#CharlieHebdo : "La peur se ne maîtrise pas", disait Charb. Putain, t'as raison

Nicolas Gary - 07.01.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - Charlie Hebdo - attentat meurtrier - crime assassinat


Il y a les faits, et leur traitement. Mais devant le choc que représente l'attentat meurtrier perpétré à la rédaction de Charlie Hebdo, le silence s'impose dans un premier temps. C'est un mouvement de recul, traduisant l'effroi mêlé à l'horreur. Un acte sidérant qui sera qualifié de tous les noms possibles, tentant de restituer l'impression d'impuissance et d'écœurement. 

 

Selon les bilans évoqués dans la presse, on parle de 12 personnes tuées au siège de la rédaction, alors que l'événement prend une portée internationale. Jean-Claude Juncker, président de la commission européenne, Barack Obama depuis la Maison Blanche, ou encore Madrid, Londres, Rome et Berlin dénoncent les événements tragiques. Mais tragédie, est-ce suffisant ? 

 

Parmi les victimes, parmi les morts, des personnalités qui ont occupé le devant de la presse depuis des dizaines d'années. On parle de Wolinski, de Cabu, de Charb, figures emblématiques, mais dans un autre message, l'information est infirmée, puis définitivement confirmée. En réalité, on voudrait l'immédiateté du compte-rendu, son intégralité, pour savoir, ne plus rafraîchir les pages Twitter, les directs des sites d'infos, les chaînes continues.

 

Sauf que les informations arrivent au compte-gouttes, réduisant au silence les voix de dessinateurs qui avaient su s'emparer de l'actualité, tourner en dérision les extrémismes, les torpiller, parce que la liberté de la presse devait être plus forte. 

 

C'est justement avec des kalachnikovs et un lance-roquette que les assassins ont sévi. Difficile de parler de légitime défense de leur part. Impensable de légitimer quoi que ce soit de ce qui a eu lieu. Face au drame, face aux sourcils froncés qui tentent de comprendre, un message se diffuse sur la Toile. Blanc sur noir, et tout se barre. 



 

 

Et puis, ce qui avait tout lieu de servir de « prophétie glaçante », une fulgurance que l'on n'aurait pas souhaité voir réalisée.

 

 

 

Seule certitude, les rédactions françaises vont bénéficier d'une surveillance policière accrue. Et le plan Vigipirate passe la barre de l'alerte attentat. Et comme les meurtriers ont évoqué Al-Qaïda, la psychose va se resserrer, revenir sur les plateaux, Éric Zemmour refera des entretiens, le livre de Houellebecq profitera malgré lui de ce drame. Cela dit, il semblerait que même les éditions Flammarion profitent de ce dispositif de sécurité. Preuve que la sortie du livre Soumission ne laisse pas de marbre.

 

Tout cela est irréel, surréaliste. Probablement pas indicible, les mots se trouvent. Depuis des années, Charlie faisait l'objet de menaces, de surveillance policière, pour assurer la sécurité de ses journalistes, des dessinateurs. 

 

 

 

 

 

En juillet 2013, alors qu'une couverture provocante surgissait, Charb, interrogé par ActuaLitté, avait confirmé cette ligne de conduite, ne rien lâcher. « Ces balles, ce n'est pas nous qui les tirons, ce sont les militaires égyptiens. Écrire ‘Le Coran c'est de la merde', ce n'est pas un slogan, ce n'est pas drôle en soi. Mais regarder la suite, comprendre qu'il s'agit du coup d'État des militaires, ça demande un petit effort... J'en ai tout de même ras le bol de faire un journal pédagogique pour débiles mentaux. Nous n'avons jamais cédé sur cette question. Il ne faut jamais céder. »

 

À l'époque, il s'agissait de l'agression d'un libraire, à Argenteuil, qui avait eu le malheur de placer le tome 2 de La vie de Mahomet dans sa vitrine. « Ce qui m'emmerde, c'est que c'est la partie émergée de l'iceberg. Par crainte ou idéologie, on sait que des libraires ou des kiosquiers ne mettent pas le journal ou le livre en vitrine. Certains libraires nous alertent d'incidents de ce genre, mais combien se taisent ? Ce libraire, avec qui j'ai pu discuter, il revendique sa position et Charlie Hebdo va le soutenir dans son action et sera solidaire de sa plainte, mais je n'en veux pas pour autant à ceux qui ont peur. La peur, cela ne se maîtrise pas. »

 

T'as raison, Charb, la peur ne se maîtrise pas. Et si cela peut servir, la rédaction de ActuaLitté est pleinement solidaire, avec trouillomètre à zéro face à ce qui vient de se produire. Un rasemblement est prévu Place de la République, à Paris, à 19 heures. Dans un message du Salon du livre de Paris, on peut lire : « Quand la vérité n'est pas libre, la liberté n'est pas vraie. »