L'homosexualité est une couleur chaude et mortelle en Iran

Nicolas Gary - 18.02.2015

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La poétesse iranienne Sepideh Jodeyri a traduit le roman graphique Le bleu est une couleur chaude, de Julie Maroh. L'ouvrage racontait l'histoire d'amour entre deux adolescentes, et s'était changé en film, La vie d'Adèle, réalisé par Abdelatif Kechiche, avec une Palme d'or à Cannes en 2013. Mais la traductrice fait l'objet de menaces dans son pays, menées par des intégristes farouchement campés dans leur intolérance.  

Dessin de Julie Maroh,

 

Julie Maroh avait déclenché l'alarme, publiant sur son site un message pour alerter l'opinion publique. « En Iran, l'homosexualité est passible de la peine de mort. La version persane du “Bleu” a donc été publiée par un éditeur parisien. Tout aurait pu s'arrêter là. Mais c'était sans compter sur les médias conservateurs religieux qui se sont littéralement déchaînés quand un éditeur de Téhéran a publié le dernier recueil de poésies de Sepideh et tenté d'en faire la promotion. »  

 

Elle précisait que l'éditeur, comme la traductrice, avaient été menacés pour une publication qualifiée de criminelle, tout en prenant à partie les pouvoirs publics et le ministère de la Culture et de l'Orientation islamique. Ce dernier avait autorisé et financé pour partie la publication de ce livre, et un lynchage médiatique dans les règles avait pris forme sur internet. L'éditeur était menacé de perdre son autorisation de publier, et l'auteure, pour sa part, ne trouve plus de porte où frapper pour publier ses livres. 

 

« En Iran comme ailleurs, de nombreux homosexuels sont profondément choqués de ce lynchage médiatique, atteints dans leur chair, mais aussi tous ceux qui perçoivent la gravité de ces évènements. Voilà pourquoi un souffle de solidarité serait le bienvenu », assurait Julie Maroh. 

 

Sepideh Jodeyri 

 

 

Actuellement, Sepideh Jodeyri vit en République tchèque, à Prague, et ses œuvres ont été interdites en Iran. Elle n'a évidemment plus le droit de retourner dans son pays. « J'ai été déclarée persona non grata dans mon propre pays », explique-t-elle. « Il m'est insupportable qu'on laisse passer de tels évènements sous silence. C'est une atteinte de plus cette année, cette vie, à notre liberté d'écrire, de lire, de communiquer, et par-dessus tout d'aimer », commente pour sa part Julie Maroh. 

 

Et la campagne de censure s'est rapidement activée : un journaliste iranien a vu l'interview qu'il avait faite avec la poétesse supprimée de son journal. Sepideh explique que les responsables de la publication ont peur de représailles, s'ils maintenaient la parution de l'article. Deux autres critiques littéraires ont subi la même repression. « Tout cela signifie que ma plume est interdite dans ma patrie », déplore-t-elle. 

 

Les groupes religieux et la censure imposée par le gouvernement iranien conduisent son éditeur à redouter désormais des représailles violentes, et il ne reste qu'à demander l'aide des médias pour sensibiliser le plus grand nombre.  

 

Le SNAC BD, syndicat français commente : « Sensibles à ce sujet, nous nous permettons de relayer sa tribune. N'hésitez pas à partager, attirer l'attention des pouvoirs publics, les réseaux sociaux ont déjà prouvé leur efficacité dans ce genre d'affaires. Restons vigilants et mobilisés. » De son côté, l'éditeur anglophone, au Canada, du roman graphique a publié une tribune pour dénoncer la situation dans laquelle se trouve Sepideh. Il pointe qu'elle n'est pas même homosexuelle elle-même, mais défend la cause LGBT, et que pour cela, elle a subi à de nombreuses reprises des harcèlements en Iran.

 

 

 

Glénat, éditeur en France, a diffusé un message : « Comme Julie Maroh, les éditions Glénat soutiennent la poétesse iranienne Sepideh Jodeyri, menacée dans son pays pour avoir traduit Le Bleu est une couleur chaude en persan. » L'Alliance internationale des éditeurs indépendants a également apporté son « soutien à Sepideh Jodeyri, traductrice de la bande dessinée “Le bleu est une couleur chaude”, de Julie Maroh (édition en persan publié par Naakojaa, membre de l'Alliance), aujourd'hui harcelée en Iran »

 

Rappelons que, dans le pays, apporter son soutien à l'homosexualité est passible d'une peine de 100 coups de fouet, et même d'une peine de mort. L'homosexualité est également passible de mort, et les ecclésiastiques du pays n'hésitent pas à prononcer des fatwas en guise de justice. Mohammad-Javad Larijani, secrétaire du Haut Conseil iranien pour les Droits de l'Homme (sic !), déclarait en 2013, que « la promotion de l'homosexualité est illégale, et nous disposons de lois fortes contre cela. Nous considérons que l'homosexualité est une maladie qui doit être guérie. »

 

Seule la version numérique de Bleu est aujourd'hui disponible en Iran. Au niveau international, la presse s'empare désormais du sujet.