Contrat à dénoncer, relations lourdes : Festival de la BD animé

Clément Solym - 08.01.2013

Manga/BD/comics - Univers BD - FIBD - festival d'Angoulême - organisation


Ce pourrait être un de plus, ajouté à la liste des mécontents : Gérard Balinziala, président de l'Association des amis du Festival de la BD n'y est pas allé de main morte. Dans un entretien accordé à Sud-Ouest, il évoque les relations médiocres qui existent entre son Association et Neuvième Art +, la société qui organise, pour le compte de l'Association, le Festival. Des relations « quasi inexistantes », qui vont se réchauffer très prochainement... 

 

 

Franck Bondoux, 

délégué général du Festival International de la Bande Dessinée

 

 

Le contrat court pourtant jusqu'en 2017, mais après cette date, s'il y aura toujours un FIBD, il pourrait y avoir d'autres organisateurs, explique clairement Gérard Balinziala : depuis 2007 que Neuvième Art + a les commandes de l'opérationnel, le président, en poste depuis 2009, est quelque peu fatigué de pas mal de choses. Son association  a pour mission de faciliter « bénévolement les relations entre les auteurs et les administrations, particuliers ou industriels qui ont envie de travailler autour de la BD ». 

 

Dans l'accord passé avec Neuvième Art +, l'Association perçoit une dotation de 14.000 € annuelle, et dispose de 17 expositions qui peuvent voyager dans toute la France. Mais les relations avec NA+... sinon avec l'équipe angoumoisine, ne sont pas vraiment au beau fixe. Du tout, même. Si le travail, techniquement et dans l'opérationnel, « était irréprochable », du côté de l'humain : « La seule chose, c'est que le respect de l'association laisse à désirer. On se sent quantité négligeable. » 

 

Ainsi, pour les 50 ans de la BD algérienne, il aura fallu que l'Association fasse « le forcing, en dépit du fait que le maire d'Angoulême a fait le déplacement jusqu'à Alger ». Neuvième Art+ ne voulait pas que l'Association intervienne dans la conception.

 

Or, si le contrat court bien jusqu'en 2017, la sanction arrivera avant : « Nous dénoncerons le contrat avant cette échéance, ce qui n'empêchera pas Neuvième Art + de poursuivre l'organisation du festival jusqu'au terme de l'accord. Il faut que nous le dénoncions d'ici juillet 2015. Sinon, il serait renouvelé par tacite reconduction. Dans la foulée, nous devrons mettre en place les bases d'une consultation. » 

 

Le tout dans le respect, obligatoire, du code des marchés publics. Un appel d'offres, donc, qui pourrait intervenir pour l'édition 2016, et remettre en question probablement le poste d'organisateur. 

 

Rien à cacher, vive la transparence

 

De quoi faire bicher le commissaire général du Salon du livre de Paris, Bertrand Morisset, qui déclarait chez nos confrères de ActuaBD : «  Je respecte beaucoup le professionnalisme de leurs équipes, je ne respecte pas la manière dont l'argent public est capté par une société privée. Ce n'est pas républicain. J'espère que depuis trois ans qu'on alerte les autorités, elles vont enfin bouger. Ils annoncent 192.000 visiteurs, je ne vois pas comment c'est possible à Angoulême. Il faut que les festivals qui travaillent avec de l'argent public annoncent des chiffres véraces. Pourquoi pas un million ou deux millions ?

 

C'est illégal. En France, l'argent public doit être soumis à un appel d'offres. À Angoulême, la loi est bafouée. Le Conseil Général, le Conseil Régional, la Mairie, le Ministère de la Culture, la Chambre de commerce, le Tribunal de Grande Instance... Tout le monde est informé qu'il y a un vice de forme. Il y a une illégalité flagrante. »

 

Contacté par ActuaLitté, celui-ci attend désormais « que les collectivités locales et territoriales réagissent dans le respect et la bonne gestion de l'argent public, c'est-à-dire de l'argent des Français. C'est un retour de la transparence, dont on ne peut que se réjouir ». Reste une question en suspens : pourquoi attendre 2015 pour dénoncer un contrat et une situation qui pourrait être illégale d'ores et déjà en 2013, et depuis plusieurs années ?

 

Sur la question des financements avec de l'argent public, Franck Bondoux avait garanti à ActuaLitté, en mai 2012, que ce fonctionnement n'avait rien d'exceptionnel : « Allez voir comment sont subventionnés tous les événements culturels pratiquement en France et vous verrez qu'il y a des fonds publics dans les événements culturels. Et renseignez-vous sur ce que c'est que l'économie, que l'ingénierie culturelle, et vous découvrirez que ça ne peut fonctionner qu'avec des apports qui sont à la fois des fonds publics et des fonds privés. Et c'est cela, qui est profondément intelligent ». 

 

Mais ce matin, alors que ActuaLitté tente d'obtenir un commentaire, Franck Bondoux n'est pas très en verve : « Je n'ai rien à dire. » Et même en évoquant le fait que le contrat soit prochainement dénoncé : « Je crois que je vous ai tout dit. »

 

Eh bien...