Le groupe Delcourt revendique la deuxième place du marché BD

Clément Solym - 03.01.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - groupe Delcourt - éditions Glénat - rapport ACBD


On aurait pu s'émouvoir, dans les groupes éditoriaux, de ce que l'an passé, 1510 auteurs vivaient, parfois difficilement de la création de BD, et de ce que ce chiffre soit descendu à 1492 pour 2013, selon le rapport réalisé par Gilles Ratier, pour le compte de l'ACBD. Un rapport qui indique un ralentissement de la production, immédiatement repris par des médias peu regardants, comme un signe de morosité dans le marché de la BD franco-belge. Ah, les fêtes de fin d'années, et les lectures hâtives...

 

 

Arleston sous son troll Hébus

On sourit de toutes ses dents, mais un peu jaune ?

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Un communiqué dégainé par le groupe Delcourt a pourtant mis le feu à d'autres poudres. En effet, on pouvait lire dans le rapport de l'ACBD que le groupe Glénat devenait le 2e éditeur du secteur, « sur le plan économique, mais reste le 3e sur le plan de la production, avec 407 titres – soit 7,9 % (contre 478 et 8,6 % en 2012) ». En revanche, celui de Guy Delcourt occupait bien la 2e place de « plus gros producteur d'albums de bande dessinée, avec 824 titres – soit 16 % de la production annuelle – (906 et 16,3 % en 2012) et, en termes de ventes en exemplaires, le 3e plus important groupe éditorial ».

 

Les données avancées s'appuyaient sur les chiffres fournis par Ipsos et Livres Hebdo, prenant en compte le nombre d'albums vendus. Et comme précisé, sur l'année 2012. Ce qui permettait bien de dire que Glénat prenait la 2e position, et Delcourt la 3e - l'année passée. 

 

Mais le groupe Delcourt (regroupant Tonkam, Soleil et Delcourt) n'apprécie pas l'imprécision, et souhaite « rectifier une information erronée figurant dans le rapport 2013 de l'ACBD ». Présentant les chiffres GfK, la référence du secteur, pour l'année 2013, l'éditeur explique que le monde des bulles se répartirait comme suit : 

 

Parts de marché en CA 2013 (hors décembre)
1er   27,13 %    Groupe Media Participation
2e   16,86 %     Groupe Delcourt
3e   13,23 %     Groupe Glénat

Parts de marché en volume 2013 (hors décembre)
1er   25,60 %    Groupe Media Participation
2e   15,30 %     Groupe Delcourt
3e   14,79 %     Groupe Glénat

 

Selon l'institut GfK, pour les 11 premiers mois de l'année, le groupe Delcourt serait donc devant Glénat, que ce soit en volume ou en chiffre d'affaires. «

Le rapport de l'ACBD étaye une analyse de l'année 2013 avec les chiffres de 2012. C'est incohérent. En 2013, le groupe Delcourt est 2e en parts de marché en volume (ventes de livres) et en CA (chiffre d'affaires). N'attendons pas décembre 2014 pour que cela soit dit », précise le groupe Delcourt, contacté par ActuaLitté.

 

 

 

 

Bataille rangée de chiffres ? Absolument... ou presque. Il est vrai que certains éléments sont trompeurs : puisque l'on parle du rapport 2013, que des diagrammes présentent un ralentissement de la production, constaté entre le pic 2012 et l'année 2013, difficile de ne pas se tromper dans les données présentées.

 

Il faut souligner que Glénat avait réalisé une meilleure année 2012 grâce à Titeuf, et qu'il ne sera possible de mesurer et comparer précisément l'année 2013 qu'à compter du moment où les chiffres chiffres Ipsos et GfK, sur l'ensemble de la période, seront présentés. Probablement vers le 10 janvier, pas avant. 

 

"L'ACBD travaille sur la production des albums, le nombre des nouveautés et leur tirage. Les chiffres avancés sont fondés sur les informations transmises par les éditeurs." 

 

 

Dans un communiqué, l'ACBD assure maintenir « son analyse de la production de bandes dessinées en 2013 ». C'est avec « une extrême surprise » que l'Association a d'ailleurs pris connaissance de la communication effectuée par le groupe Delcourt.  

Dénonçant des « erreurs », le groupe Delcourt revendique en 2013 la deuxième place du marché de la BD. Pour cela, il prend argument de statistiques partielles de l'institut GFK.
L'ACBD travaille sur la production des albums, le nombre des nouveautés et leur tirage. Les chiffres avancés sont fondés sur les informations transmises par les éditeurs. Le rapport présente aussi en annexe les données Ipsos 2012 sur les parts de vente en exemplaires. Ces données ne figurent dans le rapport Ratier que pour situer notre analyse dans le contexte économique du secteur. Cela est d'ailleurs précisé en toutes lettres dans le rapport.
Réalisé depuis quatorze ans par notre secrétaire général, Gilles Ratier, le rapport annuel sur la production de bandes dessinées sur le territoire francophone est largement reconnu comme l'étude la plus approfondie sur l'activité du secteur.
Comprenant que le groupe Delcourt souhaite valoriser sa position sur le marché de la BD, l'ACBD lui demande instamment d'éviter à l'avenir de le faire par une remise en cause infondée du travail des journalistes spécialisés qui viennent, par ailleurs, de récompenser du Grand Prix de la Critique 2014 Mauvais genre de Chloé Cruchaudet, un album Delcourt !

 

Dans tous les cas, précisons que le rapport Ratier n'a jamais eu la prétention d'être une analyse économique stricte du marché de la bande dessinée. Au fil des années, il permet avant tout de faire un point sur la production, les évolutions et les mutations que connaît le secteur, tout en apportant quelques données chiffrées. Ces dernières, fournies par Ipsos servent avant tout à situer les données dans un contexte économique fiable.