Enki Bilal : "Une révolte collective d'auteurs", pour une édition humaine

Clément Solym - 13.11.2012

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Exclusif : L'annonce de ce matin fait un grand boum : plusieurs auteurs de la maison Casterman interpellent publiquement Antoine Gallimard, nouveau propriétaire de Flammarion, et de sa filiale BD. Ils déplorent « le mépris dont les auteurs Casterman font l'objet », et évoquent même la possibilité de quitter la maison, pour « d'autres cieux éditoriaux plus amicaux ».

 

 

Enki Bilal, crédit ActuaLitté

 

 

Contacté par ActuaLitté, Enki Bilal, l'un des signataires de cette lettre ouverte confirme ce sentiment de dépossession. « Nous avions tous été heureux d'apprendre que ce serait la maison Gallimard qui allait racheter Flammarion, et non un fonds de pension américain. Et si nous n'avons eu aucun contact avant la vente, ce n'était pas le lieu, nous déplorons tous de n'en avoir eu aucun depuis, avec Antoine Gallimard. » 

 

Il revient également sur le départ de Louis Delas, directeur général de Casterman, « un homme avec lequel nous avons travaillé durant de longues années, et qui est ainsi débarqué sans que nous ne soyons informés au préalable, c'est un petit peu exagéré. La part humaine, dans l'édition, est à mon sens indispensable, et elle est réellement négligée, jusqu'à ce jour ». 

 

Louis Delas avait en effet formulé une proposition de rapprochement entre L'Ecole des Loisirs, propriété familiale, et les éditions Casterman. Mais le feu vert n'aura jamais été donné, contraignant le directeur général à quitter son poste. « Cette situation brutale, liée au fait que nous ayons été mis devant le fait accompli, ce n'est pas comme ça que j'envisage le travail entre éditeur et auteur », souligne Enki Bilal.

 

Évoquant un « élan de solidarité des auteurs, qui sont également des amis », il demande que Gallimard fasse preuve de respect, alors que l'impression actuelle est surtout d'être « complètement déconsidérés. Je ne vois pas l'édition de cette manière, et nous sommes tous d'accord sur ce point. L'aspect humain est primordial ». 

 

Coupant court aux rumeurs qui évoqueraient des questions financières, il ajoute : « Ce ne peut pas être une question d'argent : nous n'avons eu absolument aucun contact. » 

 

D'autres auteurs de renom se sont également associés depuis ce matin à cette lettre. Ainsi, on retrouve par exemple Christian Binet. Mais Enki Bilal souligne que le fer n'est pas porté que dans le strict intérêt des signataires.

 

Et de conclure : « Ce que nous faisons, et il faut que tous les jeunes auteurs de Casterman le comprennent, c'est également pour eux. Il faut qu'ils sachent qu'en faisant part de notre désapprobation, de manière commune, c'est une réaction pour les préserver eux aussi. Nous marquons une révolte collective, et s'ils veulent la rejoindre, ils sont les bienvenus. » 

 

 

Mise à jour 14/11 à 8h45 :

 

Antoine Gallimard a réagi à cette lettre, refusant l'image d'entrepreneur cynique que lui prêtaient les auteurs BD de Casterman. (voir notre actualitté)