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Le centre André François ou la passion des images

La rédaction - 27.12.2016

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C’est au cœur d’un quartier résidentiel de Margny-lès-Compiègne que se trouve le centre André François, centre régional de ressources sur l’album et l’illustration (CRRAI). Installé dans l’élégante médiathèque Jean Moulin, il occupe une partie des espaces situés au premier étage tout en ayant son propre fonctionnement. Créé en 2010 par la ville avec le soutien du ministère de la Culture, ce lieu s’est donné pour vocation de faire connaître les illustrateurs et de conserver les albums. 

 

 

 

« En France, nous n’avons pas conscience de cette mémoire à sauvegarder que représente l’illustration. De plus, le décryptage des images intéresse beaucoup le public » remarque Catherine Palomar, directrice du CRRAI. La tâche est immense et les pistes de développement nombreuses pour cette jeune structure qui multiplie les initiatives afin de rayonner largement et de gagner en visibilité, à l’instar de ses aînés que sont le musée de l’illustration de Moulins ou le prestigieux centre de l’illustration Tomi Ungerer de Strasbourg.

 

Pour mener à bien ses missions, le centre André François déploie son activité dans deux directions principales, un programme régulier d’expositions et l’accueil d’illustrateurs en résidence. C’est en premier lieu à faire connaître la figure et l’œuvre d’André François que se consacre l’équipe du centre. Né à Timisoara, André François a vécu une grande partie de sa vie dans le Vexin, à 80 kilomètres de Margny.

 

C’est dans son atelier, au fond du jardin de sa maison de Grisy-lès-Plâtres, qu’il crée couvertures de magazines et de livres, affiches, livres pour enfants, dessins d’humour pour la presse ou encore décors et costumes de théâtre, tableaux et sculptures. Formé à l’illustration graphique et au dessin par l’affichiste Cassandre, André François a marqué les esprits par des images à l’humour intrépide et un irremplaçable sens du raccourci graphique.

 

Les amateurs de 2 CV ne peuvent avoir oublié le joyeux cheval à deux têtes sautant un obstacle en forme de double chevron qui vantait les mérites de l’improbable véhicule. Publié en 1956 par Robert Delpire, Les Larmes de crocodile est quant à lui devenu un classique du livre pour enfants, traduit dans plus de 16 pays. De renommée internationale, André François réalisa également des couvertures pour le New Yorker pendant 30 ans et des affiches pour les films de Pierre Étaix, Oshima, Losey ou Polanski.

 

Lorsque l’artiste décède en 2005 à 89 ans, c’est avec la douleur d’avoir vu quelques années plus tôt un incendie sans merci ravager la quasi-totalité de son travail et de ses archives. Bien qu’il subsistât peu d’œuvres originales, il paraissait indispensable de faire vivre la mémoire de ce créateur exceptionnel. Janine Kotwica, professeur spécialiste de la littérature jeunesse, amie de l’artiste et de sa famille, obtient que le centre régional de ressources de l’illustration et de l’album dont elle a été l’initiatrice devienne le centre André François. Il reçoit alors en dépôt affiches, estampes et dessins épargnés par les flammes. Il continue aujourd’hui à acquérir et à rassembler une œuvre imprimée prolifique. 

 

Depuis l’origine du centre, cinq expositions thématiques ont été organisées pour présenter différents aspects de l’œuvre. La dernière en date, André François fait son cinéma, s’est tenue en 2015, année du centenaire de la naissance de l’artiste. Elle a été l’occasion d’acheter une collection complète de L’Écran français. Alors jeune graphiste, André François y dessine pendant sept ans le Minotaure qui apparaît en tête de la rubrique phare de la revue, Le film d’Ariane. 

 

Catherine Palomar, directrice

 

 

Parallèlement, le centre propose deux autres types d’expositions. Les unes sont monographiques (J.P. Pinchon, Bécassine, Frimousset, Grassouillet et les autres, 2016) ou explorent un thème de manière transversale (Rêver ma maison pour habiter le monde en 2015). Les autres se déroulent en lien avec des résidences d’auteurs telle que L’illustration des contes : tradition – création – innovation, conçue par Sophie Van der Linden à l’occasion de la résidence d’Irène Bonacina. Chacune fait l’objet d’un catalogue largement illustré afin de laisser une trace du travail scientifique réalisé. La plupart sont également déclinées dans une version disponible à la location. « Il est important que cela circule » souligne Catherine Palomar.

 

Pour faire connaître l’activité du centre et développer des partenariats, celle-ci proposera d’ailleurs en novembre une journée portes ouvertes à destination de l’ensemble des bibliothèques des Hauts-de-France et des élus. Si la fréquentation des expositions est en croissance constante (3 000 visiteurs aujourd’hui en moyenne), il reste également un important travail de promotion à mener en direction de la population locale. « Historiquement, Compiègne et Margny sont deux villes que tout oppose. C’est la ville des Rothschild contre la ville cheminote » remarque Catherine Palomar, pointant la difficile attractivité du centre autant que sa belle ambition.


Quant aux chercheurs, leur accueil n’est pas développé pour l’instant. Malgré son enthousiasme et sa conviction, la directrice épaulée par une personne à mi-temps sur la communication ne peut mener tous les chantiers de front. Le travail d’inventaire et de description des fonds progresse donc lentement. Des discussions sont en cours pour obtenir un renfort de personnel en 2017. 

 

À l’exemple d’André François, infatigable aventurier de l’image, le centre continue ainsi d’avancer et d’expérimenter. Il sait pour cela pouvoir compter sur l’esprit malin et le regard bienveillant de sa figure tutélaire. 

 

Exposition Pierre Probst, globe-trotter des images 

 

« Pierre Probst est un auteur-illustrateur qui a fait lire plusieurs générations d’enfants. Et c’est le merveilleux illustrateur qu’il fut que le CRRAI veut honorer et faire (re)découvrir aux lecteurs d’aujourd’hui. 

 

 

Fidèle à sa mission, le Centre Régional de Ressources sur l’Album et l’Illustration présente les œuvres originales de l’artiste : croquis, crayonnés, et gouaches. L’angle d’approche retenu par notre commissaire d’exposition, Christophe Meunier, géographe, ne surprendra pas ceux qui le connaissent. Alors que notre époque voit se multiplier les inquiétudes et les polémiques sur les livres d’enfants, il nous fait regarder autrement le célèbre personnage de Caroline.
 

Caroline est un garçon manqué qui ne s’interdit rien. Elle n’est pas “genrée” ne se limitant pas à des activités domestiques. Caroline voyage... Quant à Fanfan, autre personnage créé par Pierre Probst, il incarne l’écologie et la beauté de notre monde. À bien des égards, les dessins de Pierre Probst pourraient faire l’objet de réédition sans textes tant ils se suffisent à eux-mêmes. Il se passe tant de choses à voir sur chaque planche! Le talent de metteur en scène de Pierre Probst séduit notre regard. » (Catherine Palomar, Directrice du Centre Régional de Ressources sur l’Album et l’Illustration)

 

 

 

par Clotilde Deparday

 

en partenariat avec le CRLL Nord Pas de Calais