Gaston Lagaffe, héros de Franquin, ressuscité en pleine Macronie

Antoine Oury - 04.04.2018

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Gaston Lagaffe au cinéma, qu’est-ce à dire ? Que le héros sans emploi de Franquin accède à une reconnaissance nouvelle. Mais également qu’avec un peu de chance, le pays se divisera entre partisans et opposants à l’adaptation ciné. Pour donner de l’ampleur aux premiers, la fille du dessinateur lance la première bombe. 



 

 

Isabelle Franquin, fille d’André Franquin (Gaston Lagaffe, Les idées noires, le Marsupilami, Spirou et Fantasio, etc.), a tiré à boulets rouges contre le film de Pierre François Martin-Laval. Théo Fernandez, qui campe Gaston, employé de la maison Dupuis, ne serait pas convaincant ? Pire, explique-t-elle à l’Avenir.

 

En 1986 et 1992, Jean-François Moyersoen avait reçu de Franquin les droits patrimoniaux de l’œuvre – autrement dit, toute la responsabilité de l’exploitation commerciale. Isabelle Franquin, comme fille de l’auteur, ne bénéficiait plus que du droit moral – celui qui permet de donner son avis, principalement consultatif, sur l’exploitation faite.

 

Depuis 2013, la maison Dupuis avait racheté ces droits, et pour Isabelle Franquin, qui avait pu consulter le premier scénario, le projet de film démarrait mal. « Et sa première version était inqualifiable, pleine d’aberrations : Gaston y abandonnait son chat et sa mouette. Ou chauffait la start-up où il travaille en introduisant un tuyau d’arrosage dans le derrière d’une vache. »

 

Pas vraiment encourageant. C’est que Gaston Lagaffe est indissociable de l’univers éditorial de Dupuis : le plonger dans un univers de start-up « était une mauvaise idée. C’est comme le couper de son biotope naturel qu’est la rédaction de Spirou », note Isabelle Franquin. 

 

Sauf que le droit moral s’incline assez rapidement devant le droit marchand. Et que la fille de l’auteur se désole : « Je n’avais donc pas le pouvoir d’empêcher ce film., même si les acteurs sont mal dirigés, le scénario débile et le rythme des gags catastrophique. »

 

Gaston Lagaffe et Franquin :
de la rédaction de Spirou aux Idées noires


De toute évidence, le scénario de Pef visait à moderniser l’environnement du personnage, et certainement pas à reproduire le contexte dans lequel il vit le jour. Et puis, cela épargne des frais, avait expliqué le réalisateur, que de placer l’action dans un monde moderne. 

 

Si le groupe Média-Participations cherche à attirer un public jeune vers le personnage, Isabelle Franquin balaye l’idée d’un avenir comme Lucky Luke ou Corto Maltese : « Leur problème avec Gaston, c’est qu’on ne peut plus le faire revivre puisque mon père a bien dit, de son vivant, qu’il ne voulait pas qu’on poursuive ses aventures après lui. C’est, en quelque sorte, un personnage “mort”. »

 

D’autres solutions existent, et sont mises en œuvre : récemment les éditions Dupuis ont annoncé la publication d’album avec un travail spécifique sur la couleur, de nouvelles couvertures et des planches parfois inédites. 

 

Reste que la fille de Franquin ne mache pas ses mots : « Mais derrière, il n’y a généralement rien, sauf un appétit pour le lucre. Dans ce cas-ci, c’était assez notable. Et dans le cas, plus précis, de Pef, on peut se demander si ce type n’a jamais lu un seul album de Gaston. Ce qui m’embête le plus, avec ce genre d’initiative, c’est la dilution du personnage dans des entreprises commerciales comme celles-là. C’est préjudiciable. »

 

Gaston Lagaffe,
soixante ans de boulettes et d'inventions folles

 

Le jour même de la parution de l’entretien, l’éditeur diffusait un message pour rappeler aux rédactions la sortie du film dans les salles. On y souligne la fierté de défendre « ce film attachant, juste et drôle, aux côtés du réalisateur, des acteurs ». 

 

Mais plus encore, on salue « Pierre François Martin-Laval, qui connaît évidemment par cœur l’œuvre du grand maître de la bande dessinée, a fait le juste choix de replacer Gaston dans le monde de l’entreprise d’aujourd’hui, pour transmettre et partager sa passion et son admiration au plus grand nombre, et en particulier aux plus jeunes générations, mais aussi pour être fidèle à l’esprit de Franquin, pour qui le personnage de Gaston était un personnage contemporain, ancré dans son époque ».

 

Gaston, héros sans emploi,
squatte à Livre Paris (avec sa Fiat 509)

 

Depuis 1996, aucune nouveauté n’est venue appuyer cette série, et le film devient alors « une formidable opportunité de faire (re)découvrir le personnage, sa bande, et son univers, à de nouveaux lecteurs de tous âges ». Peut-on faire de Gaston Lagaffe un « personnage universel, transgénérationnel et bien vivant » ? 

 

Il faudrait demander à Emmanuel Macron ce qu’il en pense : les messages de Franquin, « de tolérance, d’écologie, d’amour et d’humour », qu’incarne Gaston Lagaffe, semblent en effet à des années-lumière des valeurs de la Macronie. À l’ère de la Loi Travail, le malheureux héros sans emploi aurait sans nul doute, des Idées noires... 

Ou incarnerait-il un idéal de résistance ?



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