Comment le piratage parvient à augmenter les ventes de certains mangas

Florent D. - 21.02.2017

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Les liens entre le piratage et la vente d’œuvres font toujours débat. Une nouvelle étude universitaire indique que la contrefaçon peut avoir des incidences positives sur les ventes de livres – sous certaines conditions. L’étude prend pour exemple les mangas sur le marché du Japon, avec une conclusion : les ventes augmentent quand les séries sont achevées.

 

Dédicace de Kaoru Mori

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La contrefaçon tue le livre... peut-être. Mais dans le cas des séries de mangas, très populaires sur les réseaux de partage, les téléchargements ont des répercussions sur les ventes. Le groupe anti-piratage CODA, représentant les éditeurs de manga au Japon, l’annonce tout de go : les pertes liées à la contrefaçon sont estimées à deux fois, ce que rapportent les revenus légaux à l’étranger. Mais qu'en est-il des gains ?

 

Ainsi, le professeur Tatsuo Tanaka, de la faculté d’économie de l’université de Keio, s’est penché sur les liens entre piratage et ventes. Et son postulat était de définir les relations qui s’établissent entre la disponibilité d’une offre illégale et leurs conséquences.

 

Ses recherches s’appuient sur une campagne de demandes de retrait massivement opérée en 2015 par le CODA : 3360 mangas (tirés de 484 séries) ont été impactés par cette opération. Au cours de la procédure, 90 % des demandes de retraits ont été suivies – mais très rapidement, les fichiers reviennent avec de nouvelles URL.

 

Sur l’année 2014, le marché japonais du manga et des magazines liés au manga représentait 3,827 milliards €.

 

Un nouvel éclairage pour les anciennes séries

 

Première analyse : les résultats indiquent que la disponibilité de mangas contrefaits exerce différents effets. En réalité, pour les nouveautés, c’est l’inverse qui se constate. Quand les ouvrages sont récents, le piratage diminue les ventes. Point barre.

 

En revanche, le scientifique pointe que pour les séries achevées et anciennes, la présence d’une offre illégale favorise les ventes. Une sorte d’effet publicitaire, qui balance l’absence de promotion par les éditeurs. « Lorsque les séries de mangas ont pris fin, et que les éditeurs ne font plus aucune publicité pour elles, les consommateurs oublient ces mangas. Nous pouvons interpréter le piratage comme un rappel aux consommateurs de l’existence de ces mangas, et une stimulation des ventes. »

 

L’enjeu pour l’industrie serait alors de définir si l’ensemble de ces observations a un effet positif, au global, ou négatif. On répète souvent qu’en librairie, un ouvrage sur deux vendu relève du fond de catalogue : dans cette perspective, fragile, le bilan serait alors nul, les deux tendances s’annuleraient.

 

Cependant, le scientifique dépasse la problématique pour affirmer autre chose : puisque le piratage n’affecte pas toutes les ventes ni tous les titres, de la même manière, il devient nécessaire d’adopter une stratégie spécifique.

 

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« Si l’effet de la contrefaçon est hétérogène, la meilleure solution n’est pas de faire fermer les sites de piratage, mais de supprimer les fichiers pour lesquels le piratage est nuisible », souligne le professeur Tanaka.

 

Les demandes de suppressions de fichiers dont les séries sont vivaces et contemporaines seraient une bonne stratégie – attendu que les ventes sont négativement frappées. Dans le cas des ouvrages du fonds de catalogue, la présence de fichiers contrefaits serait moins pertinente, puisqu’elle opère comme une campagne de publicité. Ou du moins, leur existence sur les réseaux rappelle aux lecteurs l’existence des œuvres.

 

Mais dans ce cas, encore faut-il que l’on puisse trouver comment acheter lesdites œuvres – et que leur commercialisation soit encore assurée. 

 

 

 

 

 

via Torrent Freak