Fluide Glacial soulagé : on a évité "la Troisième Guerre mondiale avec la Chine"

Nicolas Gary - 19.01.2015

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Le dernier numéro du journal d'umour et de bandessinées ne fait pas rire tout le monde. « Péril jaune, et si c'était déjà trop tard ? », nouveau petit trésor de Fluide Glacial fait jaser la presse libre et indépendante, en Chine. La couverture a pourtant toutes les raisons d'amuser : une caricature de français, béret sur la tête, tire un pousse-pousse avec un couple cosmopolite en diable... 

 

 

 

 

Le Global Times a réussi un coup de force : alors que l'aventure Charlie Hebdo continue de provoquer des vagues de protestations et des manifestations violentes, auprès d'une minorité d'excités, c'est Fluide Glacial qui s'attirer les foudres du journal chinois, proche du Parti communiste. 

 

Dans un éditorial, la rédaction dénonce « un acte indécent » et de soupçonner un coup médiatique, pour tenter de profiter de l'éclairage dont bénéficie la France, depuis les attentats chez Charlie Hebdo. Et avec une certaine condescendance, on affirme que « les grands médias américains ont tous refusé de publier de nouvelles caricatures de Charlie Hebdo. Cela suggère qu'il est temps de prendre du recul ». 

 

D'ailleurs, suivant les recommandations du média, la France aurait tout intérêt à ne pas faire de la liberté d'expression sa religion. « Personne n'a l'intention de refuser la liberté d'expression », peut-on lire – venant d'un média proche d'un parti politique, cela prête déjà à sourire. Mais le Global Times invite tout de même la société française à faire preuve d'un peu de retenue. « Il est plus difficile pour les musulmans de changer leur foi que pour l'Europe d'ajuster son curseur sur la liberté d'expression. »

 

Et d'inviter la France à arrêter les caricatures de Mahomet, tout simplement parce qu'une nouvelle guerre sainte se profilerait gentiment. Charb leur proposerait certainement d'aller se faire enc*ler, mais ne faisons pas trop négligemment parler les morts.

 

Reste donc cette couverture de Fluide qui fait jaser. Or, l'affaire prend un vilain tour parce qu'un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a pris connaissance de cette couverture. Avec un sens aigu de la diplomatie, il demande que chacun fasse preuve « d'esprit d'ouverture et d'intégration ». Mieux : il prône la tolérance, en se « fondant sur le respect mutuel », rapporte l'AFP. 

 

La Troisième Guerre Mondiale est évitée : un soulagement

 

Alors, pourquoi s'en être pris aux Chinois dans ce numéro ? Yann Lindingre, joint par téléphone, nous avoue s'être terré sous son bureau, de crainte, mais soulagé « de savoir que la Troisième Guerre mondiale a été évitée ». Le rédacteur en chef de Fluide s'amuse surtout « de ce qu'un proche du parti a certainement décidé de laver l'honneur du pays. Sauf que son ambassadeur a bien dit que cette histoire lui en touchait une, sans faire bouger l'autre ». 

 

Plus sérieusement, le numéro avait été préparé en réaction au comportement du FIBD. « Nous avions proposé que, pour les 40 ans de Fluide glacial, quelque chose de particulier soit fait. Mais les organisateurs du Festival préféraient s'occuper de la délégation chinoise. J'ai décidé qu'on allait accueillir la délégation à notre manière. » 

 

Le numéro contient d'ailleurs une prophétique histoire signée Sanlaville, qui raconte l'attaque par... un terroriste chinois de la rédaction de Fluide. Un gag préparé voilà deux mois, et qui méritait bien de figurer dans ce numéro. « On n'aurait pas fait ça pour l'occasion, pas après Charlie. »

 

Le problème, « c'est que tout est regardé par le prisme des attentats, désormais. Sauf qu'on n'est pas un journal satirique qui réagit à l'actualité. Charlie et Siné galéraient pour survivre. Ici, c'est notre actionnaire Gallimard qui nous a sorti des moments durs qu'on a vécus. Si l'on regarde dans la rue, y'a pourtant des millions de personnes qui ont envie de se marrer avec Charlie ».

 

Alors, promouvoir les auteurs Fluide, leur donner une belle place pour ce numéro, c'est avant tout faire vivre l'humour à la française. « On a un savoir-faire sur le vin et le fromage : peut-être qu'il va falloir reconnaître celui sur l'humour maintenant ? D'ailleurs, si les Chinois avaient vraiment lu le numéro, ils se seraient marrés. »

 

Après une pause de deux secondes : « En fait, mon édito ne les aurait peut-être pas fait trop rire... » 

 

Fluide est en tout cas fier « d'avoir l'écho nécessaire pour faire bouger les lignes dans l'Empire du Milieu. On aurait bien aimé faire vivre ce numéro avec un dessinateur d'humour chinois, mais on n'en a pas trouvé : c'est un signe, non ? » 

 

La production de BD chinoise, « c'est très bien, mais les mômes, aujourd'hui, ils ont certainement plus envie de se marrer. On a des auteurs géniaux – même ailleurs que chez Fluide, hein – et une grande tradition d'humour. Quand les albums français tirent la langue, parce qu'ils n'ont plus la cote, proposer une grande bouffée d'humour, c'est important ». 

 

Un humour dont on s'attendait à ce que les organisateurs d'Angoulême puissent faire preuve. « Nous, on demandait que le Grand Prix soit accordé à Charlie. Mais les organisateurs se sont enfoncés un peu plus, en expliquant que, malgré les événements, Charlie ne représentait pas l'avenir ni le futur de la bande dessinée. C'est un peu naze... »