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Petit Paul : “Normaliser la pédophilie, la stratégie du prédateur sexuel”

Nicolas Gary - 26.09.2018

Manga/BD/comics - Univers BD - Petit Paul Vives - matériel pédopornographique BD - sexualité enfant adultes


En quelques heures, les librairies Gibert et Cultura ont annoncé le retrait du dernier ouvrage de Bastien Vivès. Petit Paul, l’histoire d’un gamin de dix ans qui subit différentes relations sexuelles, choque le public. L’éditeur plaide l’humour, mais l’argument passe mal. Très mal.

 


 

 

L’association AIVI, qui avait vivement réagi sur les réseaux sociaux, indique à ActuaLitté avoir déjà procédé à un signalement auprès du procureur de la République. Une première approche alors qu’un dépôt de plainte est en cours d’examen. Mais avant tout, l’organisme souligne combien son intention n’a rien de moralisateur.

 

La stratégie du prédateur sexuel
 

« Des bandes dessinées avec des personnages amoraux ou immoraux, ou des situations dégueulasses, cela existe. Ici, on ne parle pas d’un sujet un peu sale, que l’on peut s’abstenir de lire », indique Patrick Loiseleur, de l’AIVI. De fait, quand le législateur établit l’interdiction de diffusion de matériel pédopornographique, à travers l’article 227-23 du Code pénal, c’est pour répondre à une stratégie connue des prédateurs sexuels.

 

« Le recours à des films, des bandes dessinées participe d’une phase de séduction visant à amoindrir les résistances de l’enfant. L’agresseur y puise des outils pour préparer cette séduction perverse, et convaincre sa victime que tout cela est normal. » L’interdiction légale est basée sur cette préparation...

 

Freiner ou restreindre la diffusion de la pédopornographie permet avant tout de lutter contre la normalisation. « Le danger est là : rendre cela banal, ou s’en amuser : la sexualité, pour un enfant, imposée par un adulte n’a rien d’une distraction. On parle d’un traumatisme avec des conséquences. »

 

Un enjeu de santé publique premier 

 

Et de poursuivre : « La pédocriminalité est souvent vue comme une affaire de mœurs, alors qu’il s’agit d’un problème de santé publique. Comme le cancer, le sida ou les morts sur la route. Or, la pédocriminalité fait plus de victimes que le sida. On n’établit pas d’échelle de valeur, bien entendu, simplement un parallèle : un enfant qui subit des sévices sexuels, pédophilie ou inceste, ne deviendra pas un adulte en bonne santé. »

 

Et de nous exposer le cas réel d’un garçon de 13 ans, Antoine, victime d’abus de sa grand-mère. Aujourd’hui, il souffre de dépression nerveuse, et a cherché à se suicider. « Tout cela parce que sa grand-mère s’en est servi comme d’objet sexuel. À ce titre, la fiction Petit Paul n’a absolument rien de drôle. Les gens qui luttent contre la pédophilie en voient les ravages au quotidien... »

 

Plus incompréhensible encore, la position de l’éditeur dans son communiqué, « un mélange d’astuces rhétoriques pour noyer le poisson et de déni que l’on connaît bien. » Qu’une maison avec « pignon sur rue commercialise cette bande dessinée – alors que cela circule sous le manteau, ou sur des forums internet – renforce l’impression de normalité ».
 

Petit Paul : pédophilie, inceste et viol
dans la BD de Bastien Vivès ?

 

Quant au volet judiciaire, « ce n’est qu’un outil. La prévention, comme pour la sécurité routière, importe tout autant. On parle de la santé d’enfants et de futurs adultes. Aujourd’hui, on sait que la traumatologie employée pour les vétérans de guerre s’applique avec des résultats probants sur les victimes de viols. Le côté moral existe. Mais c’est de santé dont on parle... »
 

Les doutes, derrière la présomption d'innoncence


Pour Me Emmanuel Pierrat, spécialisé dans le droit et l’édition, la seule publication de cette bande dessinée interroge. « Il semble bien que l’on pourrait tomber sous le coup de la loi, même s’il faut respecter la présomption d’innocence : juridiquement, les précautions prises – l’album sous blister ou le sticker d’avertissement – n’y changent rien », indique-t-il.

 

Travaillant pour plusieurs autres maisons de bandes dessinées, l’avocat souligne : « Je n’ai que très rarement accepté, quand mes clients ont sollicité mon intervention, des titres avec un contenu qui puisse être trop borderline. » 

 

Or, souligne-t-il, la loi de 94, qui interdit la diffusion d’images où des mineurs sont imaginés ou filmés, est très souvent détournée de son objectif. « Nous étions aux prémices d’internet alors, et le législateur souhaitait avant tout lutter contre la propagation de vidéos pédophiles. La réalité est que cette législation sert plus souvent à des organisations d’extrême droite catholique à attaquer des expositions d’art contemporain qu’à poursuivre des pédophiles. »
 

Détournement de la législation

 

Ce fut le cas, voilà quelques années, pour le CAPC de Bordeaux, qui fut cependant innocenté. « L’exposition ne faisait que présenter des enfants nus, mais des ligues de vertus ont cherché à la faire interdire. » L’événement avait été toutefois suffisamment bordé pour ne pas prêter le flanc à la moindre attaque. « Le commissaire de la bridage des mineurs avait d’ailleurs amené son équipe la visiter : le propos de cette exposition ne pouvait absolument pas être soupçonné d’être propédophile. »



 

Reste un détail que l’œil de l’avocat perçoit : la pétition en ligne évoque en effet une jurisprudence très spécifique. « Elle émane d’un procès où des mangas pornographiques furent condamnés par la Cour de cassation, pour leur ambiguïté réelle – tant sur le public que dans les dessins. »

 

L’attaque émanait d’extrémistes catholiques, et reposait sur des bases concrètes – manga diffusé sans aucune indication, et des personnages dont l’âge ne permettait pas de s’assurer qu’il s’agissait d’adultes. 

 

Liberté d'expression entravée ? Justifiable...
 

Reste que, pour l’avocat, Petit Paul « est allé loin. C’était certainement publiable dans les années 70, mais aujourd’hui ni moralement ni juridiquement une bande dessinée de la sorte ne peut sortir sans validation juridique préalable. J’ignore si la BD a été relue par un avocat. » [Ndlr : interrogée précisément sur ce point, d'une relecture par un avocat, la maison Glénat n'a toujours pas apporté de réponse]

 

Mais alors, la liberté d’expression de l’artiste ? « Elle est entravée, comme pour d’autres sujets – la haine raciale, le négationnisme. Et encore une fois, la jurisprudence évoquée par la pétition est un texte liberticide qui est plus souvent employé contre des œuvres d’art que des pédophiles. Mais il est des sujets où l’entrave est considérée comme justifiable. »

 

À moins que l’on ne mette des garde-fous suffisamment forts pour que la publication accède à un statut de recherche. Ce fut le cas, indique Me Pierrat, avec une bibliographie qui reprenait toutes les publications interdites en vertu de la loi de 1949 sur les œuvres à destination de la jeunesse.

 

« Le problème est que son anthologie réutilisait des couvertures ahurissantes. J’ai conseillé à l’éditeur de ne pas commercialiser ce texte, pour les risques qu’il comportait. » L’ouvrage a fini par paraître dans une maison spécialisée dans les ouvrages à destination de publics professionnels de l’édition, « et avec beaucoup de conditions et de notes, pour garantir une approche presque universitaire ».

Contactée, la maison Glénat s'en tient au communiqué diffusé la semaine passée : « Par ailleurs, nous réfutons fermement et catégoriquement les accusations de pédopornographie dont Petit Paul fait l’objet. Aussi obscène et provocatrice qu’on puisse la considérer, cette œuvre de fiction n’a jamais pour vocation de dédramatiser, favoriser ou légitimer l’abus de mineurs de quelque manière que ce soit. Il s’agit d’une caricature dont le dessin, volontairement grotesque et outrancier dans ses proportions, ne laisse planer aucun doute quant à la nature totalement irréaliste du personnage et de son environnement. »




Commentaires

Merci à tous ceux qui voient en cette "bande" dessinée une horreur, encore un moyen de donner plaisir aux pédophiles de France, encore une façon de se servir d'un enfant "dessiné" pour fantasmer des envies de pervers, encore une occasion de nous prouver que la pédophilie en France est autorisée. Pour celui qui écrit ici que le petit Paul n'est qu'un dessin, ce qui sous entendrait que ce que ce petit dessin subit n'est rien et ne provoque rien chez le lecteur ! Je lui répondrais qu'il est inconscient de ce qu'est le viol ou l'inceste. Je suis dégoutée de ce genre de propos qui nous font passer nous les protecteurs de l'enfant, parents protecteurs et bienveillants pour des idiots de première qui ne comprendraient rien à l'art de l'écriture et du dessin "trop animé" ! La liberté d'expression à des limites, la limite c'est le respect de l'enfant et des lois Françaises et pour ce coup l'auteur les à atteintes sans pouvoir gouter à son succès. La sortie de ce torchon va faire couler de l'encre et nous serons toujours là pour dénoncer l'insupportable.
Avec un peu de temps passé, je me permets de commenter certaines objections.

Ce ne serait qu'un dessin : c'est fallacieux. En effet, si je commence à faire des dessins très réalistes, qui ressemblent beaucoup à des photos de manière très réaliste, c'est toujours acceptable. Et si ces dessins, j'en fais 24 à la minute et que je les diffuse sur une bande plastique transparente avec une lumière derrière, après tout, ce ne seront que des dessins "animés", c'est pas bien grave. Donc si je fais des "dessins animés" très réalistes qui ressemblent à s'y méprendre à un film, il n'y a pas de problème... Et si je commence à faire une jolie sculpture, vous pensez qu'un musée serait capable de me l'acheter ?

Tout ceci pour dire que c'est bien la représentation, sous quelque forme que ce soit, qui est problématique car potentiellement incitatrice. Et que le fantasme, bon ou mal, n'est pas limité par une représentation plus ou moins réaliste. Si des gens s'astiquent sur des mangas adultes (si, si, ça existe !), je n'ai pas de doutes qu'une charmante BD comme celle-ci émoustille certains.

On pourra dire que ce n'est pas en lisant cette BD qu'on va "fabriquer" un pédophile. Cependant, toute représentation "incitatrice" ou tendant à faire croire que ces actes sont normaux est à bannir.

Pour ce qui est d'interdire Candide, autres temps, autres moeurs. A l'époque, on mariait les jeunes filles à des âges interdits aujourd'hui. Et c'est une bonne chose. J'adore Gotlib mais il y a dans ses dessins une dérision qui les distinguent éminemment de ceux de Vivien. Il avait clairement une finalité purement humoristique. Elle ne me semble pas évidente ici.
Attention à ne pas être juge et partie. C'est un article intéressant mais avec un biais évident qui vous dessert.
Je tiens d'abord à préciser que je suis loin d'être un censeur et que cet ouvrage est loin de me choquer. Je le trouve plutôt amusant dans la présentation générale que vous en avez faite. Mais ce qui m'hallucine dans toute cette histoire, c'est votre apparente indulgence envers l'auteur. Vous tapez à tire-larigot sur l'éditeur, sur les associations catholiques extrémistes qui utilisent la loi, mais pratiquement rien sur l'inconscience de cet auteur. Après tout, malgré son "humour", c'est lui qui a travaillé des mois sur ce projet, c'est lui qui a pondu cet ouvrage, c'est son esprit qui est arrivé à imaginer toutes ces petites histoires de ce garçon. Il est donc le premier responsable. Et son statut d'auteur, créateur, écrivain ne le protège en rien. Il serait bien que vous vous interrogiez aussi sur ses motivations personnelles qui l'ont poussé à rédiger cet ouvrage.
Monsieur, interroger les motivations de l'auteur ok mais pourquoi faire ? tous ce qu'il pourra dire pour s'expliquer ne changera rien, il a réussi à faire éditer son torchon, l'éditeur n'y a rien vu d'anormal ! ils sont tous responsables. Perso ces motivations je m'en tape !
On peut se demander combien de temps il faudra avant que Candide de Voltaire soit interdit de lecture dans le cadre scolaire, puis carrément brûlé en place publique.

Parce que tout de même, Cunégonde, elle déguste.. En ces temps de puritanisme, de pudibonderie et de me too mon cochon, ça risque d'être fatal à Voltaire.
Expliquez-moi en quoi établir des règles pour empêcher les prédateurs sexuels de sévir peut être taxé de "pudibonderie" et de "puritanisme". Dans le cas de Bastien Vivès et de son éditeur, l'intention n'était peut-être pas mauvaise mais ce sont les conséquences qui importent. Si le Voltaire du XXIe siècle ne se range pas du côté des victimes qui (osent, les impudent(e)s, s'exprimer), alors il n'est pas aussi en avance sur son temps qu'il l'était au XVIIIe siècle.
Ah ben tiens donc...

Et ce sont les jeux vidéos qui rendent les enfants violents, et c'est à cause du cinéma pornographique qu'il y a de plus en plus de viols, et c'est à cause de Madame Bovary que les femmes sont devenues immorales : félicitations, vous vous inscrivez dans une prestigieuse lignée.

Au risque de vous surprendre, Petit Paul n'est pas un enfant, c'est un dessin ; l'institutrice qui fait subir les derniers outrages au dessin de Petit Paul n'est pas une institutrice mais un dessin elle aussi.

Il m'avait semblé que, depuis Magritte au moins, tout le monde savait que "ceci n'est pas une pipe".
C'est Gotlib qu'on assassine ! Courage Bastien Vives il y en a qui aime vos BD, continuez d'emmerder tous ces censeurs si bien pensant !
Un auteur qui a été viré des Gobelins pour avoir pondu un court-métrage incestueux pour la chaîne jeunesse " Canal J" (le lien: https://www.catsuka.com/player/nouveau_heros_canalj_by_bastien_vives )et qui a confessé sur un forum être attiré par enfants de 10, 12 ans alors qu'il était à la recherche d'un manga pédo-pornographique.

On peut effectivement se poser des questions sur ses motivations.
Voici le lien, concernant ses propos pour ceux qui crieraient à la mystification (l'auteur est clairement authentifié)

https://twitter.com/anti_sexism/status/1043051959887060992
Ha oui, je viens de voir son petit clip. En effet, le mec a de gros problèmes dans sa tête avec les enfants...
Marrant de voir toute la clique pro-pédophile du net à la rescousse de Bastien Vives. Ca va dans votre tête ? C'est dingue la visibilité médiatique dont bénéficient les pédophiles, Bastien Vives a admis avoir des fantasmes sur des enfants mais bon c'est un artisteeeeuh!!!!! Par contre va vraiment falloir m'expliquer en quoi son humour est transgressif, il est soutenu par quasiment tous les médias dont LeMonde, 20Minutes, Slate.

Si Bastien Vives avait vraiment un humour transgressif, il aurait peut-être représenté Cohn-Bendit ou Mitterand avec des enfants et aussi choquant que l'image soit, là je lui aurait peut-être donné le bénéfice du doute.

Mais c'est plus simple pour les artistes d'être du côté des oppresseurs et de tourner les victimes de pédophilie en ridicule plutôt que l'inverse, surtout lorsque ledit artiste en est un.

La France est l'eldorado des pédophile, c'est d'ailleurs prouvé que les trafiquants de drogue et petits dealer ont toujours une peine plus élevée que les pédophiles (il suffit de voir l'affaire du Coral de toute façon).

Heureusement qu'il y a des gens qui se soucient des enfants mais aussi des anciennes victimes de pédophilie et qui dénoncent ce genre de contenus. Ce sont eux les vrais transgressifs qui se font traiter de puritains par la propagande pro-pédophile des médias.

Très chers admirateurs et fans de Bastien Vives, je vous laisse à votre conscience (si vous en avez une lol) mais please resté loin des enfants, ok ?

(on devrait vraiment mettre en place un permis pour faire des enfants en France)
bien dit

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