L'autodafé de Tintin ? Tout à fait !

Clément Solym - 31.05.2010

Manga/BD/comics - Univers BD - racisme - procès - belgique


Public chéri mon amour, que penses-tu qu'il faudrait qu'il advienne de Tintin ? Qu'on dépèce les oeuvres et qu'on en fasse des confettis pour le prochain Mardi gras ? Que l'on noie les stocks ? Qu'ils soient distribués aux mauvaises oeuvres ? Ah, que l'on fasse un autodafé ? Pourquoi pas...

D'ailleurs, l'idée est bonne, puisqu'au moins une personne l'a évoquée. Pour signaler à quel point la procédure d'interdiction que Bienvenu Mbutu souhaite mettre en place.

Me Alain Berenboom, avocat de l'éditeur Casterman, s'est exprimé en ce sens, estimant que la demande relevait de la bêtise crasse : « Je ne peux pas accepter le racisme, mais je juge aussi épouvantable que l'on brûle des livres. Interdire des livres, c'est les brûler. » Si l'on était un chouia pragmatique, ce dont nous sommes parfois capables, brûler permet certes de faire de la publicité pour un ouvrage, mais limite par les suites les stocks disponibles. Alors qu'en revanche, censurer autorise toujours la vente sous le manteau...

Bref. L'avocat, qui est également l'ancien président de la Ligue belge des droits de l'homme ajoute que depuis « Depuis la loi sur la liberté de la presse de 1831, il y a très peu de livres interdits en Belgique. En Égypte, une association veut faire interdire les Contes des Mille et une Nuits. En Belgique, nous n'en sommes pas là ». D'ailleurs, jamais Tintin n'a troublé l'ordre public, ni ne s'est présenté comme un ouvrage raciste. Moins encore à l'égard de l'Afrique, conclut-il.

Pourtant, depuis l'ouverture d'une procédure civile, le 28 avril dernier, Tintin au Congo est dans la tourmente. L'avocat du plaignant, Me Ahmed L'Hedim s'explique : « Ce livre contient manifestement des images et des dialogues à caractères raciste et offensant à l'égard des Noirs, mais aussi de l'humanité tout entière. » Et pour cette raison, il devient intolérable à son client, l'idée que ses enfants puissent lire cet ouvrage - ils risqueraient de se sentir insultés.

En France, le CRAN avait, à la mi-mai, réclamé que l'on placarde sur la BD un avertissement, son président, Patrick Lozès, assurant qu'il n'était nullement question d'un « procès ni à Tintin, ni à Hergé, mais à des préjugés racistes. Ne voyez dans notre démarche rien d'autre qu'une intention pédagogique ».

Néanmoins, le CRAN apporte tout son soutien à la procédure menée par Bienvenu, estimant que « si la justice belge ne montrait pas la célérité nécessaire, nous saisirons la justice française pour obtenir ce que nous réclamons ».

Pauvre Tintin...