Notre mère la guerre : première complainte

Clément Solym - 31.10.2009

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La môme est morte, égorgée l’autre soir. On l’a retrouvée sur le front, Joséphine, rapidement enterrée au bout d’une tranchée. Elle n’avait pas vingt ans. C’est à peine plus jeune que le soldat Choffard, tué par ces généraux qui veulent faire des exemples. Belle mécanique l’armée française. Mais les meurtres continuent…

Quand le lieutenant Vialatte pousse la porte d’un estaminet de Méricourd, village planté au milieu des sillons meurtriers, pour enquêter sur le début d’une longue série de crimes, il ne s’attend pas à être franchement bien accueilli. On a beau avoir des états de services exemplaires, tant qu’on a pas été aux premières lignes, on est qu’un troufion, un bleu. Les premiers jours seront ceux de la découverte, de l’horreur des obus et des balles qui claquent, des cloaques puants dans lesquels les hommes s’entassent, se protégeant de la pluie et du froid d’un fragile manteau.

Il était un peu venu pour ça. Pour laisser ses littérateurs de côté et s’apercevoir que « Les livres mentent. Et ceux d’Hugo les premiers. Quand on meurt sur la barricade, on ne chante pas. On chie dans son froc. » Des poètes, nos poilus : on trouve les mots justes quand on est un mort en sursis, entouré de cadavres potentiels. Ce sont des rencontres aussi, avec un internationaliste qu’il avait perdu de vue depuis quelques années, et l’escouade de gamins qu’il commande, tout droit sortis de prisons pour servir de chair à canon. Y’a pas d’âge pour mériter de la Patrie, surtout dans cette Grande Guerre.
 
Premiers jalons d’une série qui s’annonce déjà comme un succès, cette Première complainte de Maël et Kriss vaut le détour dans les champs de boue. Sorte de polar en milieu hostile, on voyage dans les tranchées françaises, on scrute ces visages taillés au scalpel par l’angoisse et la fatigue, pour rentrer doucement dans la peau de Vialatte. Un peu Candide ce lieutenant. Alors on s’attache, forcément. C’est un peu l’histoire d’un planqué de l’arrière, un gars propre sur lui, qui ne connaît de la guerre que les belles paroles de Péguy, et qui décide de monter au front, mettre les pieds dans la boue amère des tranchées. Et tant pis si le sujet est déjà exploité ! On avait eu Larcenet, Tardi, David B., et j’en passe, maintenant on attend le deuxième tome de cette histoire pour savourer l’avancée tragique de Vialatte dans ce bourbier.

À noter, et ce n’est pas pour dire que ce qu’ils font c’est déjà fait – pas du tout, puisque je viens de dire le contraire ! –, que se tient une exposition pas mal du tout, j’ai envie de dire, à l'Historial de Péronne. Oulala, mais c’est loin ! Ca dépend, et de toute façon, c’est bien !

Notre mère la Guerre, Première complainte, par Maël et Kriss, publié chez Futuropolis, 16 €