président du RAAP, Frédéric Buxin, lors des États généraux de la BD, « a certainement convaincu tous les auteurs... qu'il fallait s'y opposer. Je suis content qu'en présence de tous les acteurs du livre et de la bande dessinée, du ministère de la Culture, il ait montré à qui l'on avait affaire. C'est quelqu'un d'obtus, et son projet de réforme, il s'y accroche : sur le fond, il ne nous est pas possible de discuter. Et a priori, son conseil d'administration est à fond derrière lui ». 

 

 

 

 

Le SNAC BD ne souhaite d'ailleurs pas annuler la réforme, « simplement qu'elle se fasse avec un peu de concertation ». Et Vincent Monadé, président du CNL, l'avait souligné, en intervenant durant les États généraux de la BD : « Une réforme dont la ministre [Aurélie Filippetti, à l'époque, NdR], apprend l'existence, le jour où elle est annoncée, ne démontre pas un véritable travail de concertation. » 

 

Trouver des accords et des arrangements, pour que la réforme avance, « ça implique de discuter. Pour le moment, nous parlons un peu tout seuls ». 

 

Dans la rue, on avance, et il semble bien que le mouvement grossit : d'autres auteurs se joignent à la Marche, qui poursuit son chemin, en direction de l'Hôtel de Ville. L'occasion d'une prise de parole intervient devant chacun : « Quand on voit fleurir des manifestations pour la liberté d'expression, il faut rappeler que notre profession se porte mal. Il y a presque 40 ans, les auteurs sont descendus dans la rue pour que l'État crée un régime de sécurité sociale adapté. En 2012, nous avons obtenu le droit à la formation professionnelle continue, mais au terme de ces avancées une lettre a provoqué la colère de toute la profession. »

 


Marche des auteurs à Angoulême

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

Aujourd'hui, face à une réforme mise en place sans échanges, les auteurs reviennent : « Alors que la majorité des auteurs gagnent moins que le SMIC, ils se sont mobilisés. Le mouvement prend de l'ampleur, nous vous demandons de prendre vos responsabilités et de négocier avec les véritables partenaires sociaux. Nous ne remettons pas en cause le principe de proportionnalité, mais les 8 %. »

 

Et de conclure : « Faut-il vous rappeler que les auteurs sont aussi à l'origine d'une ressource économique en France ? Faut-il vous rappeler que les artistes ne pèsent rien sur l'assurance chômage ? Cette marche n'est que la première démarche. Il est de votre responsabilité de faire les bons choix pour la culture et pour le rayonnement de la France. Nous resterons attentifs et mobilisés. »