Piscine Molitor : Boris Vian autrement

Clément Solym - 30.05.2009

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Il est des anniversaires joyeusement tristes qu’on se doit de fêter dans la bonne humeur. Celui des cinquante ans de la mort de Boris Vian cogne à la porte ; le 23 juin est tout proche. Et quelle belle façon de s’y préparer en plongeant dans Piscine Molitor, vibrant hommage à un artiste complet.

Écrivain prolixe, parolier de presque cinq cents chansons, Trompinettiste, chroniqueur pour Jazz Hot… Boris Vian a tout fait comme un dératé, même la natation qui le précipita plus sûrement vers la mort. Dès son plus jeune âge, il se sait condamné par une insuffisance cardiaque. De ce point de vue explicite on comprend mieux une production insensée contenue dans trente-neuf toutes petites années de vie.
 
 

Le retour en arrière orchestré par les auteurs s’ouvre sur Boris enfant, se chamaillant avec son frère dans la maison de vacances familiale, avant que celle-ci ne soit rasée pendant la guerre. Avait-on le droit d’effacer ce temple du souvenir ?
 
Les années suivantes sont chaotiques. La ruine du père rentier, l’exode d’un centralien décentralisé, et le jazz pour toile de fond donne un sentiment d’explosion accentué par des couleurs tranchantes. Le bleu glacé de la piscine succède au rouge éclatant des boîtes de jazz peuplées de bath petites mômes.
 
Saint-Germain-des-Prés est ici saisie dans toute sa splendeur. Jean-Paul Sartre et Raymond Queneau expliquent alors à Boris le peu de succès de L’écume des jours. C’est que l’ami Vian n’a jamais goûté la pleine reconnaissance littéraire. Ses dernières années sont celles d’un artiste torturé qui s’essaye à la chanson et s’adonne à la pataphysique, « sciences des solutions imaginaires ».

On n’aura pas vu tout Vian en refermant cette BD, et c’est tant mieux ! Hervé Bourhis a compris que l’insaisissable ne se couche pas en quelques pages. Alors, il nous reste une flopée d’images magnifiques en tête et des mots qui résonnent doucement dans les oreilles, derrière lesquels on distingue clairement le bruit d’une trompinette. À bientôt Vian !

Piscine Molitor, par Cailleaux et Bourhis, dans la magnifique collection Aire Libre de Dupuis, 15,50 €.

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