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Bel hommage à Windsor McCay, techniquement inadapté pour la BD

Clément Solym - 16.10.2012

Manga/BD/comics - Univers BD - Windor McCay - doodle - BD numérique


Hier, Google a fait des émules, avec son doodle dédié à Windsor McCay, rendant hommage au personnage Little Nemo in Slumberland, créé en 1905. Le 107e anniversaire était ainsi commémoré par une superbe image à déployer, pour vivre une animation vraiment dans l'esprit de l'auteur. Et qui s'achevait, bien entendu, par un réveil du héros dans son lit, conformément au scénario classique.

 

 

 

 

Un éditeur de BD nous a contactés, interpellé par l'idée que l'on puisse trouver dans cet exemple d'animation une trouvaille pour développer des livres numériques. Mais attention : si l'outil peut être réellement intéressant pour une oeuvre numérique, techniquement, elle ne serait pas particulièrement adaptée à de la bande dessinée. Du tout, en fait. 

 

Le doodle reposait en effet sur une animation, mixage de CSS et de Javascript, et qui utilise ce qu'on appelle des sprites, un outil particulièrement prisé par l'industrie du jeu vidéo. « En fait, ce n'est pas de l'animation en soi, mais simplement une très grande image, qui se déplace très vite pour donner l'illusion du mouvement », nous explique Julien Simon, du Studio Walrus.

 

Un procédé cinématographique, en somme, reposant sur de l'image par image. Le détail de la fabrication de ce projet est disponible à cette adresse, avec croquis et petites explications. 

 

Si dans la réalisation de Google, on retrouve toute la couleur et les jeux de perspectives du dessin de McCaty, il s'agissait également de rendre hommage à l'un des pionniers du dessin d'animation. Ainsi, son court métrage, Gertie the Dinosaur, présentait une réelle innovation dans le domaine. Et pour Google, nul doute que si McCay avait vécu à notre époque, il aurait probablement usé, abusé et largement profité des technologies du web pour explorer une plus grande créativité. « Comme conteur, son imagination va au-delà des limites de la réalité, et même de la technologie de son temps », souligne la société.

 

 

 

Mais revenons à ce qui est de la BD numérique. « Cela représenterait beaucoup trop de boulot, pour que ce soit réellement intéressant. Ce serait en revanche un bon outil pour la réalisation de livres animés ou d'ouvrages pour enfants. En fait, rien n'interdit de l'appliquer à la BD, mais on risque d'y passer plusieurs siècles… Sans compter les processus de validation qui risqueraient de poser problème à la majorité des plateformes de distribution numérique. »

 

Dans les EPUBs, la taille des pages est fixe : elle ne peut pas, comme dans un navigateur, s'étirer à l'infini vers le bas. Même si certains stratagèmes pourraient fonctionner, comme l'emploi de pages non linéaires (exclues du flot de l'EPUB), le procédé serait encore trop soumis à certains supports, à l'iPad pour ne pas le citer... puisque les iDevices sont les seuls à l'heure actuelle à proposer l'utilisation du Javascript. Mais d'autres systèmes de diffusion sont peut-être à inventer pour des oeuvres de ce calibre. 

 

« Je pense par exemple à la lecture en navigateur, directement dans votre fenêtre web. La créativité n'en serait que démultipliée, puisqu'on passerait outre tous les blocages techniques imposés par les constructeurs. Mais c'est une nouvelle économie à inventer, et l'édition numérique n'en est qu'à ses débuts. En revanche, si un bidouilleur nanti de beaucoup de temps s'y collait, cela pourrait faire une très belle bande dessinée numérique... »