L'excellente santé économique de la BD cache la précarité de ses auteurs

Nicolas Gary - 24.01.2018

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C’était en juin 2014 : à l’époque, Aurélie FIlippetti, ministre de la Culture, était interpellée par le Snac BD. Dans une lettre ouverte, ils étaient 748 à faire part de leur colère, et des menaces qui pèsent sur leur profession. Quatre ans plus tard, un nouveau courrier intitulé « Auteurs de BD en danger » est diffusé. Et les questions restent les mêmes. 

 


 

 

Nicolas de Crecy, Pénélope Bagieu, Karine Bernadou ou encore Riad Sattouf, José Muñoz et Blutch comptent parmi les 385 signataires de la lettre ouverte [à l’heure de rédaction de cet article]. Cette fois, c’est le Collectif Artistes Auteurs qui intervient alors que le Festival de la BD d’Angoulême approche, sans ménagement : « C’est une urgence. »

 

Reprenant les données de l’étude communiquée l’an passé à l’occasion des Etats généraux de la bande dessinée, ils rappellent donc trois faits économiques préoccupants. 

 

• 53 % des auteurs de bande dessinée gagnent moins de l’équivalent du SMIC. 

• 36 % sont sous le seuil de pauvreté. 

• 55 % d’entre eux travaillent le week-end, trois fois par mois ou plus…

 

Mais plus préoccupant encore, ils évoquent l’épuisement des artistes et auteurs, au même temps que les illustrateurs, les photographes et les graphistes. Au cours du Salon du livre de Montreuil, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse avait déjà alerté – une fois de plus. 

 

Les auteurs manifestent à Montreuil :
“Pas question de se laisser plumer !”

 

C’est sans appartenance propre à une organisation que les auteurs se réunissent. Avec des sujets toujours aussi brûlants : « [U]ne solution provisoire à la hausse de la CSG a été validée par le gouvernement : elle sera compensée pendant un an, sous une forme indéterminée et financée sur le budget du Ministère de la Culture. Qu’adviendra-t-il ensuite ? Nous l’ignorons, et malheureusement ce n’est pas le seul problème que rencontrent les auteurs aujourd’hui. »


Plume pas mon auteur
manifestation au SLPJ 2017 - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Car le régime de retraite « les met en péril » de toute manière, « même si les syndicats d’auteurs ont pu obtenir que le pire, pour certains, soit évité ». 

 

Pour une bande dessinée, un auteur se voit proposer 7000 € fréquemment, pour son travail : un an, « à temps plein ». Toute cette précarité qui régit l’industrie du livre pèse lourd sur les créateurs. « Nous fournissons textes et images, matières premières du secteur de la bande dessinée (éditeurs — diffuseurs — distributeurs) dont la presse, chaque année, à l’occasion du festival d’Angoulême, rappelle l’excellente santé économique. »

 

L’édition “c’est une pyramide renversée :
l’auteur est tout en bas, et sans lui, plus rien”

 

Pourtant, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen a rappelé que la condition à la « diversité culturelle, c’est la juste rémunération des artistes et des créateurs ». Ils estiment indispensable « qu’enfin une réflexion de fond, globale, avec tous les acteurs du livre, soit mise en place pour penser notre statut, notre protection sociale, et nos rémunérations ».

 

La lettre est à retrouver ici.

 

Dans un entretien accordé à ActuaLitté, le nouveau président du groupe BD au Syndicat national de l’édition, Moïse Kissous, affirmait qu’il serait « attentif au sujet et ravi d’entamer une discussion avec le Snac BD », sur la question de la rémunération. Mais selon lui, d’autres pistes doivent être envisagées.

 

L’idée serait plutôt de parvenir à élargir les revenus que produit la BD : « Comme dans tous les segments culturels, il y a une minorité d’auteurs qui gagne bien et une majorité qui doit cumuler des activités multiples pour s’en sortir. » Conclusion : il faut faire grossir le gâteau à se partager, sans oublier « que l’économie du livre pour l’éditeur reste fragile ».

 

Le Snac BD, justement, en avait avancé une en juin 2017, qui n’a manifestement pas encore porté ses fruits : la rémunération des auteurs de BD en festival

 

« Les auteurs BD sont très concernés par la présence en salon, qui nécessite beaucoup de temps. L’idée est que personne ne remet en cause le plaisir que l’on peut tirer de ces moments, mais le constat effectué est simple. Les mairies disposent d’un rayonnement culturel du fait du festival, les libraires vendent, et les éditeurs avec eux... mais les auteurs sont les seuls à ne pas en profiter, parce qu’ils ne sont pas rémunérés », nous indiquait le Snac BD. 

 




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