De la prépublication en simulcast pour en finir avec le scantrad

Clément Solym - 28.03.2011

Manga/BD/comics - Univers Manga - scantrad - manga - prépublication


Vendredi dernier Xavier Guilbert (rédacteur en chef du9.Org), Raphaël Pennes (directeur général Kazé Manga/Asuka), Aurélien Pigeat (enseignant-chercheur, auteur de l'ouvrage Le scantrad aujourd'hui : mafia blues ?) et Pierre Vals (directeur éditorial de Pika) se sont penchés sur le phénomène du scantrad sous la houlette de Sébastien Naeco du Comptoir de la BD.

Cette table ronde intitulée « Scantrad or not scantrad » proposait un tour d'horizon de ce qu'est le scantrad, des différents types de personnes qui en font et des solutions envisagées par les éditeurs pour le combattre.

Petit historique du scantrad

Tout d'abord, Sébastien Naeco a invité Aurélien Pigeat à dresser un bref historique de cette pratique qui consiste à récupérer des planches de manga, les traduire et les mettre à disposition gratuitement sur le net. Le scantrad (ou scanlation en anglais) a commencé à se développer vers la fin des années 90 dans des communautés anglophones autour de séries phares (comme Dragon Ball). Il s'agissait alors de passionnés qui souhaitaient faire découvrir à de petites communautés des titres qui n'existaient pas sur leur marché.

 



Le phénomène s'est réellement accéléré dans les années 2000 (avec l'arrivée de séries comme One Piece, Naruto et Bleach). La où c'est devenu « complètement ubuesque » a expliqué Aurélien Pigeat c'est quand les scantrads des chapitres des séries du Shonen Jump par exemple ont commencé à être disponibles sur le net 5 ou 6 jours avant leur parution dans le magazine.

Un petit sondage à main levée réalisé dans la salle par Sébastien Naeco a mis en évidence que de nombreux lecteurs de scantrad étaient présents mais aussi des personnes qui regardent des séries US en fansub. Toutes les personnes présentes dans la salle ont indiqué acheter des manga.

Pour Raphaël Pennes, il est évident qu'il y a un fort noyau de passionnés qui lisent des scantrads et achètent aussi des produits finis mais il a insisté sur le fait qu'il ne fallait pas « se voiler la face, il y a beaucoup d'ados qui ont découvert le manga sur le net et qui n'achètent rien ».

Team de scantrad et agrégateurs

De son côté, Pierre Vals a rappelé que le scantrad est illégal comparant cela à du pillage qui se répercute sur les auteurs, les éditeurs japonais et les éditeurs français. Il a expliqué qu'au début, il n'avait pas une attitude vindicative face aux scantraducteurs mais c'est lorsqu'il a vu que certains monétisaient cette activité (via la publicité) qu'il a commencé à changer d'optique.

À ce point, Xavier Guilbert a apporté une précision qui a son importance, rappelant qu'il ne faut pas confondre les équipes de scantraducteurs (ou team) qui bien souvent n'affichent pas de pub sur leurs sites et retirent les scantrad des chapitres qui sont publiés dans leur pays et les agrégateurs qui récupèrent les éléments postés par les teams et engrangent des revenus conséquents avec la publicité.

En parlant des agrégateurs de contenu, Aurélien Pigeat a rappelé la tentative de MangaHelpers de négocier avec les éditeurs japonais afin de proposer une formule légale qui aurait été basée sur le principe de la scantraduction. Comme on le sait cette proposition a été refusée.

Les motivations des lecteurs

Selon, Xavier Guilbert plusieurs éléments poussent à lire des scantrad. Tout d'abord, deux éléments d'ordre identitaire, la rébellion et la pression de l'entourage (à savoir les amis par exemple qui vont se moquer d'une personne parce qu'elle attend et qu'elle paye pour quelque chose qu'elle pourrait avoir tout de suite gratuitement). L'aspect découverte est aussi important, c'est-à-dire aller chercher le titre qui n'est pas encore connu en France. Il y a aussi le coût bien évidemment et le confort et la facilité d'accès.

 

 



Pour combattre le scantrad, tous les acteurs présents se sont entendus pour dire qu'il faudrait une offre numérique satisfaisante. Les Japonais ont déjà tenté de rentrer sur le marché du numérique français, notamment Square Enix qui proposait un service de lecture (pas de téléchargement) de quelques titres déjà parus en version papier. D'après Raphaël Pennes, l'initiative n'a pas eu un grand succès. Il a avancé le chiffre de 12 achats entre la France et les États-Unis depuis l'ouverture du site.

Et côté français, où en sont les éditeurs ?

Les éditeurs présents semblaient tous motivés pour lancer un service en ligne mais ils se confrontent à un problème de taille. Pierre Vals a expliqué qu'il s'agit d'un problème de droit. Il a affirmé que cela faisait 4 ans que Pika négociait avec les Japonais sans parvenir à un accord. Et les Japonais eux, doivent aussi trouver des accords avec leurs auteurs.

Selon Aurélien Pigeat, il faudrait un système de prépublication en ligne international et taper fort sur les réseaux de scantrad pour rétablir un peu la situation. Ce à quoi Pierre Vals a ajouté que tant qu'il n'y aurait pas une offre numérique en quasi simultanée, il ne serait pas possible de combattre le scantrad. Un avis que partage Raphaël Pennes qui a estimé que l'accessibilité rapide au contenu sera une clé pour freiner le scantrad. Un peu dans le genre de ce que Kazé a mis en place avec les vidéos en simulcast sur KZPlay.

Une autre clé pourrait aussi être une bonne communication des éditeurs. Et Raphaël Pennes de préciser son idée en indiquant qu'il ne fallait pas des messages culpabilisants comme on en trouve dans les DVD mais plutôt valorisants. Un message pour remercier le lecteur de soutenir la chaîne du livre avec ses achats.

L'offre numérique, une urgence pour les éditeurs

Pour Pierre Vals, la solution idéale consisterait en un accord global avec les éditeurs japonais et une formule d'abonnement. Raphaël Pennes souhaiterait voir naître une plateforme réunissant les contenus numériques avec prépublication. Quoi qu'il en soit, il a estimé qu'il fallait agir rapidement car la situation devient incontrôlable. Il faudrait aussi, selon lui, que les scantraducteurs se responsabilisent.

On notera tout de même qu'une telle conférence aurait pu être le théâtre de l'ire des éditeurs, et qu'il n'en fut rien. Au contraire, le ton a été modéré. Les éditeurs semblent bien avoir compris ce qui motive les scantraducteurs et ont expliqué comment ils tentent de proposer un équivalent légal. Évidemment, ils sont pris entre deux feux et n'en ressentent que davantage l'urgence de la situation mais voir des éditeurs papier très motivés pour mettre en place une offre numérique, ça fait plaisir.

 

 

 




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