De Cape et de Crocs : retour sur une épopée

Clément Solym - 13.04.2012

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Rideau de fin pour le dernier acte de l'excellente BD de Masbou et Ayroles paru ce 11 avril.  L'occasion de revenir sur la formule gagnante d'un indispensable des étagères.

 

« À bord d'un vaisseau turc, un coffre. Dans le coffre, un écrin, dans l'écrin, une bouteille, dans la bouteille, une carte, et sur cette carte... l'emplacement du fabuleux trésor des îles Tangerines !... » Ainsi commençait le savoureux périple du courtois goupil Maupertuis et de l'hidalgo canin Lope. À peine feuillète-t-on un album de la série que tout y est.

 

Des pages de gardes imitant les vieilles cartes jaunies de Long John Silver, des motifs du théâtre italien, de truculentes figures de styles toutes en allitérations et métaphores. Sans oublier l'escarmouche à la rapière quand la langue s'émousse. Cette fantaisie du XVIIe siècle saisie tout de suite par sa densité. Car au delà d'un scénario typique des films de capes et d'épées, le classique le dispute à l'excellence.

 

 

Classique car le scénario de départ, fortement inspiré par Dumas, Stevenson et les films de Jean Marais ne dépayse pas. Pareil pour le dessin dont l'ingéniosité se trouve dans le fourmillement de détails et d'expressions de visage dont on se souviendra. Et ces animaux aux cœurs d'hommes ont de la gueule, et du panache.

 

Au travers de cette course au trésor qui se mute à la moitié de l'aventure en uchronie lunaire, Masbou et Ayroles offrent un bel hommage à la Commedia comme on l'a dit et au roman picaresque. Citons pêle-mêle les Harpagons qu'on nomme ici Cénile, les serviteurs frustes, les jeunes premiers aux dents longues, Molière y a bonne place. Mais gare à oublier l'appétence de Maupertuis pour l'Alexandrin.  Racine ? Pas vraiment. Les élans lyriques célèbrent la figure en filigrane de l'œuvre : Rostand et son fier hâbleur.

 

                                   Lope et Maupertuis        

 

Voyage sur la Lune que l'on doit au Cyrano historique, mais aussi duels rimés, tirade du nez, et toujours ce mélange de bravade et de belles phrases de ce duo de courtisans-bretteurs. En 10 tomes comme autant d'actes, les auteurs auront entremêlés détails de la grande épopée littéraire, personnalités historiques et héros d'enfance. Mélange diffus qu'Ayroles cultive dans les bulles tel un Shakespeare jonglant entre strophes poétiques et répliques farcesques. A tel point que le duel en dodécasyllabes avait fait l'objet d'une adaptation théâtrale.

 

Pour mieux s'en rendre compte :

 

Hermine : Ouvre cette porte ! Misérable pourceau conçu à tatons dans un hôtel borgne ! Avise-toi de m'effleurer et tu pourras chanter pour le pape !


Armand : Je suis enivré, madame, du plus doux des spiritueux : votre beauté !
Don Lope : Ah, ces Français


Hermine : Señor, à votre accent, je vous devine andalou... M'accorderez-vous cette danse ?
Don Lope : Señorita, il ne sera pas dit qu'un De Villalobos Y Sangrin aura reculé devant le danger !

 

(citations collectées par  le projet Wiki dédié à la série)

 

 

Du panache on vous disait !