Protestants contre catholiques : le règne de Charles IX selon Jean Teulé

Florent D. - 22.11.2013

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Il aura fallu une année à Charles IX pour mourir, après avoir signé, sur la demande insistante de sa mère, Catherine de Medicis, l'arrêt de mort de tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un protestant. C'est qu'il faut savoir, pour l'amour et la plus grande gloire de Dieu, massacrer son peuple, au moins un petit peu. On sépare le bon grain de l'ivraie, et tout rentre dans l'ordre.

 

 

 

 

Mais le règne de Charles IX, qui n'avait déjà rien de mémorable, ne sera plus, à compter de ce 24 août 1572, qu'une succession de marasmes. Finalement la seule grande chose que l'on pourra lui accorder, ce fut d'avoir été le contemporain de Ronsard, du chirurgien Ambroise Paré, épargné du massacre et de quelques autres qui surent marquer le siècle, et peut-être l'Europe.

 

Reste que ce massacre de la Saint-Barthelemy engendra un massacre qui dépassa de loin les portes de Paris, pour s'étendre à tout le royaume. Et dans l'Europe entière, quelles que soient les nations, ferventes catholiques, comme l'Espagne ou l'Italie, ou plutôt Allemand ou Anglais, tournés vers de nouvelles religions, n'auront plus pour ce pauvre roi que pitié et mépris. Devint-il réellement fou en prenant conscience de son crime, comme le suggère Jean Teulé. Ce qui est certain, dans les témoignages historiques qui nous sont parvenus, c'est que le jeune roi n'avait plus toute sa tête. 

 

De santé fragile, à une époque où l'espérance de vie n'était pas non plus la nôtre, l'adaptation choisit de raconter la dégénérescence du roi, depuis les les meurtres de la nuit du 24 août, jusqu'à sa mort, survenue une année plus tard, à peine. De ces assassinats ciblés, qui se généraliseront dans tout le pays, Jean Teulé nous signifie que le roi ne s'en est jamais remis. 

 

Quant au parti pris graphique, que d'introduire des allusions - des hommages - au dessin de Peyo, avec une séquence Johan et Pirlouit, ou faire apparaître le Lucky Luke de Morris pour un tableau de plain-pied, tout cela conforte le lecteur dans la grande farce qu'on lui joue. Tout cela n'est pas bien sérieux, pas plus que ne peut l'être le monarque qui massacre des lapins ou des poules dans la chambre de sa maîtresse huguenote ou qui se lance à travers les couloirs du palais du Louvre, dans une chasse à courre, pour terrasser un cerf. 

 

Et les séquences fantasques de ce genre ne manquent définitivement pas. Même Ronsard se fait houspiller pour ses poèmes champêtres et son goût prononcé pour les jeunes filles, bien plus jeunes, qui ne savent pas ce qu'elles perdront si elles refusent ses avances, parce que, misère, quand elles seront vieilles, elles le regretteront bien....

 

Si Charly fut fou, alors il fut un de ces fous sympathiques, probablement un peu dangereux, mais avant tout en décalage complet avec la réalité qui les entoure. Un roi hors du monde, une sorte de Petit prince rongé par le remords, la culpabilité - et qui cependant ne buvait que de l'eau. Le travail de Richard Guérineau est aussi impressionnant que celui de Teulé est passionnant. Le processus de vieillissement du roi, pour qui avait oublié sa courte existence est saisissant : transpirant le sang, baignant dans sa propre médiocrité et ses reproches, Charles IX, dit Charly, pour l'occasion, mérite autant de compassion que de bûcher.

 

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Et un peu d'histoire