Rémunérer les auteurs : le festival BD du lac d'Annecy joue franc jeu

Nicolas Gary - 03.04.2019

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La 7e édition du salon de la bande dessinée du Lac d’Annecy — SévrierBD de son véritable nom — n’en démord pas : rémunérer les auteurs est une nécessité. Mais pour y parvenir, il faut parfois emprunter des chemins de traverse. Mais quand la cause est juste, aucune hésitation. 


 

Vincent Poirier, cogérant de la librairie BDFugue d’Annecy, premier sponsor de ce festival, se réjouit : « Voilà deux ans que cette question de la rémunération tournait au sein de l’association. D’abord parce que nous, libraires, sommes éminemment conscients des conditions de vie des auteurs — on les rencontre, on parle… Alors, oui, on peut le déplorer, mais pas forcément agir à notre niveau. »
 

Un premier pas, pour en amorcer d'autres


Comment le festival pouvait-il lui intervenir ? L’économie de ces manifestations est fragile — le sponsoring privé rencontre de plus en plus de difficultés. « En 2017 et 2018, le sujet était sur la table. Cette année, la rémunération a été intégrée dans le budget : nous fournissons 100 € à chaque auteur invité. C’est très peu, pour eux, y compris en regard des tarifs de la Charte, mais cela représente un gros effort à notre échelle. »

100 € pour leur seule présence, durant les deux journées, c’est effectivement loin des recommandations de la Charte. Pourtant, le festival a la volonté d’aller plus loin : « Nous avons sanctifié un montant de 3000 €, qui seront reversés dans tous les cas. » Et pour aller plus loin, c’est le président de l’association, Antoine Dompnier, qui suggère de lancer un financement participatif, avec d’autres membres.

« Notre idée repose sur la prise de conscience du statut des auteurs BD : si nous avons la volonté de les accompagner, probablement peut-on faire appel à d’autres », poursuit Vincent Poirier. 
 

À la recherche du cercle vertueux


Dans l’absolu, le budget à dégager pour les auteurs est de 12.720 € — soit 212 € par personne, sur deux jours. Le crowdfunding est là pour tenter d’arriver à cette somme — indépendamment des 3000 € qui sont déjà assurés.

« Si l’on peut démocratiser la pensée qu’un auteur en salon travaille, et qu’il ne passe pas ce temps sur ses œuvres, alors on avance déjà. L’étape suivante, c’est de considérer qu’être payé pour la présence, c’est une conséquence logique. »
 
D’ailleurs, l’exposition que la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, Dans la peau d’un auteur jeunesse : comment un auteur gagne-t-il sa vie, sera présentée au cours de la manifestation. Elle a également été déclinée en matériel de communication, à l'image de ces cartes postales.

Plume pas mon auteur
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Et le libraire d’insister : « On ne verse pas dans le misérabilisme ni l’exemplarité : simplement, si notre démarche peut ouvrir la voie aux 300 salons de BD partout en France, alors cela introduira un cercle vertueux. Parce que, ceux qui ne payent pas ne sont pas des monstres pour autant : il nous aura fallu deux années de réflexions pour nous lancer. »

Évidemment, dans le cadre de manifestations soutenues par le CNL et/ou La Sofia, cette question du respect des montants de rémunérations ne se pose pas. 
 

Encourager les saines démarches


À l’occasion du Salon du livre de Montreuil, les libraires de BDFugue avaient d’ailleurs rencontré Gaëlle Le Berre, directrice de la Charte. « Au départ, c’était notre exposition qui les intéressait, et le travail pédagogique réalisé avec ces planches sur le “salaire” des auteurs », indique-t-elle à ActuaLitté.

Au cours de l’échange, l’idée de passer par une solution de crowdfunding est évoquée — en l’occurrence, ce sera la solution adoptée par SévrierBD. « Ce n’est pas la solution à tous les problèmes, loin de là : quand on fait le travail de terrain qu’ils réalisent, on a toute légitimité à aller chercher des subventions publiques. »
 
Pour autant, la Charte reste ferme : « Bien entendu, on encourage cette démarche, parce qu’elle constitue un point de départ positif, à condition qu’elle aboutisse à une rémunération respectueuse par la suite des tarifs préconisés. » Et entre-temps, que l’événement puisse obtenir des financements supplémentaires.

« Il est important de se rapprocher des pouvoirs publics — en organisant des déplacements dans les écoles, pour développer une dimension Éducation Artistique et Culturelle, par exemple. Cela constitue le maillage le plus logique, dans la chaîne à défendre pour une manifestation. »

Les institutions locales, sensibles à ce type de démarche, seraient plus à même de pouvoir investir les deniers nécessaires à une rémunération juste. Et les dossiers présentés au CNL ou à La Sofia plus enclins à être validés.

En attendant, et pour soutenir la démarche du festival SévrierBD, on peut se rendre sur cette page
 


Commentaires
C'est vrai, même si les tarifs sont loin des préconisations de la Charte, l'intention est louable.

Une des pistes retenues par d'autres salons est de mettre en place des interventions payées aux auteurs (ateliers d'écriture ou de création, master class, interventions scolaires...). Mais une autre piste peut être aussi de réduire le nombre d'auteurs invités pour mieux les mettre en avant. C'est celle choisie par le festival du premier roman à Chambéry, avec un investissement du public local bien en amont dès la sélection des œuvres, et donc un succès jamais démenti.
C'est exactement le projet que j'essaye de monter pour les rencontres de BD à Marly en Moselle.
Le festival BD de Lezoux dans le Puy de Dôme a rémunéré les auteurs invités depuis sa 1ere édition en 2017, pas à la hauteur des préconisations de la Charte mais c'était un engagement fondamental pour ses organisateurs.
C’est très louable en effet.

Qu’en est-il des AUTEURS AUTO-ÉDITÉS, qui sont vraiment TROP souvent mis dans mal case EXPOSANTS simplement pour avoir fait le choix (ou pas, le temps de trouver un éditeur) de s’auto-éditer ??

Or les auteurs « exposants » sont trop souvent NON NOURRI - NON LOGÉ - NON DÉFRAYÉ ET ENCORE MOINS RÉMUNÉRÉS.

Ceci est presque une règle qui est très regrettable.
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