Piratage de BD sur internet : une toute autre réalité du marché

Clément Solym - 04.02.2012

Manga/BD/comics - Univers BD - piratage - BD numérique - usages


Quelques jours avant l'ouverture du Festival de la BD à Angoulême, le MOTif présentait les conclusions de l'étude BDZ, qui, succédant à eBookZ, établissait une cartographie de l'état de l'art dans le monde de la BD. Enjeu : le piratage des oeuvres, et les moyens d'y accéder, les titres proposés, bref, un ensemble complet. 

 

C'est la première conclusion qui frappait le plus les esprits : « La BD est la catégorie éditoriale la plus piratée sur Internet, révèle l'étude. De nombreux sites et forums agrègent des liens de téléchargement, classés par ordre alphabétique et/ou chronologique. Entre 8 000 à 10 000 titres piratés sont réellement accessibles (liens de téléchargement et sources P2P actifs, à la portée d'un internaute moyennement averti).

 

 

Les fichiers illégaux sont de très bonne qualité et produits par de nombreuses "teams" pirates très organisées et composées de passionnés. Il est intéressant de constater que les dernières nouveautés en rayon sont nettement moins piratées que les best-sellers des deux dernières années. » (voir notre actualitté)

 

Or, voilà que BDZ mag a tout bonnement décidé de passer au crible l'étude, pas tout à fait convaincu ni des résultats, ni des moyens mis en place. 

 

On relèvera ainsi: 

 

SCANTRAD : UNE ÉVALUATION DE LA DEMANDE 

La BD se prête particulièrement bien à la lecture en streaming. 

C'est un modèle qu'ont développé la plupart des plates-formes légales de BD numérique et qui se retrouve également sur les plates-formes illégales de scantrad.

La lecture en ligne est une pratique ancienne et structurée (en sites, teams, etc.) pour le manga piraté, ce qui n'est pas le cas pour les autres types de BD.

 

Et le commentaire de BDZ mag : 

 

Qu'est-ce qui lui permet d'affirmer que « La BD se prête particulièrement bien à la lecture en streaming »... sinon parce que « c'est un modèle qu'ont développé la plupart des plates-formes légales de BD numérique » ?

 

Si aucune team de BD ne fait de streaming, c'est que cela exige des serveurs, une visibilité, des fichiers accessibles... que si l'on veut des images de qualité, leur poids interdit une lecture fluide de page à page. En fait, ça n'a aucun intérêt : la demande est d'avoir du contenu stockable et transportable, qu'on peut consulter n'importe où, avec ou sans connexion. Certes il précise à la fin qu'il ne parle que du manga, mais la confusion est faite.

 

D'ailleurs, au sujet du streaming, je tiens à signaler que Delcourt a récemment quitté « izneo » (streaming) pour se tourner vers Hachette (vente de PDF en téléchargement), ce qui en dit long. Et bien que j'estime que le choix de Hachette n'est pas le meilleur, il est intéressant de noter cette décision...

 

La suite et bien d'autres choses encore est à découvrir dans le magazine, ci-dessous. TOut n'y est pas à prendre au pied de la lettre, et surtout, les vérités assénées manquent de chiffres pour appuyer leurs dires. Mais on aura peut-être avec cela un autre regard encore, sur l'état de l'art...

 

 

 

Et les impertinents d'avoir sollicité l'éditeur Dargaud, dans un entretien qui a eu lieu via Facebook, mais qui depuis a été hélas, supprimé.

 

bdz mag (question posée directement à Dargaud) :

« Pour l'industrie de la bande dessinée, le piratage représente évidemment un manque à gagner. "Les revenus des éditeurs, mais aussi ceux des auteurs vont baisser de 20%", assure Philippe Ostermann, directeur général adjoint des éditions Dargaud au micro d'Europe1. » Pouvez-vous expliquer ce chiffre, et comment Monsieur Ostermann l'a obtenu ?

 

Dargaud :

En réalité, il a dit sur Europe 1 que le piratage pour le moment était faible, mais que lorsqu'il représenterait 20% des ventes, il ne fallait pas oublier que cela affecterait les auteurs, à hauteur (forcément) de 20% de leurs droits aussi... 

 

(Notons que l'interview en question n'est plus accessible… aucun moyen donc de vérifier si c'est vrai)

 

bdz mag :

De tout évidence Monsieur Ostermann maîtrise un peu l'arithmétique... Quand le piratage sera à 10%, il y aura une baisse de 10%, et à 20%, une baisse de 20 %... La logique est bonne, mais il y a un point qui doit être mis en évidence : le nombre de téléchargements d'un scan peut déjà  atteindre facilement l'équivalent de sa version papier et même la surpasser suivant les cas. Et cela depuis nombre d'années. À l'heure actuelle, il n'y a aucun moyen de mesurer une perte des ventes due aux téléchargements. Donc dire qu'il y aura une baisse des revenus des auteurs quand ça atteindra 20%, c'est une manière d'escroquer ces mêmes auteurs en faisant reporter sur les pirates la baisse de leurs revenus.

 

La crise qui touche les auteurs de BD n'est pas due au piratage, loin de là, tous sont unanimes sur ce point. Le piratage est la parfaite excuse des ayants-droits pour justifier des actions drastiques (je ne donne pas d'exemples il y en a trop).