Le FIBD hors-la-loi de ne pas rémunérer les auteurs ? Pas si vite...

Nicolas Gary - 14.12.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - Festival Angoulême - auteurs BD - rémunération auteurs


Actuellement en plein dans les derniers préparatifs de son, édition 2016, le Festival de la bande dessinée d’Angoulême met les bouchées double. Dans le planning prévu pour cette 43e édition, plusieurs ateliers sont encore à pourvoir, et l’on cherche des auteurs pour s’en charger. Au risque d’irriter un peu les auteurs, qui en découvrent les conditions.

 

Marche des auteurs à Angoulême

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Plusieurs activités, à animer, sont ainsi soumises au bon vouloir de chacun, comme les Rencontres dessinées, d’une durée de quatre-vingt-dix minutes. L’auteur se présente au public avec un travail entamé, qu’il devra par la suite poursuivre devant le public – en ayant pris soin d’apporter son matériel. Le tout doit donner le sentiment de se trouver dans l’atelier de l’artiste. S’ensuit alors une interview réalisée par un.e modérateur.trice – dont on ignore s'il ou elle sera rémunéré(e).

 

« Il n’y a pas de rémunération pour ces rencontres comme pour l’ensemble des rencontres qui procèdent plus de la promotion des livres parus et à venir des auteurs que d’un travail, comme les concerts de dessins® par exemple », indique l’organisation. 

 

Quid ? Ne pas rémunérer les auteurs ? Alors qu’à compter du 1er janvier 2016, toute manifestation soutenue par le Centre national du livre doit proposer une rémunération, sous peine de perdre sa subvention ? « Nous sommes nombreux à avoir été scandalisés par cette demande de travail bénévole de la part des organisateurs dudit festival », nous indique une auteure. 

 

Il est vrai que la mesure de rémunération obligatoire a été entérinée par le Conseil d’administration du 13 octobre 2015. Or, même le comité des Artistes Auteurs Plasticiens s’est emparé, trop hâtivement, de cette question : « En refusant de rémunérer les auteurs au prétexte de faire leur “promotion”, le festival de la bande dessinée d’Angoulême veut apparemment déroger à la règle édictée par l’un de ses soutiens institutionnels, le Centre national du livre, qui précisément conditionne ses aides au fait que les auteurs soient payés pour leurs interventions. Une affaire qu’il importe de tirer au clair... ainsi que la sous-représentation des auteurEs... », peut-on lire sur Facebook.

 

Notons en effet que, contrairement à des pratiques vilainement établies, le FIBD semble cette année se soucier qu’il existe également des auteures femmes, « parce que quand il s’agit de faire les choix des candidats au grand prix on reste bien au chaud entre auteurs », déplorait une auteure, justement.

 

Donc les auteurs protestaient à tort, puisque l'accord entre le FIBD et le CNL était dans les clous. Mais n'en ont pas moins raison de vouloir être rémunérés pour leurs interventions. (merci TanXXX d'avoir demandé la précision)

 

Pour 2016... non, mais 2017, ce sera obligatoire

 

Un proche du dossier apporte quelques éléments de réponses. « Il n’y a aucune obligation pour le Festival d’Angoulême cette année, car ils sont passés en commission en octobre 2015, et la mesure n’était pas encore adoptée. » Autrement dit, pour l’année 2016, le FIBD est encore dans les clous, quand il propose des ateliers sans rémunération. « L’an prochain, ce sera en revanche obligatoire », poursuit-on. 

 

Ces manifestations, pour être soutenues par l’établissement, doivent déjà répondre à un certain nombre de critères, qui demeurent en application. Elles doivent ainsi présenter un projet littéraire structuré (originalité de la programmation, capacité de renouvellement dans le choix des auteurs proposés…), respecter la diversité éditoriale en favorisant la venue des éditeurs indépendants et prendre soin d’ouvrir chaque année leur programmation aux primo-romanciers et aux auteurs émergents. Elles doivent prendre en compte les formes nouvelles de promotion du livre et de la lecture (lectures-performances, concerts littéraires…). Le CNL

 

Et le CNL de préciser dans un communiqué diffusé ce jour même que « les auteurs en dédicace n’entreront pas dans ce dispositif, de même que les universitaires qui interviennent dans leur domaine de recherche ».

 

> Les rencontres simples centrées sur le dernier ouvrage de l’auteur invité seront a minima rémunérées 150 € HT

> Les rencontres nécessitant un temps de travail préparatoire seront a minima rémunérées 226 € HT (correspondant au tarif proposé par la Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse pour une intervention d’une demi-journée)

> Les lectures-performances, les concerts littéraires conduits par les auteurs seront rémunérés a minima 400 € HT 

 

À toutes fins utiles, le CNL vient de rappeler que le dispositif répond à plusieurs conditions, décrites ici. Notons que pour l'édition 2015, le FIBD avait perçu une subvention de 150.000 €, qui avait été diminuée à 120.000 € pour l'édition 2016. 

 

Toutefois, les organisateurs du FIBD devront certainement réviser leur politique concernant les Rencontres dessinées pour 2017. Il semble bien que ce type d’animation relève bel et bien des conditions décrites par le CNL qui rendent la rémunération des auteurs obligatoire.

 

« Nous trouvons l’argument des organisateurs du festival “la promotion des livres (...) à venir” totalement déplacé. Ici, il ne s’agit nullement de promotion, mais bien d’un travail créatif “en direct” que doivent fournir les auteurs.

Il nous semble donc tout à l’inverse que le travail demandé ici aux auteurs correspond tout à fait à ceux dont le CNL exige désormais qu’ils soient rémunérés dans le cadre des salons et festivals dont il est partenaire », analysait d’ailleurs le Syndicat des Écrivains de langue française dans un courrier communiqué à ActuaLitté. 

 

En octobre dernier, le CNL indiquait que 78 manifestations sur les 95 soutenues rémunèrent déjà les auteurs. Et cette décision ne serait en réalité qu’une manière d’acter un mouvement déjà existant.