Mort de Keiji Nakazawa, mangaka qui haïssait le nucléaire

Clément Solym - 25.12.2012

Manga/BD/comics - Univers Manga - Keiji Nakazawa - décès - bombe atomique


Avec Gen d'Hiroshima, manga souvent présenté comme l'un des exemples en matière de témoignage de l'après bombardement qui a frappé le Japon, Keiji Nakazawa était l'un des auteurs majeurs de ce monde qui a suivi. Lui-même avait amplement critiqué le comportement des autorités japonaises, après la catastrophe nucléaire de Fukushima. 

 

 

 

 

Récompensé en 2007 du Prix Asie de l'ACBD, Nakazawa naquit à Funairi, à Hiroshima, le 14 mars 1939. Son père, sa soeur et son frère cadet mourront lors du bombardement de la ville. C'est à 22 ans, alors arrivé à Tokyo qu'il va s'engager dans la voie du dessin professionnel et à compter de 1963, sa série Shônen Gahô est très appréciée. Entre 68 et 72, il s'aventure dans des témoignages plus personnels, mais ce n'est qu'en 1973 qu'il entamera son grand oeuvre, Gen d'Hiroshima, presque entièrement autobiographique, qui sera traduit par la suite en 10 langues et vendu à plus de 6,5 millions d'exemplaires au Japon. 

 

Irradié lui-même, lors de l'explosion de la bombe, il n'avait que 6 ans au moment de la catastrophe. Et bon nombre d'éditeurs se sont montrés récalcitrants, ou hésitants à publier son ouvrage, se souvenait-il dans un entretien accordé à ActuaBD en juillet 2003. « Ma mère décéda à l'âge de 60 ans. Quand nous avons incinéré son corps, elle n'avait plus d'os. J'ai pensé que le rayonnement de la bombe atomique avait détruit jusqu'à sa matière osseuse. Cela m'a révulsé. Je décidai aussitôt de faire une BD qui raconte la bombe. La BD est un média idéal pour pratiquer ce type de témoignage, car le caractère immédiat de sa lecture en permet un accès facile à quiconque. »

 

 

Keiji Nakazawa

 

 

Dans ce manga, il raconte la bombe atomique et ses conséquences, et aujourd'hui est considéré comme un témoignage historique sur la tragédie d'Hiroshima, mais également sur la société japonaise telle qu'elle fut au sortir de la guerre. Depuis 2009, il avait arrêté de dessiner parce que ses yeux ne le lui permettaient plus, et suivait un traitement contre le cancer depuis 2010.

 

Durant le Salon du livre de Paris, en mars 2012, les auteurs Kenzaburō Ōe et Satoshi Kamata avaient évoqué Keiji Nakazawa comme un modèle de la littérature du témoignage. « On retrouve aussi la capacité d'écrire en faisant entendre non seulement sa propre voix, mais aussi celles des autres », expliquait le prix Nobel 94, Öe.

 

« Les armes atomiques sont effrayantes, je dois absolument faire tout mon possible pour que la Terre en soit débarrassée », expliquait Keiji. « Le plus important trésor de l'humanité, c'est la paix. Je voudrais que les jeunes lisent Gen d'Hiroshima et qu'ils réfléchissent à l'horreur de la guerre et de la bombe atomique. » Une adaptation en film avait été réalisée au Japon.

 

Lors de la catastrophe de Fukushima, Keiji avait vivement critiqué tout le milieu de l'énergie civile nucléaire au Japon, posant la question de la responsabilité. « Les armes atomiques sont effrayantes, je dois absolument faire tout mon possible pour que la Terre en soit débarrassée. »

 

Derrière la colère de son oeuvre, on sent malgré tout un grand humour, soutenu par la bonne humeur constante de son personnage principal...

 

 

 




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