Fluide glacial : "On va continuer à se marrer, sans le calculer, Soral"

Nicolas Gary - 09.01.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - Alain Soral - Fluide Glacial - Superdupont


« On n'a pas envie d'être récupérés de la sorte », nous expliquait le rédacteur en chef de Fluide glacial, Yan Lindingre. Récupéré ? La rédaction du magazine avait découvert, sans vraiment sourire, qu'Alain Soral utilisait une version révisée de Superdupont, pour illustrer la jaquette de son DVD sur la boxe française. Le personnage, créé par Gotlib et Jacques Lob apparaissait sans que les auteurs n'en aient été avertis...

 

 

 

 

« Alain Soral, je ne veux rien avoir à faire avec ce mec ! Et Fluide non plus », ajoutait le rédacteur en chef, interrogé par ActuaLitté. Fluide n'envisageait pas de porter plainte, Yan Lindingre réclamait simplement à Alain Soral que Superdupont soit « [viré] de la jaquette de vos leçons audiovisuelles de ratonnades ». Et d'ajouter, avec provocation : « Dans votre monde idéal, Superdupont n'existerait pas puisque, pour des raisons qui vous appartiennent, vous auriez envoyé à la chambre à gaz son créateur, Marcel Gotlib. De même que vos aînés chéris y ont envoyé son papa. »

 

Alain Soral, qui n'a pas répondu à notre demande de réaction, a pourtant répliqué vertement dans l'Express. Il affirme qu'il va attaquer Yan Lindingre pour injure et diffamation. « Ce crétin prétend que j'aurais fait gazer Gotlib pendant la guerre et associe mon DVD à un projet de ratonnade. Pour ces deux raisons, je l'envoie au tribunal et je vais le faire condamner. [...] Les seules ratonnades étant celles que je subis depuis 10 ans par les milices fascistes juives. »

 

Et de conclure que Superdupont, en tant que détournement du personnage de Superman, s'est retrouvé lui-même parodié sur la fameuse jaquette. Dès lors, « c'est à Marcel Gotlib, que je salue, de juger s'il trouve que notre dessin le parodie avantageusement ou non ». 

 

De quoi faire sourire Yan Lindingre. « Toute la rhétorique de Soral est dans la victimisation. Moi, je suis presque dans l'outrance, avec mon message, mais je profite qu'il soit pris la main dans le sac. » Il est vrai que la réutilisation de Superdupont, est habilement qualifiée de parodie, pour rentrer dans les clous du droit d'auteur. 

 

L'article 122-5 du Code de la propriété intellectuelle souligne en effet que « La parodie, le pastiche et la caricature, compte tenu des lois du genre », ne peuvent être interdits par l'auteur. Toutefois, la jurisprudence implique, pour la parodie, qu'elle fasse rire et imite le style de l'auteur, en vue d'une raillerie ou d'un hommage. Difficile de trancher pour ce qui est de la fameuse jaquette.

 

"On va continuer à se marrer, sans le calculer, Soral."

 

 

Mais Yan Lindingre persiste : « C'est lui qui attaque, donc c'est moi la victime ! Je ne sais pas si juridiquement il y a une contrefaçon, mais quand bien même : si l'on va devant le tribunal sur ce point, on gagne juridiquement, mais je perds sur tout le reste. » Ce que le rédac-chef apprécierait, c'est que Soral s'explique un peu mieux. « Quand il fait sa fameuse quenelle devant un mémoire de la Shoah, c'est un geste anti-système. D'accord. Mais de quel système parle-t-il ? Quel est le système combattu quand on est devant un pareil établissement ? Il faut qu'il s'explique plus clairement, parce que de toute évidence, ses propos et ses actes ne sont pas clairs. Moi, j'ai l'impression que dans son monde idéal, les juifs ne sont pas là, mais j'ai peut-être mal compris. »

 

 

Fluide, pour le moment, reste en dehors de ces joutes verbales, « ce sont les seules réponses que l'on peut faire. On va continuer à se marrer, sans le calculer, Soral. Peut-être que cela se concrétisera par des dessins, et que les auteurs le feront spontanément. Mais personne ne veut transformer Fluide en tribune politique. Soral, je continuerai d'en faire mon affaire. Et si je le dois, j'irai éventuellement expliquer ma bonne foi devant un tribunal. Je n'ai pas envie d'exposer Gotlib, il a autre chose à faire. »

 

Quant à l'histoire de la quenelle réalisée devant le mémorial de Berlin, situé entre la porte de Brandebourg et la Postdamer Platz, l'explication d'Alain Soral peut se retrouver ici. Le lieu est censé perpétuer le souvenir des victimes juives, exterminées par les nazis.