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Canardo à Koudouland, avec les mérous à pois rouges

Florent D. - 18.10.2013

Manga/BD/comics - Univers BD - Canardo - drame écologique - espèce menacée d'extinction


Sokal va nous régaler d'un nouveau tome du seul Canard en mesure de rivaliser avec Colombo. Autant  le précédent tome avait quelque chose d'encore sombre, autant ce nouvel épisode frappe fort. Très fort.  Cette fois, c'est l'industrie du film qui en prend pour son grade, avec, sur fond d'île paradisiaque, une catastrophe écologique en perspective.

 

 


 

 

Qu'il soit permis tout d'abord au chroniqueur de saluer le maître Sokal, dont les Canardo peuplent l'humble habitat, avec une joie déraisonnable. Ensuite, de tirer son chapeau devant une nouvelle aventure bien réussie. Débutons : Canardo surveille son neveu Marcel, en attendant que les parents reviennent de vacances. Or, le gamin est fasciné par les aventures de Momo le Mérou, personnage de dessin animé décliné en une multitude de produits dérivés. Il faut bien que les enfants fassent casquer leurs parents. 

 

Réussite d'autant plus grande, pour la production du film, que le poisson est une espèce en voie de disparition, péché autour de l'île de Koudouland. Le mérou à pois rouges y est une source d'alimentation quotidienne pour les habitants, mais la communauté internationale, sensibilisée à cette disparition prochaine, est parvenue à sauver le poisson des cannes et filets humains. Fin de séquence ? Du tout.

 

La femme d'un notable belgambourgeois se fait kidnapper : son mari vient de réaliser des opérations immobilières sur l'île, où se tournent tous les regards. Et bien évidemment, la duchesse du Belgambourg dépêche son meilleur agent, accompagné de son neveu, pour résoudre le conflit et remettre la main sur la bourgeoise. L'enquête est ouverte, au milieu des coraux, des pirates, des mérous à pois rouges et devant l'imbécillité de son neveu. 

 

 

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Il y retrouvera Ballingway, rencontré dans La Cadillac blanche, qui pilote un submersible pour touristes : de quoi s'approcher au plus près des mérous. Mais également des ennuis. De quoi se remettre une petite rasade de Pierre Desproges, à consommer sans aucune modération :  

Quand minou est gonflé de white spirit, prenons un mérou, que nous appellerons François, parce que certains l'appellent François. Portons-le à ébullition. Tandis que le mérou bout, approchez-vous du chat. Enflammez une allumette. Que se passe-t-il ? Eh bien c'est simple, quand le mérou bout le chat pète, alors qu'au contraire, quand le chat bout, le mérou... pauvre animal. (sketch en intégralité ici)

Partir sous les cocotiers fictifs du Koudouland fait un bien fou en cette période de grisaille automnale. Le scénario est bien ficelé, c'est du grand art et du grand Canardo, avec des retournements de situation en pagaille, et une solide intrigue. Et même une moralité : ne pas faire confiance à l'industrie du cinéma. Sauf pour obtenir le maillot du meilleur grimpeur de mythes qui appuient le marketing - celui qui est dessiné avec des pois rouges...

 

Le vieux canard et la Mer, de Sokal, 10,95 € (Casterman)