Pour une rémunération juste des auteurs en BD numérique

Clément Solym - 08.10.2010

Manga/BD/comics - Univers BD - auteurs - bd - salaire


Après l'appel lancé par les éditeurs du côté livre, en matière de gestion des droits numériques et des initiatives hasardeuses d'agents littéraires, la réaction du Groupement des auteurs de bande dessinée ne s'est pas vraiment fait attendre.

Leur réaction est aussi vive qu'argumentée. Dans un PDF de quatre pages, les éléments pointés par le SNE sont repris et démontés avec une perspective simple.

La situation déplorée par le SNE nous apparaît clairement comme une conséquence symptomatique de l'obstination du SNE, et notamment du SNE-BD, à refuser tout dialogue avec ses partenaires et en premier lieu les auteurs.


Estimant que le SNE crie maintenant au feu alors qu'il a endossé le rôle « du pompier-pyromane », le syndicat fait valoir que son Appel du numérique, lancé en mars 2010 avait déjà marqué les points noirs, d'autant plus qu'il avait été repris par la suite pour « par les organisations professionnelles de l’ensemble des auteurs et illustrateurs du livre ».

De nouveaux cadres !

Puisque l'on évoque le numérique, le choix d'un « nouveau partenariat » reste encore à négocier, souligne-t-il, avec des bases saines, reposant sur « une juste rémunération des auteurs pour le modèle économique de demain, par une négociation collective, catégorielle et non par des négociations contractuelles au cas par cas ».

L'univers de la BD fait d'autre part preuve de quelques différences avec le monde du livre. Puisque la numérisation peut impliquer une adaptation particulière, en regard de la mise en page et du caractère séquentiel d'une BD, le Snac-GABD estime que le titre numérique et celui papier, doivent « faire l’objet d’un contrat séparé et distinct comme la cession des droits audiovisuels ».

Dans ces conditions, la cession des droits ne reposait jusqu'à présent que sur la vente des exemplaires et le commerce de biens matériels. Le numérique bouleversant quelque peu la diffusion traditionnelle de l'oeuvre, plusieurs points noirs restent à éclaircir.
  • sur les modes de consommation à venir (téléchargement de fichiers ou simples consultations),
  • sur le prix du "livre numérique",
  • sur le taux de la TVA qui lui sera appliquée dans le futur,
  • sur le(ou les) modèle(s) économique(s) d’accès aux oeuvres (prix pour l’acquisition d’une oeuvre, abonnement pour des accès limités ou non à un(ou des) catalogue(s) éditoriaux, recettes publicitaires, etc.),
On prendra un exemple assez frappant : les auteurs de BD livrent de plus en plus d'oeuvres sous forme numérique. Un coût qui est donc épargné pour les éditeurs, qui travaillent sur ces fichiers, et dont la fabrication n'est plus à leur charge « et cela sans aucune répercussion, ni sur le prix public, ni sur la rémunération des auteurs ». Quant à la promotion des titres, quel auteur ne dispose aujourd'hui pas de son blog, sa Fan Page Facebook, et ainsi de suite ?

Et d'ajouter :
Il n’y a aucun fondement légal ni même moral à ce que « l’exploitation numérique » soit automatiquement incluse dans l’acquisition des droits d’exploitation du « livre papier ». Le modèle économique du numérique est différent et émergeant, il convient d’abord de réfléchir à la manière de le faire fonctionner avant d’en fixer les règles.

Et pour ce qui est du prix de vente fixé par l'éditeur, tout cela est bel et bon, et « serait parfait si les éditeurs, lorsqu’ils fixent le prix de vente de nos ouvrages et la répartition des revenus, tenaient compte de notre droit légitime à vivre de notre travail.

Aujourd'hui, les auteurs ne récupèrent que la portion congrue de leur travail. Appliquer à l'édition numérique les mêmes pourcentages qu'à l'édition papier revient à tuer la profession d'auteur de Bande Dessinée à plus ou moins court terme, selon l'essor de ce nouveau marché.
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