Festival d'Angoulême : une convention à la légalité douteuse ?

Clément Solym - 29.07.2010

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Dans une lettre rédigée le 1er juillet et adressée au maire d'Angoulême, le commissaire général du salon du livre et patron de l'agence Tome 2, Bertand Morisset, remet en cause la convention qui doit être signée entre Neuvième Art + et les collectivités locales, concernant le Festival d'Angoulême.

Elle permettra à Angoulême et aux collectivités locales de verser directement leurs subventions à Neuvième Art + (la société qui organise le festival). Ces subventions d'un peu plus d'un million d'euros en tout comptent pour environ un tiers du budget. Bertrand Morisset estime que la ville aurait dû organiser un appel d'offres pour l'attribution d'un marché public avant d'envisager de signer cette convention.

Morisset s'interroge sur la légalité de la convention

Bertrand Morissent considère en effet que cette façon de faire n'est pas légale et demande à Philippe Lavaud, le maire d'Angoulême « de bien vouloir [le] tenir informé de votre intention, ou non, d'enclencher un appel d'offres pour la réalisation de ce festival afin qu'une concurrence saine et souvent émulatrice puisse s'opérer ».

Dans sa lettre, dévoilée par Sud Ouest, il poursuit : « Que les choses soient claires, je n'ai aucun problème avec la société de Franck Bondoux qui fait vraiment très bien son boulot. Je n'ai rien contre le fait qu'il signe. Mais dans des conditions qui respectent la légalité… Sans appel d'offres, les élus se privent d'éléments de comparaison. Pourquoi la centaine de sociétés capables en France d'organiser cet événement ne pourrait pas concourir ? Qui dit que d'autres n'auront pas de meilleures idées à des prix plus intéressants ? ». Il précise toutefois que si la convention est attaquable, ce n'est pas dans ses intentions de le faire, ni même de se porter candidat à l'organisation du festival.

Le cas particulier du Festival d'Angoulême

Seulement voilà, après avoir pris connaissance du courrier le maire à coupé court à toute remarque dans un communiqué dont fait état Livres Hebdo (sous abonnement uniquement) : « Pour l'organisation du festival, cette association [FIBD] a conclu en 2007 une concession d'exploitation avec la SARL 9eme Art+ pour une durée de dix ans, sachant qu'une convention triennale régit les relations avec la Ville et le FIBD et permet tous les trois ans de poursuivre, et si nécessaire, de préciser le cadre de leur coopération. Il n'est pas nécessaire de passer par la procédure d'appel d'offres car le Festival n'appartient pas à une institution. La Ville soutient le Festival, mais elle n'en est pas l'organisatrice de la même manière que les Francofolies à La Rochelle, le Printemps de Bourges ou le Main Square à Arras qui fonctionnent sur un mode similaire. Le financement du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême se fait bien en respect des règles publiques ».

Le délégué général de 9e art, Frank Bondoux a lui aussi très vite réagi. « Cette lettre est de nature à jeter le trouble. J'y vois une tentative de déstabilisation du leadership d'Angoulême », a-t-il expliqué à Sud Ouest, ajoutant : « J'ai du mal à saisir quel est l'intérêt de Bertrand Morisset dans cette affaire, puisqu'il ne représente que lui, pas la profession. Je rappellerai qu'avec Paris BD et La fête de la BD, il a déjà tenté de proposer des alternatives à Angoulême ».

Une attaque « bizarre »

Revenant sur la question de la légalité de la procédure, il indique : « Que les choses soient claires, il n'y a pas besoin de passer par la procédure d'appels d'offres car le Festival n'appartient pas à une institution. Ce n'est pas la Ville qui est organisatrice. Nous avons un contrat de concession, signé pour dix ans avec l'association du Festival de la BD, pour l'organisation du FIBD.


 
Ensuite, la question est de savoir si les puissances publiques ont envie de financer ou non le Festival… C'est tout ! Je ne comprends pas que l'on fasse ce procès d'intention à Angoulême, alors que les Francofolies à La Rochelle, le Printemps de Bourges ou le Main Square à Arras fonctionnent de cette manière. Cette histoire d'appel d'offres n'a vraiment aucun sens ».

Masi des questions de financements qui ne le sont pas moins

Or, le problème soulevé par Bertrand Morisset est bien celui des subventions que le Festival perçoit, de qui elles proviennent, et comment elles permettent la réalisation du Salon de la BD. Contrairement à un Salon du livre, qui lui ne perçoit rien de personne, et assure seul son propre financement.

De la sorte, on peut considérer que le jeu des équilibres entre les deux grandes manifestations est forcément biaisé. « La pérennité du Festival ne me semble pas compromise. Il y a eu un certain nombre de difficultés » mais désormais « on va pouvoir travailler maintenant de manière tranquille », avait d'ailleurs assuré le ministre de la Culture, de passage au FIBD.

L'an passé, la Chambre de Commerce et d'Industrie avait d'ailleurs mis la main à la poche, après que la municipalité d'Angoulême avait décidé de baisser les crédits alloués à la manifestation. Ce sont 30.000 € que la CCI avait alors versés au Festival pour lui assurer une saine édition 2010.

B. Morisset, S. Eyrolles, A. Gallimard, D. Compain, durant le Salon du livre de Paris 2010

La polémique avait éclaté en novembre 2009 concernant les fonds qui seraient nécessaires pour le bon déroulement de la manifestation. Et l'intervention de la CCI dans cette histoire avait ensuite fait boule de neige, puisque la Communauté d'agglomération du Grand Angoulême avait elle aussi craché 15.000 € au bassinet, qui s'ajoutaient à la somme de 40.000 €, deux fois versée, venant du ministère de la Culture et du Haut Commissariat à la jeunesse et aux solidarités actives

Tout un jeu de financements par le biais de l'argent public qui ne semblent pas du goût de M. Reed Expo...

Une histoire qui n'aurait pas lieu d'être ?

Contactée par ActuaLitté, Marie-Noëlle Bas, de la Coordination Programmation & Partenariats Média pour le FIBD, n'a pas souhaité commenter plus avant. Pour eux, cette histoire n'a simplement « pas lieu d'être » et il n'est pas question de polémiquer plus. Elle précise toutefois « on n'a pas compris cette attaque. C'est bizarre ».



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