#MeToo : Warren Ellis et Cameron Stewart visés par des accusations

Antoine Oury - 23.06.2020

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Le monde des comics d'Amérique du Nord vivrait-il une nouvelle vague #MeToo ? Ces derniers jours, les sujets de la place des femmes dans l'industrie de la bande dessinée et du comportement de certains auteurs, dont Warren Ellis et Cameron Stewart, ont particulièrement agité les réseaux sociaux.

Warren Ellis at dConstruct


L'industrie de la bande dessinée nord-américaine n'en a pas tout à fait fini avec le sexisme et les comportements inappropriés : en quelques jours, plusieurs utilisatrices, sur les réseaux sociaux, ont accusé des auteurs de comportements inappropriés. 

Le 15 juin dernier, Aviva Artzy, autrice de bandes dessinées, a raconté sur Twitter comme elle avait été « manipulée » par l'auteur canadien Cameron Stewart, alors âgé d'une trentaine d'années. À 16 ans, Artzy aurait reçu plusieurs messages de Stewart lui exprimant ses regrets de ne pas « être sorti avec elle ». Une autre autrice, Kate Leth, a elle aussi témoigné en ce sens, assurant que Stewart l'avait approché alors qu'elle n'avait que 19 ans et lui, la trentaine.
 
Selon Aviva Artzy, 14 jeunes femmes auraient été victimes de Cameron Stewart
 

Marsha Cooke et Andrea Demonakos, deux personnalités influentes de la scène de la bande dessinée nord-américaine, ont elles aussi dénoncé le comportement de Stewart, Andrea Demonakos assurant que ce dernier avait « une réputation bien connue de prédateur ». « J'ai averti de nombreuses femmes à son propos », a-t-elle ajouté.
 


Dans la foulée de ces accusations, l'auteure Katie West a dénoncé d'autres événements, qu'elle a reliés à Warren Ellis, auteur de la série Transmetropolitan, et Brian Wood, scénariste de la série DMZ. Après avoir partagé son expérience sur Twitter, elle a précisé : « Depuis, Brian Wood m'a contacté pour s'excuser et reconnaître ses erreurs passées. Cela prouve qu'une rédemption est possible. Nous avons eu une conversation très constructive et je crois que Brian a appris de ses actions. J'écoute actuellement plus de 35 femmes qui me racontent leurs expériences avec Warren Ellis. Et ce nombre ne cesse de croître. »

La musicienne Meredith Yayanos, collaboratrice de longue date de Warren Ellis, a confirmé les dires de West, soulignant que ce dernier était un « Barbe Bleue » [homme avec plusieurs partenaires, NdR]. L'auteure et photographe Zoetica Ebb, proche d'Ellis, a elle aussi apporté son soutien aux dénonciations, en soulignant que la portée des témoignages allait au-delà du seul cas de Warren Ellis.

« Le mouvement #MeToo, entre autres choses, jette la lumière sur les zones d'ombres, en marge des affaires criminelles, où les prédateurs se sentaient autrefois protégés », a-t-elle souligné. Cette vague de témoignages vient en effet rappeler que les comportements prédateurs, dans l'édition comme ailleurs, restent le plus souvent impunis et tus lorsque leurs auteurs sont puissants, en raison de leurs responsabilités ou de leur influence.

Warren Ellis a publié un long communiqué, dans lequel il reconnaît des « erreurs » : « Bien que j'ai fait de nombreux mauvais choix par le passé, et dit beaucoup de mauvaises choses, permettez-moi d'être clair, je n'ai jamais consciemment forcé, manipulé ou abusé qui que ce soit, et je n'ai jamais agressé personne », souligne-t-il toutefois.
 

Une organisation de défense mise en cause


Autre événement révélateur d'un certain silence dans l'industrie de la bande dessinée, les accusations portées contre Charles Brownstein, directeur du Comic Book Legal Defense Fund, une organisation non lucrative qui s'est donnée pour mission de défendre les créateurs de comics. En marge des messages visant Warren Ellis et Cameron Stewart, un article de The Comics Journal datant de 2006 a refait surface.

Cet article évoquait le témoignage de Taki Soma, autrice de bandes dessinées, qui accusait Charles Brownstein d'agression sexuelle. De nombreux créateurs et créatrices de bandes dessinées ont posté le lien vers cet article, annonçant la fin de leur soutien au CBLDF. L'organisme, pointé du doigt pour avoir protégé Brownstein pendant 14 ans, a finalement accepté la démission de celui-ci.
 
« Allons-nous reconnaitre à un moment que l'organisation supposée aider les créateurs est dirigée par un agresseur sexuel reconnu ? »

« Nous entendons et comprenons les préoccupations de la communauté et reconnaissons qu'il ne s'agit que d'un premier pas vers l'instauration d'une plus grande confiance et compréhension de notre mission et de la manière dont nous la remplissons », a indiqué l'organisation dans un communiqué.
 
« Je suis désolé, j'ai créé une véritable injustice en ne cherchant pas à rétablir la vérité sur ce sujet. [Taki Soma], tu es plus importante que n'importe quelle cause ou organisation. Je suis désolé pour ce silence de notre part pendant cette dernière décennie. Je suis de tout coeur avec toi. »
Terry Moore, soutien régulier du CBLDF
 
« Je suis embarrassé de ne pas avoir été au courant plus tôt. Tout mon soutien à Taki Soma »
Dave Gibbons, soutien régulier du CBLDF

via The Beat, Hollywood Reporter


Photographie : Warren Ellis, en 2014 (Tom Morris, CC BY 2.0)


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