"Je porte Casterman dans mon coeur depuis 13 ans" (Louis Delas)

Clément Solym - 09.11.2012

Manga/BD/comics - Univers BD - Louis Delas - Casterman - rachat de Flammarion


En poste à la direction générale des éditions Casterman, propriété du groupe Flammarion que Gallimard a récemment acheté, Louis Delas vient de présenter sa démission. Un départ sur fond de rapprochement manqué et d'entreprise familiale à reprendre. Le tout dans un contexte économique difficile, voire morose...

 

 

 

 

Le communiqué des éditions Gallimard est assez laconique : « Appelé à reprendre la direction de l'entreprise familiale, L'École des Loisirs, Louis Delas a donné sa démission de directeur de Casterman. » Rien de plus, rien de moins, sinon une allusion au prochain emploi de Louis Delas : le retour aux sources de la maison familiale, L'École des Loisirs.

 

Fondée par son arrière-grand-père et actuellement dirigée par son père, qui doit partir en retraite, la maison d'édition a besoin d'un nouveau directeur. Depuis 1999, Louis Delas est directeur général de Casterman, mais également de Fluide Glacial, Flammarion Jeunesse et Père Castor. Or, L'École des loisirs œuvre dans le domaine jeunesse, justement. 

 

Et les éditions Gallimard d'ajouter : « Madrigall, le nouvel actionnaire de cette maison (Casterman), via Flammarion, tient à saluer le travail accompli et nommera un nouveau dirigeant qui prendra ses fonctions dès le départ de Louis Delas en janvier 2013. » Pas évident, de savoir qui succédera.

 

Dans ce contexte, deux choses sont à noter : tout d'abord l'entretien du 6 juillet, dans lequel Antoine Gallimard avait évoqué la possibilité de vendre les éditions Casterman : 

 

Mais si la maison Flammarion était au coeur de l'opération, reste que la BD, pourtant un genre toujours en vogue, et qui s'en sort plutôt bien, n'aurait pas les grâces du patron. La vente de Casterman, la maison d'édition BD n'est pas exclue, pour faire face aux échéances, précise le patron. Une question qui ne se pose manifestement pas pour les livres de poche, puisque J'ai Lu et Folio, appartement à Flam' et Gall' devraient cohabiter, selon le cri d'amour de la grenouille. (voir notre actualitté)

 

De l'autre, l'offre de rapprochement entre L'École des Loisirs et Casterman, formulée auprès du président des éditions Gallimard, mais qui n'aura finalement pas abouti.

 

Un départ triste et un sentiment de gâchis

 

« C'est avec un sentiment de triste, et de gâchis que je quitterai ce poste, surtout parce que le projet que je portais, de rapprocher les deux maisons, était une alliance idéale et magnifique. Les deux sociétés ont une même culture de ce respect primordial pour l'auteur, et plus encore, L'École des loisirs est distribuée par la SODIS, que possède Gallimard. Ce sont des gens qui se connaissent déjà. »

 

Ce projet reposait sur une logique actuelle de regroupement des savoir-faire, autant qu'une recherche de complémentarité. « Face à des librairies en souffrance, des enjeux considérables dans les évolutions de nos métiers, nous allions dans le même sens que le rachat de Flammarion par Gallimard. La priorité était portée sur trois points, la promotion, la commercialisation et le développement, notamment numérique. C'était simple, pour des maisons qui ont ce même ADN, ce rapport de confiance avec les auteurs, dans leur mise en avant, et de valorisation de la création. La dimension capitalistique n'était que secondaire dans ce projet tout autant humain que professionnel. »

 

 

 

 

Capitalistique, puisque L'École des Loisirs proposait une prise de participation à Casterman ; Louis Delas assure que les chiffres évoqués durant les discussions étaient cohérents en regard de ce qu'est le marché aujourd'hui. « Je pars donc, avec ce sentiment d'être déchiré. Je porte Casterman depuis 13 ans dans mon coeur, et je ne le quitterai, sentimentalement, pas aussi facilement. J'ai découvert une maison qui était au bord du dépôt de bilan. Désormais, elle jouit d'un éclat éditorial et de résultats financiers excellents. Alors, oui, si je peux me rapprocher de Casterman à l'avenir... - je n'ai pas de planning en tête, mais si c'est possible. »

 

Respect de la décision d'Antoine Gallimard

 

Cependant, que les choses soient claires : la décision appartenait à Antoine Gallimard, « et je la respecte complètement. Jusqu'à la fin de l'année, ma fonction sera d'assurer la continuité des projets et la sérénité des équipes, autant que possible. Je souhaite gérer cette situation au mieux avec les auteurs de Casterman. Mais encore une fois, je ne remets pas en question la décision qu'Antoine Gallimard a prise ». 

 

Faut-il donc mettre en perspective ce choix du nouveau propriétaire de Flammarion/Casterman, avec les propos de début juillet, évoquant une possible vente de Casterman ? Louis Delas y voit une possible piste, mais ne s'y engagerait pas. « Je ne crois pas que la dimension capitalistique soit première dans ce refus. L'offre d'alliance était prometteuse et intéressante pour les deux sociétés. »

 

Pour l'heure, il s'agit d'assurer la reprise de L'École des loisirs, en codirection générale avec Jean-Louis Fabre, alors que le départ en retraite de son père doit intervenir dans le courant du premier semestre 2013. Mais l'intérêt pour Casterman n'est pas à remettre en question. Quant à son successeur, il ne manquera pas de travail, tant le catalogue de Casterman peut être riche, comptant Tintin, les oeuvres de Bilal, celles de Hugo Pratt et bien d'autres.