Deep Singh : un super-héros sikh pour diversifier la BD

Julien Helmlinger - 06.03.2015

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Une simple recherche sur Google permet de s'en rendre compte, dans l'univers de la BD, la communauté sikhe, estimée à plus de 20 millions de personnes pour ce qui concerne l'Inde, reste largement représentée à travers les stéréotypes. Que ce soit dans les aventures de Tintin ou ailleurs, les personnages sikhs sont bien souvent fakirs, chauffeurs de taxi, acolytes de vilaines sectes, ou encore gardes du corps. On ne les trouve guère parmi les super-héros, mais Deep Singh aka Super Sikh, justicier au turban, entend changer la donne.

 

 

 

 

 

L'univers des super-héros fourmille de protagonistes à peau blanche, valides, quand ils ne sont pas dotés de pouvoirs hors du commun, hétérosexuels, et plutôt masculins. Des membres de la communauté sikhe venant au secours de la veuve et de l'orphelin, on n'en croise pas des masses dans la bande dessinée. Mais la demande va désormais croissante, pour davantage de diversification des héroïnes et des héros, qu'elle soit de sexes, d'ethnies, de croyances religieuses ou de nationalités.

 

Pour l'heure, la BD cherchait encore son véritable héros sikh. La Delhi Comic Con s'est dotée, au moins depuis l'année dernière d'une mascotte, Super Kudi, sorte de superwoman du Pendjab, et le capitaine Némo d'Alan Moore, dans La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, semble vénérer Kali sous son turban. Par ailleurs, un certain Vishavjit Singh, auteur de comics, se promène habillé en Captain America enturbanné à travers les rues des USA, mais la communauté manquait d'un personnage de premier rang.

 

La foi, les aspirations et autres expériences spécifiques à cette communauté originaire du Pendjab et de la région au nord de Delhi, seront désormais centrales à la BD de Supreet Singh Manchanda et Eileen Alden, baptisée sans trop d'originalité Super Sikh. Le nouveau héros est un orphelin vivant avec tante et oncle en Inde. Il mène une double vie, employé dans le secteur des technologies de l'information de jour, agent spécial hautement qualifié des SAS une fois la nuit tombée sur le pays.

 

 

Le comics joue aussi avec certains clichés persistants

 

 

Le protagoniste emprunte quelques traits à Batman, en vivant parmi les mondains, ne possédant pas de pouvoirs fantastiques, mais plutôt des compétences solides et l'équipement qui va avec. Mais il ne porte pas de masque, de cape, ni même de collants. En ce sens, il se rapprocherait peut-être un peu d'une sorte de James Bond, mais porte haut les signes de son appartenance communautaire. Il est par ailleurs ouvert à la culture occidentale, notamment grand amateur d'Elvis Presley...

 

Curieusement, par rapport au passé colonial de l'Inde, le superhéros travaillera parfois au service de la couronne britannique, même si, comme Bruce Wayne, il saura également agir en freelance. Dans le contexte actuel, le premier grand antagoniste de Super Sikh sera un leader taliban, Salar Al Amok, un choix qui risque de soulever des questions, pour une publication censée rompre avec les stéréotypes. Il n'y a plus qu'à souhaiter à la publication de ne pas virer à la parodie involontaire.

 

Quoi qu'il en soit, la campagne Kickstarter du projet est parvenue à atteindre ses objectifs de financement le mois dernier, en moins de deux jours. Les deux initiateurs sont basés aux États-Unis, où les maisons d'édition de comics comme Marvel et DC diversifient également super-héros et artistes.