Le succès des Gardiens de la Galaxie ne profite pas aux créateurs

Antoine Oury - 12.08.2014

Manga/BD/comics - Comics - Marvel DC Comics - adaptations cinéma - Les Gardiens de la Galaxie


Les blockbusters consacrés aux super-héros pullulent, en témoignent les plannings des maisons Marvel et DC Comics. Cette bonne presse et ces box-offices délirants n'aboutissent pourtant pas sur des fortunes, pour les créateurs des différents personnages. La famille du créateur de Rocket Raccoon, Bill Mantlo, a dû batailler pour recevoir quelques royalties de la part des studios Marvel et Disney.

 

 

 

 

Les ratons-laveurs ont la peau dure : Rocket Raccoon fête, en même temps que la sortie du film Les Gardiens de la Galaxie, ses 38 ans. L'anti-héros à fourrure est en effet né en 1976 sous les pinceaux de Bill Mantlo, avec l'aide de l'écrivain Keith Giffen. Des décennies plus tard, la technologie et les attentes du public ont facilité l'exploitation des surhommes, surfemmes, et... suranimaux au cinéma.

 

Pour autant, les créateurs de la Maison des Idées ou de DC Comics sont victimes de la rançon du succès : les contrats signés à l'époque avec les différentes maisons ne laissaient pas de place aux exploitations cinématographiques. Les éditeurs de comics sont devenus des studios, et ont conservé toute la maîtrise des droits d'exploitation.

 

Le cas de Bill Mantlo est particulièrement touchant : le dessinateur a été renversé par une voiture en 1992, et s'est retrouvé paraplégique à vie, cloué dans un lit. Aidé par son frère Michael, il a réussi à obtenir quelques droits dérivés sur les revenus du film, ainsi qu'une projection spéciale, organisée uniquement pour lui.

 

 

La première apparition de Rocket Raccoon

 

 

Toutefois, le combat vaut bien celui des Gardiens : « Mon avocat est très bon. Je ne vais pas vous dire que Marvel est venu vers moi avec son coeur et ses comptes bancaires grands ouverts », explique-t-il. Le confrère, Greg Pak, auteur de comics, avait même lancé une campagne en ligne pour collecter les fonds nécessaires à son traitement médical, pas vraiment couvert par les royalties tirées de ses années d'activités.

 

Dans le cas de Mantlo, un accord à l'amiable a été trouvé, sans procès, mais d'autres dessinateurs ou auteurs ont dû passer par la case tribunal. Et non des moindres : les auteurs Jerry Siegel et Joseph Shuster, créateurs de Superman, avaient attaqué DC Comics en justice dès la sortie du premier Superman, en 1978, pour faire valoir leurs droits. Le jugement s'est poursuivi au fil des années, jusqu'à leurs héritiers, auxquels la Cour fédérale des États-Unis a dernièrement donné raison - mais rien n'est encore terminé, vraisemblablement.

 

En 2009, les héritiers de Jack Kirby - un des créateurs de l'âge d'or de la Maison des Idées - attaquaient eux aussi Marvel, en considérant que les personnages de Thor et Hulk avaient été créés, pour des publications Marvel, certes, mais pas sous contrat, ce qui garantissait de meilleures royalties suite aux exploitations. La famille a perdu son procès contre Marvel l'année dernière, en août 2013.

 

Keith Giffen, l'auteur à l'origine d'une bonne partie des aventures des Gardiens de la Galaxie, a toutefois retenu une leçon de la façon dont les créateurs sont considérés par les maisons, dans le processus d'exploitation cinématographique. « C'est le conseil que je donne à ma petite-fille : dans la mesure du possible, ne choisit pas le rôle du créateur. Soit l'exploitant. Ils deviennent riches. Pas toi. »

 

(via New York Times)