FIBD : "L’audace et l’innovation doivent remplacer l’autosatisfaction"

Nicolas Gary - 16.10.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - Festival Angoulême - FIBD Angoulême - Xavier Bonnefont


Après les déclarations des services de la municipalité, et alors que se déroule aujourd’hui l’assemblée générale de l’association du FIBD, les déclarations fusent. En déclarant que la participation financière d’Angoulême pourrait diminuer, la mairie avait créé l’événement. Et depuis Facebook, les commentaires se poursuivent, perturbant le flou artistique qui préside à la manifestation. 

 

Angoulême 2012

ActuaLitté, CC BY SA 2.0 (photo 2012)

 

 

Jean-Philippe Pousset, conseiller municipal délégué aux relations avec les entreprises, n’a pas mâché ses mots. Évoquant une rencontre avec 9ème Art + et Franck Bondoux, le président, déplore les séances d’épanchement dans la presse. Une attitude qui « démontre un état d’esprit de défiance et un affolement peu propice à la gestion d’un festival [doté d’un] budget de 4,4 millions d’euros, avec près de 50 % de subventions ou d’aides techniques publiques ». 

 

"Rendre les clefs du camion", c'est possible

 

Et de revenir sur les déclarations de la mairie, qui envisage une diminution de son financement de 10 à 50 %. Tout bonnement parce que l’État a diminué de 7 millions € en quatre années sa dotation. Et comme la municipalité ne veut pas augmenter les taxes pour les habitants, « il faut faire tant en interne qu’au sein de toutes les institutions recevant des subventions, plus, mieux avec moins ». 

 

Ceux qui ne le comprennent pas, ou ne souhaitent pas le comprendre commettent « une faute », ajoute-t-il. Et de remémorer, à l’attention de Franck Bondoux, PDG de 9ème Art +, qu’il perçoit près d’un million d’euros de la ville. « [S]i vous ne voulez pas discuter avec nous autrement que par presse interposée, vous pouvez également rendre les clés du camion ! », conclut l'élu. (via La Charente Libre)

 

Xavier Bonnefont, maire Les Républicains d’Angoulême, n’avait pas dit autre chose : 

 

La société 9ème Art+ considère-t-elle que les subventions sont renouvelées, chaque année, par tacite reconduction ? Qu’une attribution de subvention peut être effectuée sans présentation d’un projet et d’un budget ?

Tout ce que nous savons aujourd’hui c’est que 9ème Art + a la volonté d’augmenter le prix des entrées du Festival puisque Franck Bondoux l’a annoncé lors du Conseil d’Administration de l’association le 1er octobre dernier.

[...]

Je tiens à réaffirmer ma méthode quant à l’attribution des subventions destinées, par nature, à soutenir des initiatives privées. Je souhaite la plus grande transparence et un contrôle a posteriori et a priori de l’usage des fonds publics. 

 

 

Il avait d’ailleurs déploré que l’Association du festival et 9ème Art + considèrent les pouvoirs publics, financeurs pour une grande partie de la manifestation, non plus comme « des partenaires, mais bien “des vaches à lait” ».

 

Quelques questions auxquelles il serait bon de répondre

 

De leur côté, les Indignés de la BD d’Angoulême, mouvement de protestation qui s’est lancé avec une pétition début juillet, a immédiatement bondi : ils interpellent directement Patrick Ausou, président de l’association du FIBD, par une salve de questions. Des interrogations que « chaque citoyen, chaque contribuable d’Angoulême doit se poser et obtenir les réponses, compte tenu des 15 millions d’€ de subventions, versées ces 8 dernières années, par les collectivités locales et l’Etat (donc nos impôts) ».

 

1. Pourquoi 9ème Art+ conteste-t-elle la validité de la lettre de dénonciation du contrat, envoyée dans les délais, et conforme aux décisions de l’Assemblée générale du 14 mars 2015 et aux souhaits de l’ensemble des financeurs ? Quel avantage en tire-t-elle ?

2. Pourquoi 9ème Art+ assiste-t-elle et anime-t-elle presque exclusivement toutes les Assemblées Générales et tous les Conseils d’Administration de l’Association ? Pourquoi l’Association ne peut-elle se réunir sans sa présence ? Que craint 9eme Art+ ?

3. Pourquoi 9ème Art+ refuse-t-elle toute transparence sur les chiffres de fréquentation du Festival, sur les honoraires perçus par la société sœur de 9ème Art+, Partnership Consulting, dirigée et possédée par le même unique actionnaire ? Qu’a-t-elle à cacher ?

4. Comment expliquer que le PV de l’AG du 14 mars 2015 soit reçu 6 mois après sa tenue, que la secrétaire de l’Association ait démissionné faute de pouvoir exercer son travail normalement, que des PV de CA soient manquants, et que même l’AG de ce 16 octobre soit convoquée en retard ? Qui écrit les CR de l’AG et du CA ? Pour quelles raisons ?

5. Comment expliquer qu’il devient impossible de devenir adhérent de l’Association, y compris pour des citoyens impliqués, et légitimes par leur fonction, leur savoir-faire ou leur engagement ? Pourquoi si peu de candidatures d’adhésion sont acceptées ? Pourquoi aucune raison n’est invoquée en cas de refus ?

6. Comment expliquer que chaque édition du Festival, soutenu pourtant avec constance par les Collectivités, donne lieu à des menaces de délocalisation, des tentatives de subtilisation des Marques et surtout, depuis des années, à une absence totale de renouvellement et de modernisation ?

 

Et de déplorer une fois de plus que ces dernières années, le Festival international de la BD à Angoulême se soit enterré, là où d’autres manifestations ont su, dans le pays, s’adapter aux changements du monde de la bande dessinée. « L’audace et l’innovation doivent remplacer l’autosatisfaction. Pourquoi ne pas le remettre en mouvement ? En commençant par un renouvellement profond et radical du fonctionnement de l’Association, capable en totale autonomie, de rédiger un cahier des charges nécessaire au lancement d’un appel d’offres pour le Festival de la Bande Dessinée 2018. » (via Facebook)

 

Pourri, le vaisseau Moebius ?

 

Et comme pour démontrer que c’est à travers la presse que 9ème Art + souhaite s’exprimer, le président a communiqué à La Charente libre des photos du Vaisseau Moebius, pour illustrer son appréciation selon laquelle cet espace « est pourri ». Des clichés qui font en effet froncer les sourcils, mais l’on trouvera dans les commentaires de certains internautes de quoi mieux les apprécier.

 

En effet, il semblerait que les clichés aient été pris dans la salle d’exposition de l’ancien musée. Or, un violent orage a causé un dégât des eaux dans la bibliothèque, située au-dessus de la pièce. Ce seraient donc les conséquences de ces intempéries qui se retrouvent sur les clichés – de quoi envisager qu’ils ne reflètent alors peut-être pas l’état réel du Vaisseau.