Les femmes ne s'intéressent pas aux comics, elles les ont aussi créés

Antoine Oury - 22.09.2014

Manga/BD/comics - Comics - histoire du comics - femmes audience féminine - Rose O'Neil Ruth Roche


Il aura fallu que le demi-dieu Thor soit remplacé par une femme pour que le comics soit déclaré officiellement ouvert au sexe féminin. Malgré quelques critiques — Manara s'en souviendra —, Marvel et DC Comics, les deux éditeurs majeurs du secteur, semblent diversifier leurs audiences. Peut-être parce qu'une étude menée en mai dernier évaluait 46,67 % du public des comics comme appartenant au deuxième sexe. Lequel s'est souvent distingué au premier plan dans l'histoire des comics.

 


Jill Trent et sa compère Daisy Smythe, créées par Al Camy en 1943

 

 

Avant Wonder Woman, et tout aussi flamboyante, il y eut Rose O'Neill : une artiste américaine née en 1874, et pionnière dans l'industrie du comics. Dès l'âge de 13 ans, après avoir gagné plusieurs concours locaux dans le Nebraska, où elle grandit avant de déménager à New York, elle illustre plusieurs titres de presse. À 22 ans, elle devient l'un des illustrateurs les mieux payés du pays.

 

Reprenant le terme « New Woman » popularisé par Henry James dans ses romans, O'Neill sera à la tête d'un mouvement d'émancipation majeur du début du XXe siècle, utilisant ses talents au service d'une cause féministe. En 1909, elle créé Kewpie, un comic-strip mettant en scène une bande de poupons espiègles, et lance la première franchise de l'histoire du comics, avec une déclinaison en jouets qui connaîtra un fort succès.

 

 

Vintage Kewpie Postcard

Kewpie au service du droit de vote des femmes, en 1914 (Cheryl Hicks, CC BY-SA 2.0)

 

 

Outre cette avant-gardiste, les femmes ont occupé des rôles importants dans l'histoire des comics, dès les premières années du genre : elles ont toutefois subi la sélection historique, dans un domaine où l'expertise masculine prévaut toujours. Ruth Roche faisait ainsi partie du noyau dur des studios Eisner & Iger, au côté des deux créateurs homonymes.

 

En tant que scénariste, elle se distinguera auprès de nombreux éditeurs, qui commandent des créations au studio : Sheena, Reine de la jungle, Phantom Lady, Kaanga, Flamingo, les titres se succèdent sous sa plume. Lorsque Will Eisner quittera les studios, en 1939 pour lancer The Spirit, Ruth Roche poursuivra l'aventure avec Jerry Iger, si bien que l'entreprise sera aussi connue sous le titre Roche-Iger studio.

 

Les amateurs de comics connaissent probablement le nom de Helen Honig Meyer : cette éditrice renommée du secteur fut l'une des voix s'opposant au Dr Fredric Wertham, connu pour avoir accusé les comics de dévoyer la jeunesse. Il obtiendra la mise en place de la Comics Code Authority, mais Meyer a vaillamment défendu les publications.

 

D'autant plus qu'elle savait de quoi elle parlait : elle devient présidente de la maison Dell Comics au début des années 1950, et, par la même occasion, la première femme à accéder à un tel poste dans l'édition. Dell Comics publie alors 15 % de la production comics américaine, et ses ventes pèsent pour un tiers des résultats du secteur. Ses capacités de négociations permettront notamment à Dell Comics de publier les comics dérivés des productions Disney...

 

Parallèlement à l'importance des femmes dans l'industrie, l'audience des comics est largement féminine, et ce dès les premières publications de comic-strips au sein des journaux. Seulement, à partir des années 1970, l'audience féminine s'intéresse à d'autres publications que celles que les éditeurs calibrent à leur attention. La chute des ventes du comics Archie, estimée par Comichron, à partir de cette décennie, est particulièrement frappante. Le titre était connu comme le « comics des filles », et le retour de bâton est violent.

 

 

 

 

 

Bien sûr, les apparitions de personnages féminins au sein de maisons d'édition majeures, comme Wonder Woman, Miss Hulk ou Miss Marvel seront tout aussi décisives, et bien plus visibles. Nous y reviendrons prochainement...