La police américaine se voit en justicier vengeur de comics ?

Nicolas Gary - 07.06.2020

Manga/BD/comics - Comics - Punisher Marvel heros - police amérique Punisher - symbole forces ordre


Des forces garantes de l’ordre public, mais pas soumises au droit d’auteur ? Quand la police américaine décide d’arborer sur ses voitures le logo d’un super héros, l’éditeur s’étrangle. Ainsi, le crâne caractéristique du Punisher, personnage de l’écurie Marvel, était arboré par des policiers américains, voire sur des véhicules de patrouille. Pas glop…


 

À Detroit, New York et ailleurs, le crâne si caractéristique du Punisher — certainement l’un des plus violents personnages de Marvel — a fleuri. Sur les voitures, les uniformes ou les gilets pare-balles de la police. De fait, ces derniers revendiquaient le logo comme un soutien au mouvement Blue Lives Matter — pendant du Black Lives Matter, mais désignant cette fois les forces de l’ordre.
 

The Punisher, entre poème et promesses


Dans les comics de Marvel (propriété de Disney, ce qui peut faire tache…), Frank Castle, alias The Punisher, est un franc tireur : tête brûlée, mais méthodique, il applique sa propre vision de la justice, quitte à se changer en tueur en série. Loin des clous de la police, il agit de son propre chef, juge et bourreau à la manière d’un Judge Dredd. 

Or, la reprise de son écusson par les policiers ne date pas d’hier. Si la violence ne devrait intervenir qu’en dernier recours pour la police, c’est pourtant le modus operandi privilégié de Castle. D’ailleurs son nom de guerre, Punisher, est chargé de tendresse et d’amour. 



 
Mais ce logo fascine les hommes en bleu américains, au point que les scénaristes aient dû, dans un épisode de juillet 2019 (Punisher #13), rectifier le tir. Clairement, Frank Castle déteste les flics qui l’admirent. Avec cette délicieuse menace : « Si je découvre que vous tentez d’agir à ma manière, je viendrai vous trouver. »

Cette mise au point intervenait alors que les syndicats de police de la ville de Saint-Louis avaient recommandé d’afficher ouvertement l’insigne du Punisher… Douteuse incitation.

Et ce paradoxe est loin d’être l’apanage de policiers américains : en février 2019, des soldats britanniques se voyaient interdire d’arborer le crâne du justicier vengeur. Et Gerry Conway, cocréateur du personnage l’affirmait : « Ils adoptent une mentalité de hors-la-loi. Que vous pensiez que le Punisher soit justifié ou non, que vous admiriez son code de déontologie, il reste un hors-la-loi. C’est un criminel. La police ne devrait pas embrasser un criminel comme symbole. » Dont acte. Sauf que…
 

#GeorgeFloyd


Retour aux manifestations qui embrasent les États-Unis. La mort de George Floyd, un Afro-américain visiblement victime de violences policières, a provoqué une immense levée de boucliers. Et le mouvement Black Lives Matter est plus supporté que jamais. Disney a même promis un chèque de 5 millions $ pour les organisations travaillant à la justice sociale.

En réaction face à la colère, un autre mouvement s’est monté, Blue Lives Matter — pour que l’on n’oublie pas les policiers tués dans l’exercice de leur fonction. Et dans leurs rangs, revient donc le crâne du Punisher. Pour nombre de dessinateurs de comics, c'est la goutte d’eau : qu’ils travaillent ou non pour Marvel, ils exhortent la maison-mère, Disney, à intenter un procès contre les membres de la police qui utilisent ce logo sans autorisation. 

Ou plutôt, pour incarner un contre-mouvement, alors que les émeutes et les affrontements se multiplient depuis le décès de Floyd, ce 25 mai. L’intervention juridique de Disney servirait alors de garde-fou : sous couvert de copyright, mettre un peu d’eau dans le vin des tensions actuelles ?

Justin Jacobson, avocat spécialisé dans l’industrie du divertissement, estime que cette option n’aboutirait pas. À moins que les officiers ne fassent commerce du logo, aucune plainte ne serait recevable. Ce qui place Disney dans une inconfortable position : ne pas agir, c’est cautionner. Corollaire (de mauvaise foi, s’entend) : la firme approuve-t-elle la mort de Floyd ?

Et les interventions de Conway — encore en octobre 2019, toujours sur le sujet, cette fois à Dallas — n’y semblent rien changer : 
« Ils font état d’un niveau d’irresponsabilité imbécile et ils devraient être licenciés immédiatement ». 

Une procédure judiciaire pourrait s’entendre contre les producteurs de ces écussons affichant le crâne du Punisher, certes. Mais en l’état, qu’un policier exhibe un insigne qu’il a acheté, rien dans la loi ne s’y oppose.
 

Castle, ferme : Marvel, moins ?


Interrogé, Marvel a réitéré son message : « Nous sommes contre le racisme. Nous défendons l’inclusion. Nous sommes solidaires de nos collègues noirs, des conteurs, des créateurs et de toute la communauté noire. Nous devons être unis et parler. » Mieux : elle considère que les propos de Castle dans le Punisher #13 équivalent à un message officiel. 

« Je vais vous le dire une seule fois. Nous ne sommes pas les mêmes. Vous avez prêté serment de faire respecter la loi. Vous aidez les gens. J’ai laissé tomber tout ça, il y a longtemps. Vous ne faites pas ce que je fais. Personne ne le fait », clamait Castle.

Avant de conclure : « Vous, les mecs, avez besoin d’un modèle ? Son nom est Captain America, et il serait heureux de votre soutien. » Limpide ? Évidemment, mais découlant d’un personnage dans un comics, le message n’a pas le même effet qu’une communication officielle. Surtout que le numéro s'est écoulé à 22.000 exemplaires durant son premier mois de diffusion, pas terrible.

La police de Detroit a tout de même apporté de l’eau au moulin, estimant que l’utilisation du crâne de The Punisher « ne sera pas tolérée. Nous prenons cette question très au sérieux et avons instauré des mesures immédiates pour y remédier ». Ajoutant que les valeurs du justicier n’étaient « en aucune façon celles du département de police de Detroit ». 


via Screerant, Business Insider, iO9

crédit illustration : Marvel


Commentaires
Le mot qui dérange "La mort de George Floyd, un Afro-américain VISIBLEMENT question question question victime de violences policières, a provoqué une immense levée de boucliers."

Il faut oser le faire, on dirait du Castaner pur jus ou depuis hier du Christian Jacob.
D'un autre côté, le logo est une tête de mort donc Marvel s'étrangle à chaque fois qu'un dessinateur peint un drapeau pirate ? Le logo n'est en rien caractéristique du Punisher... donc aller chercher des poux pour un truc aussi commun revient à faire comme Microsoft qui a déposé le terme Fenêtre © : c'est ridicule !
Etrange attitude de certains flics et militaires que celle de se placer sous la protection (?), la garantie d'impunité (?), le déni de responsabilité acquis d'office (?), la soudaine substitution d'identité d'avec un superhéros pour adolescents débiles (?).

Un saint patron justicier de corporation ou de clique, ce Punisher -icône de cinoche, DVD ou BD? Un crâne, effigie de la mort donnée que l'appartenance au clan autorise et inscrit en ligne rouge sur sa feuille de route?



En plus de l'arrogance, c'est - dans toute leur splendeur: l'infantilisme de ces adultes, la lâcheté ("c'est pas moi, c'est ma soeur qu'a cassé la machine à vapeur") et la suspecte dépersonnalisation du sujet sous l'uniforme imperméable et le masque funèbre de la tête de mort.



A côté de ça, beaucoup plus sérieuses : l'éternelle guéguerre des droits d'auteur, les jérémiades des éditeurs, les prises de becs inévitables de tous ces humains amoureux fous d'une autre idole, talisman ou grigri: sa majesté Pognon le Grand.



Bref, un autre chapitre du roman "Fric et flic, mes chéris". A suivre.
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.