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Après l'école, on dessine : différents parcours et expériences

Antoine Oury - 01.04.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - formation BD - illustration - marché professionnel


Si elles restent peu nombreuses sur le territoire, les formations spécialisées en bande dessinée et en illustration se sont assurées et professionnalisées avec les années. Les parcours des élèves, avant et après l'école, témoignent de la diversité des compétences et des parcours. Toutefois, une question demeure : qu'en est-il des débouchés, de l'entrée sur le fameux marché du travail ?

 

 

 

École de bande dessinée Jean Trubert

Une élève de l'école Jean Trubert (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Les différents parcours des deux écoles de bande dessinée et d'illustration parisiennes - l'école Jean Trubert (Anthony-13e arrondissement de Paris) et le CESAN (11e) couvrent tout ce qui a trait au dessin, dans une acception plutôt large. Toutefois, deux épreuves se dressent sur le parcours des étudiants : l'entrée dans l'école, et ce qui les attend à la sortie.

 

Certains élèves choisissent leur voie dès l'obtention du bac : c'est le cas d'Émilie Rayer, qui, après un passage dans une école de dessin 3D, a choisi de « revenir à la 2D ». Après avoir découvert le CESAN sur Internet, et puisqu'elle a « toujours beaucoup dessiné », elle a tenté le concours d'entrée de l'école, sur dossier et entretien.

 

Contactée par ActuaLitté, elle se souvient : « Le concours d'entrée m'a permis de me rendre compte que mon univers personnel n'était pas assez développé, même si le niveau technique était là. » Admise directement en première année pour ses compétences techniques, l'étudiante d'alors trouvera « dans la confrontation avec les autres élèves, adultes ou simplement d'ailleurs, le moyen de sortir des habitudes ».

 

Entre 2010 et 2012, ce sont donc deux années passées à perfectionner des techniques, mais aussi à se « rencentrer sur [elle]-même », pour Émilie Rayer. L'épreuve de fin d'année a été vécue avec « beaucoup d'appréhension », comme tous les examens, mais s'est plutôt bien déroulée pour l'étudiante. « Mikhael [Allouche, directeur pédagogique du CESAN, NdR] prend soin de sélectionner le jury le plus adapté pour chaque type de dessin, et les critiques négatives sont donc toujours constructives », explique-t-elle.

 

 

Cesan, Centre d'enseignement spécialisé des arts narratifs

Plan de travail au CESAN (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

D'autres étudiants partent pour l'école avec moins de bagages : c'est le cas de Mélanie Christin, qui, après un bac S et une première année en médecine, entre en 2006 chez Arc-en-Ciel, l'école Jean Trubert. Elle y suit le parcours illustration, avec en tête les livres pour enfants : « Je suis entrée dans l'école sans savoir dessiner, suite à un entretien avec Chantal Trubert. » Comme beaucoup, passée par ces écoles aux classes réduites et aux professeurs disponibles, elle salue « l'aide individuelle, qui m'amenait à assister à des cours supplémentaires, où je n'étais pas forcément inscrite ».

 

« Ouais ! En route pour la vie ! Par ici la sortie, l'école est finie ! » (Le Klub des 7)

 

Vu la santé et le dynamisme du marché BD, qui semble parfois s'abîmer dans des suites de suites ou d'exploitation de licences, les premières expériences avec le marché professionnel auraient pu mener sur des coups durs. Pourtant, les applications professionnelles de la formation pédagogique semblent multiples.

 

Mélanie Chistin, qui se dirigeait vers l'illustration pour enfants, a rapidement obtenu, en freelance et pour quelques mois, des commandes de petits mobiliers ou de dessins vestimentaires pour les plus jeunes, dès son diplôme en 2007. Rapidement, sa carrière prend un virage lorsqu'elle est repérée par Ankama, l'éditeur de jeux vidéo, en postant des dessins sur le forum dédié au jeu Dofus. Pendant les deux années qui suivent, elle travaille sur le jeu, « sans jamais avoir pensé travailler dans le jeu vidéo auparavant, même si je suis une joueuse depuis longtemps ».

 

 

Transformice, par l'Atelier 801

 

 

Depuis, sa carrière a pris une autre dimension, lorsqu'avec un de ses collègues de travail, elle réalise Transformice, un jeu vidéo Web qui rassemble aujourd'hui 45 millions de joueurs, dont 50 % au Brésil. Les deux créateurs ont monté leur société, Atelier 801, qui génère plus d'un million € de chiffre d'affaires... Une dizaine d'employés plus tard, l'Atelier prépare d'autres jeux...

 

Émilie Rayer, de son côté, salue le travail de suivi effectué par le CESAN : « Nos coordonnées sont conservées, et l'école nous fait suivre les propositions de commandes qu'elle peut recevoir. » Cela n'empêche pas l'autonomie, et l'envoi des book aux maisons d'édition se révèle payant. La dessinatrice a ainsi pu entamer une collaboration avec l'éditeur numérique Booxmaker, tout en trouvant le temps d'actualiser ses productions en vue de conventions et autres salons qu'elle affectionne. « La création de produits dérivés, des badges, des posters, des cartes... permet de se diversifier, et de faire du personnel. »

 

Enfin, les deux écoles ont à coeur de proposer des formations spécifiquement destinées aux reconversions professionnelles. Adeline Pham a pu expérimenter celle du CESAN, après une carrière d'architecte d'intérieur. Cette première activité l'avait familiarisé au dessin, mais elle avait « envie de dessiner plus, je regardais pas mal de blogs BD et d'albums ». Une opportunité professionnelle se présente, et c'est sans hésitation qu'elle entre en septembre 2010 au CESAN.

 

Ce qui l'a vraiment frappée dans cette nouvelle expérience avec la formation pédagogique, c'est « la grande liberté qui règne au sein de l'école, que je n'avais vu nulle part ailleurs ». À présent, Adeline Pham travaille dans la communication, trouve des commandes « à droite et à gauche ». « Il faut du temps pour déterminer son style graphique, se construire un réseau », explique-t-elle, « mais l'école est aussi là pour ça ». 

 

Comme nous l'expliquait Mikhael Allouche, coordinateur pédagogique du CESAN, savoir rebondir de projet en projet est devenu le meilleur atout pour les jeunes artistes. « Le marché de la communication se développe énormément, avec des commandes qui s'appuient sur de plus en plus de dessin et de narration. Même la communication institutionnelle fait appel à des systèmes graphiques plus originaux. Dans une époque d'images, l'originalité du trait devient de plus en plus importante. »

 

À l'école Jean Trubert, à Anthony mais aussi dans le 13e arrondissement de Paris, une troisième année, dédiée aux élèves qui souhaitent prolonger leur formation après le diplôme, leur permet de découvrir les outils du « concept artist », tout en effectuant quelques stages au cours de l'année.