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Fresque Simpson à Angoulême : "Depuis Lascaux, rien n'a changé“

Nicolas Gary - 24.02.2014

Manga/BD/comics - Comics - Angoulême - Les Simpson - fresque


La semaine passée, Angoulême a entendu retentir un gigantesque « D'OH ! », l'interjection favorite d'Homer Simpson. À l'occasion du Festival de la BD, la ville allait accueillir une fresque entièrement dédiée à l'univers de Matt Groening, et réalisée par l'Association K10, réunissant des graffeurs locaux. Pourtant, si le propriétaire des murs, la société Magelis, a donné son accord, l'Architecte des Bâtiments de France fait grise mine : personne ne l'a consultée, et la fresque pourrait tourner au vinaigre. « D'OH ! », et plutôt D'OH fois qu'une. 

 

 

Festival de la BD d'Angoulême 2014

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Le problème est simple : l'Architecte des Bâtiments de France doit être sollicité dès lors que l'on intervient dans l'urbanisation - et en l'occurrence, un mur de graffs sur 100 mètres, dans la rue de Bordeaux, rentre dans ce champ d'application. Pour le moment, on ignore tout bonnement ce qui peut se passer, et pas plus du côté de Magelis que de la mairie d'Angoulême, on n'apporte de réponses. 

 

Nous avons en revanche pu solliciter Kiston, de l'Association K10, qui n'en a pas appris plus de la part des différents acteurs. « Même la mairie ne m'a pas donné de nouvelles - cela dit, je les avais eus au téléphone, sans les rencontrer, pour réaliser le mur. Et puis, dans cette histoire, K10 est peu concernée, c'est Magelis qui est mis en cause », précise le graffeur. 

 

La fresque menacée, c'est une pétition qui a été lancée par un commerçant du quartier, pour réclamer que la fresque soit maintenue. 

 

« L'association est d'ailleurs connue pour son travail sur le respect des cadres réglementaires, afin de lutter contre les assimilations entre art du graffiti et actes de vandalisme », précise l'intitulé. Pour Kiston, cette prise de position « est une excellente opportunité. Je suis très content que quelqu'un ait lancé cette pétition. Cela va aussi nous permettre, et je ne m'en cache pas, de faire parler du graf, et de notre association, de son projet ». 

 

L'accord obtenu avec Magelis, autorisait l'association K10 à utiliser le mur durant toute une année. « Nous avions prévu d'autres projets - ils ne sont pas encore annulés. Dans trois mois, nous voulions faire intervenir des graveurs de Bordeaux, Paris et Saint-Étienne. Et ce mur, c'est l'occasion de faire changer les regards : on est encore de vulgaires tagueurs aux yeux des gens, alors que l'association, depuis plus de 15 ans, veut montrer que nous accueillons de réels artistes. »

 

'depuis les grottes de Lascaux, rien n'a changé '

 

Aujourd'hui, la plainte déposée par l'ABF pourrait contraindre à effacer la fresque. Mais la question est surtout de savoir si K10 pourra retourner sur ce mur. « Nous n'achetons pas des feuilles blanches en librairie pour nous exprimer. Dans notre esprit, la fresque était de toute manière destinée à être, non pas détruite, mais modifiée. Nous n'avions un accord que pour un an, dans tous les cas. Quand on a un mur de cette taille, on souhaite l'exploiter au maximum. L'idée, c'est aussi de faire passer le message le plus simple : s'il y a des vandales qui officient dans la rue, c'est parce qu'il n'y a pas de reconnaissance de leur pratique artistique. Mais aussi, parce que l'on n'a pas de formation, d'école pour apprendre, s'exercer. Alors, les jeunes font ça sous les ponts. Pourtant, on accorde bien le titre d'artiste à un amateur qui peint des toiles. »

 

Et de souligner que les seuls graffeurs que l'on connaît, ce sont des artistes, « parce qu'ils ont fait des expositions dans les galeries, sur des toiles. Pourtant, depuis les grottes de Lascaux, rien n'a changé : on continue de s'exprimer sur les murs ». 

 

L'association K10 a, parmi ses vocations, de permettre la professionnalisation des graffeurs, et Kiston parle notamment de Gnafu « un mec bourré de talents, et qui aujourd'hui vit de son art ». D'ailleurs, au cours de la réalisation de la fresque Simpson, « il y avait un jeune, de 14 ans. C'était sa première participation à une jam, et c'est lui l'avenir, de l'association, du métier et de la reconnaissance. On aimerait qu'il n'y ait plus de gens pour parler des graffeurs qui officient comme des vandales ». 

 

Pour l'heure, il semble que la municipalité cherche à trouver un compromis.