Hachette contre Amazon : mangas et romans graphiques en otage

Clément Solym - 12.05.2014

Manga/BD/comics - Univers Manga - Hachette Book Group - Amazon - bras de fer


Depuis quelques jours, l'attention se focalise sur le conflit ouvert opposant Hachette Book Group à Amazon. Le cybermarchand a instauré des délais de livraison pour les oeuvres publiées par l'éditeur qui semblent incroyables - et que le groupe dénonce. Patienter 2 à 4 semaines pour se faire expédier une nouveauté, alors même que l'on retrouve lesdits ouvrages sans peine chez les autres revendeurs, voilà qui intrigue. Méchamment, d'ailleurs. 

 

 


 

 

King Kong et Godzilla, qui s'affrontent à coups de communiqués et de silence, voilà qui est intéressant : quand deux groupes internationaux se déclarent la guerre, on sait que la situation est susceptible de s'éterniser. Pour ne pas contrarier totalement Hachette, Amazon a décidé de mettre en place une technique subtile : décourager les pré-réservations des nouveautés à venir, opérer des remises très faibles, et surtout, présenter des délais de livraison invraisemblables.

 

Le tout en continuant de commercialiser sans problème particulier les versions numériques, bien entendu.

 

Mais la littérature n'est pas la seule à être touchée par l'embargo : ICV2 s'est penché sur les titres de la filiale Manga et Romans graphiques de Hachette Book Group, Yen Press. Ouverte en 2006, cette maison vend des séries manga comme Soul Eater ou encore Nabari no Ou. Pas vraiment de petites publications. Elle oeuvre aussi dans le manhwa et le manua. 

 

Or, quand on compare les délais de postage et les remises effectuées pour les titres de Yen Press, et ceux d'autres éditeurs - Marvel, DC Comics ou encore Dark Horse, il semble bel et bien que la politique d'Amazon est bien la même pour la filiale de hachette Book Group. On passe même à des délais de livraison délirants : pour Sword Art Online de Reki Kawahara, publié le 22 avril dernier, il faut compter entre 1 et 2 mois pour le recevoir. 

 

On constate aussi que les remises dépassent rarement, pour certains titres, les 15 %, ce qui est bien loin des 25 à 40 % proposés pour des titres de Marvel ou DC Comics - et qui est la politique généralement adoptée par le cybermarchand. D'autres n'ont carrément pas de remise du tout, alors que les titres des éditeurs japonais, type Kodansha, peuvent avoir jusqu'à 35 % également. Trouver un titre vendu plein pot sur Amazon n'est pas vraiment courant. 

 

Hachette Livre n'a toujours pas communiqué sur cette situation, et pour l'heure, les quelques informations fournies par la filiale américaine ne semblaient prendre en compte que les oeuvres publiées dans les maisons littéraires. Sophie Cottrell, porte-parole de Hachette, expliquait, la semaine passée : « Nous avons posé des questions légitimes sur les raisons pour lesquelles nos ouvrages sont indiqués comme indisponibles, avec des délais d'expédition relativement longs, constatés sur le site d'Amazon, alors que leur disponibilité est immédiate sur d'autres sites et en boutiques. » 

 

Ce blocus découle directement des pertes enregistrées à la Bourse, par les actions d'Amazon. Selon les éditeurs, les investisseurs de la firme réclament désormais des bénéfices, et tous les fournisseurs vont être mis sous pression, pour obtenir le plus de marges possible.