Les organisateurs du Salon de la BD d'Angoulême devraient se méfier

Clément Solym - 10.11.2011

Manga/BD/comics - Univers BD - Salon - BD - Angoulême


La loi est dure, mais c'est la loi. Et les dernières discussions réalisées entre les pouvoirs publics et le Salon de la BD d'Angoulême ne devraient pas manquer de le rappeler à tout un chacun. Si le lecteur le permet, voici une belle histoire que nous allons lui conter...


Il était une fois, un Centre, dit d'exportation du livre français, ou CELF. Un établissement qui avait profité durant plusieurs années - depuis 1991, de fait - de subventions publiques, jusqu'à ce qu'un organisme lui fasse des misères. Et sollicite la communauté européenne, et sa cour de justice pour tenter de faire entendre raison sur deux ou trois choses. Durant des années, le CELF a pu commercialiser des livres, en petite, toute petite quantité, tout en bénéficiant de l'argent public pour assurer son fonctionnement.

 

Or, voilà qu'un beau matin de février 2008, la Cour de justice des Communautés européennes estime que le CELF doit rembourser l'intégralité des sommes qu'il a reçues, et l'on parle alors de quelque 12 millions €.

 

« En application du droit communautaire [le juge national] est tenu d'ordonner au bénéficiaire de l'aide le paiement d'intérêts au titre de la période d'illégalité. Dans le cadre de son droit national, il peut, le cas échéant, ordonner en outre la récupération de l'aide illégale, sans préjudice du droit de l'État membre de mettre celle-ci à nouveau à exécution, ultérieurement. Il peut également être amené à accueillir des demandes d'indemnisation de dommages causés en raison du caractère illégal de l'aide », explique l'arrêt de la Cour. (voir notre actualitté)

 

D'autant que le CELF percevait de l'argent du quai d'Orsay, entre autres, en tant que société exportant des livres à l'étranger. D'ailleurs, et que le Centre avait des en-cours avec plusieurs sociétés d'édition, comme Hachette, Flammarion, Gallimard, ou Editis. Qui l'ont eu dans l'os, puisque la Communauté européenne, a fait valoir qu'il fallait rembourser et payer, avant même de verser l'argent aux éditeurs.

 

Douze millions d'euros, pour tout l'argent public perçu entre 1980 et 2002, voilà qui a de quoi intéresser les organisateurs du Salon de la BD d'Angoulême.

 

Or, ce qui vaut pour l'un, vaut pour tous. Et depuis maintenant trois ans, le Salon de la BD d'Angoulême profite de plusieurs milliers d'euros de subventions, venant de l'argent public. Et dernièrement, ce sont les deniers de la Chambre de Commerce et d'Industrie, qui ont été avancés, à savoir que 150.000 € seraient versés, pour cette année 2012. 

 

Une somme promise, certes, mais pas encore versée, alors que le Salon se tiendra du 26 au 29 janvier prochains. Et Daniel Braud, président de la CCI, a expressément souligné que « si nous acceptons de soutenir le festival financièrement, nous exigerons d'être associés à l'organisation et surtout que des partenaires comme Neuvième Art + et la Cité de la BD se mettent autour de la table pour travailler ensemble pour l'avenir de ce festival ».

 

Il va tout de même falloir être prudent, à force de jouer avec l'argent public, que l'aventure du CELF ne recommence pas...

 

Et surtout, il se pourrait tout à fait que l'argent du Centre national du livre n'arrive pas au Salon de la BD, comme attendue...