Komikku livre une analyse terrifiante du marché du manga en France

Florent D. - 13.11.2019

Manga/BD/comics - Univers Manga - éditeur manga Komikku - marché manga France - difficultés économiques éditeur


Réputées pour leurs titres audacieux, les éditions Komikku font face à une difficile période. Depuis quelques mois, plus de publications, parce que les choix éditoriaux ne sont pas suivis de vente. Et dans ces conditions, difficile de poursuivre sereinement son activité. D’ailleurs, « la réalité du marché français n’est pas si rose »…


 

Dans une longue explication, l’éditeur pose les chiffres sur la table : « Prenons par exemple la série Inspecteur Kurokôchi. Les lecteurs ne sont plus au rendez-vous et à peine 800 exemplaires ont été vendus pour les derniers tomes. Ce qui signifie que pour sortir un seul nouveau tome, la perte sèche est d’un peu plus de 2000 euros. » Raide.

Et la suite est à l’aune de ces préoccupations : peu de ventes, dans « un marché ultra saturé » et des titres qui ne rencontrent pas leur public. Les échecs commerciaux se sont multipliés, engendrant des pertes économiques. Le jeu éditorial classique, certes, entre les titres qui fonctionnent et ceux qui restent sur le carreau.

« Nos choix sont ambitieux et tout est une question d’équilibre. Malheureusement, cet équilibre nous ne l’avions plus depuis quelques mois », poursuit la maison.
 

Le marché s'effrite entre deux parutions


Cependant, elle note également une sérieuse détérioration, commune à l’ensemble des confrères : une érosion du tome 1 au suivant, et ainsi de suite. Avec pour conséquence que des « titres qui permettent de maintenir la maison d’édition sur les rails sont de moins en moins aptes à le faire ». 

Pour exemple, L’enfant et le maudit s’est vendu à près de 16.000 exemplaires en tome 1. Mais le dernier tome en date (le 6e de la série) est arrivé en début d’année, et cumule à cette heure 3400 ventes. Quid alors du tome 7 et du 8, prévus pour le 28 novembre et le 30 janvier 2020 ?

Et pas faute d’essayer de lutter : promo, marketing, dédicace… tout cela ne change rien, « seule la volumétrie peut légèrement grimper, mais le tracé de la courbe reste inchangé et le niveau d’érosion reste le même ». À ces questions s’ajoutent des difficultés humaines, qui, au sein d’une petite équipe, s’amplifient. 

Selon les chiffres du Syndicat national de l’édition, le manga avait progressé de 22 % en volume, sur l’année 2018. Ce sont en effet 16,7 millions d’exemplaires vendus l’an passé, pour un chiffre d’affaires de 127,8 millions € — soit 24 % de croissance.
 

Le retour de la maison, plus solide


Alors, non, aucune série ne sera interrompue, mais la réalité du marché est nette : « Si le titre [en tome 1, ndlr] ne décolle pas rapidement, la sanction des libraires et notamment des grandes chaînes est immédiate. » Et la disparition des boutiques ajoute à l’effet global : le livre s’évanouit, et les clients fidèles achètent en ligne. Plus moyen de recruter de nouveaux lecteurs.
 
En outre, Komikku revendique une politique tournée vers les entreprises françaises, avec l’impression de ses titres sur le territoire. Cependant, là encore, d’autres obstacles se dressent et « les imprimeurs français n’arrivent plus à être compétitifs. Nous avons donc dû entamer des discussions avec des imprimeurs à l’étranger qui peuvent nous offrir le même niveau de qualité à de meilleurs tarifs ». 

Conclusion, c’est en Italie que cela se passera, « comme la plupart de nos confrères ». 

Fin novembre, les sorties reprendront à un rythme normal, indique l’éditeur. Mais son message est bien celui d’un appel au soutien. « Pour aider vos éditeurs préférés, tentez de les soutenir en achetant vos nouvelles séries rapidement. Beaucoup se disent qu’ils attendront que la série soit terminée pour tout acheter, mais c’est la meilleure façon de pousser vers l’abîme une série originale qui aurait mérité d’avoir du succès. »

L’équipe reste sur le pied de guerre…


Commentaires
Je pense que Komikku devrait reprendre le modèle de Black box edition : faire du financement participatif afin d'être sur d'avoir une base. Limité les pertes en ayant une idée plus précise du nombre de personnes intéressées. Ou finir les séries en connaissant a peu de chose près le nombre de personne intéressées. Rien n'est plus frustrant qu'une série qui s'arrête avant la fin.
Là je peux répondre du pourquoi du comment (ou du moins en partie) :



-avec tous les mois des news intéressantes, c'est parfois difficile de tout suivre avec le No.2 et suivants

-le budget Manga devient alors colossal et parfois il faut y mettre parfois radicalement un terme, j'ai du le faire cette année en arrêtant tout (je reprends petit à petit)

-la place dévorée par les nouveaux achats devient vite ingérable et nos espaces sont pas infini (entre 3000 et 4000 mangas quand même, j'aimerais un manoir gigantesque pour pourvoir tout faire et ranger et l'argent qui va avec)

-La place, l'argent et trop de news intéressantes, j'arrivais plus à suivre et je me sentais obligé de soutenir un peu tout le monde, du coup je me suis mis à "détester" le Manga lui même (grosse pause de 6 mois, depuis je limite sévèrement).



Je pense que les points la place et l'argent et trop de news doivent être généralisés (ça plus le fait que les hits sont généralement des Shonens, et le public pour le reste est plus restreint).



le public est jeune aussi (et hier j'ai vu un commentaire d'un jeune qui disais que 7€ pour ADN c’était trop cher, clairement le budget ne suit pas).



NB : je suis en train d’essayer de résister à l'achat de Don't Call Me Magical Girl, I'm OOXX Tome 1
Combien de fois, moi, lecteur et client, me suis-je retrouvé avec des séries arrêtés et incomplètes sur les bras?

Si les acheteurs attendent c'est parce que eux aussi ont perdu de l'argent et une part de leur confiance envers les éditeurs.
C'est un domaine où le rythme de publication est tellement effrené qu'il est pratiquement impossible pour un libraire de s'y retrouver.



On parle de centaines de séries qui presque toutes publient souvent 3 à 4 tomes par année. À moins d'être complétement spécialisé en manga c'est impossible pour un libraire moindrement généraliste de continuer à tenir une série au-delà des 3-4 premiers tomes si les ventes ne sont pas au rendez-vous.



Ça limite donc encore plus le nombre d'endroits où ces titres sont disponibles, et donc, du même coup, les possibilités de vente. Je comprends le désarroi des éditeurs, je n'y vois pas de solution, honnêtement.
Le marché du manga est certes impitoyable, mais d'autres petites structures arrivent à s'en sortir honorablement. Si Komikku traverse en ce moment une période difficile, c'est essentiellement parce que cette maison d'édition a voulu autofinancer le lancement des éditions De Saxus, sa ligne “romans”. Mais comme les romans De Saxus ne sont pas bien vendus, Komikku se retrouve à court de liquidités. C'est juste une question d'erreur de stratégie.
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