Séisme à l'italienne : les caricatures de Charlie qui enflamment l'Italie

Nicolas Gary - 03.09.2016

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Charlie Hebdo a encore frappé, et cette fois encore, la polémique accompagne un dessin. C’est Félix qui s’est emparé du tremblement de terre survenu la semaine passée, avec une caricature qui, de l’autre côté des Alpes, ne passe pas du tout. Son Séisme à l’italienne fait vrombir le pays de colère autant que d'indignation. Et les médias tirent à boulets rouges contre l’irrévérence revendiquée par l’hebdomadaire satirique.

 

 

 

Tout y passe : le blasphème, la provocation, le rire de tout, pas de problème. Mais les Français sont une fois de plus pointés du doigt pour ce que l’Italie prend comme une marque d’arrogance supplémentaire. Et surtout, un rire qui résonne alors que l’on parle des victimes d’une catastrophe naturelle. Bien entendu, aucun média en Italie ne revient sur le massacre survenu le 7 janvier à la rédaction de Charlie, et l'élan de solidarité d'alors. Mais le dessin de Felix ne passe pas du tout : on ne rit pas avec tout le monde, de tout.

 

La publication française se défend, argue qu’elle voulait dénoncer les véritables responsables de la catastrophe. Mais les quelque 300 morts emportés par le tremblement de terre, cela n’a rien à voir avec des terroristes, rétorque l'Italie. Plus question d’être Charlie quand le journal se moque des innocents qui sont morts, et des enfants, lit-on dans les multiples commentaires laissés sur les réseaux sociaux. 

 

La position de Charlie n'est pas celle de la France

 

Au point que l’Ambassade de France en Italie s’est sentie obligée de diffuser un communiqué : « Le tremblement de terre qui a frappé le centre de l’Italie le 24 août est une immense tragédie. Nous sommes proches de l’Italie dans cette épreuve difficile. La France présente ses plus sincères condoléances aux autorités et au peuple italien, et a proposé son aide. À cette fin, notre ambassade est à la disposition ds autorités italiennes. [...] Les caricatures de presse, les vues exprimées par les journalistes sont libres. Le dessin publié par Charlie Hebdo ne représente certainement pas la position de la France. »

 

Sauf que l’hebdomadaire ne s’est pas arrêté en si bon chemin. S’excuser, c’est s’accuser dit-on, et voici comment Charlie a décidé de répondre à la polémique qu’il a déclenchée : 

 

Pour l’heure, ni le Premier ministre Matteo Renzi ni le ministre de la Culture, Dario Franceshini n’ont encore pris la parole. Mais le message semble unanimement passer à travers Facebook ou Twitter : Charlie Hebdo est libre, totalement libre, de faire les dessins qu’il souhaite.  À l’image du député du Latio, Nicola Zingaretti, plusieurs personnalités politiques ont réagi au dessin.

 

Vous êtes libres de faire les dessins que vous voulez, je suis livre de dire, « vous devriez avoir honte »

 

 

"Nous ne nous y attendions pas", jure Charlie

 

Marika Bret, DRH de Charlie Hebdo, a tenté de calmer le jeu, dans les colonnes du Messaggero. « Nous n’avions pas imaginé un seul instant que, deux jours plus tard, cela aurait provoqué un tel bordel. » Et pourtant, des centaines – des milliers, bientôt? – de messages, de réactions qui s’accumulent. « Ce n’est pas un dessin pour rire des morts ou de leur famille. Charlie a voulu dénoncer les véritables responsables de la tragédie, ceux qui ont construit les maisons qui se sont écroulées comme du carton. Ou comme des lasagnes », indique-t-elle.

 

La faute à ceux qui n’ont donc pas compris le message – et aux Italiens qui sont passés à côté du sens du dessin. « Visiblement, oui. Sincèrement, nous avons été très étonnés, quand nous avons découvert l’avalanche de messages de menaces, d’insultes. Une virulence rare. Pour cela, nous avons décidé de répondre avec un autre dessin, qui explique peut-être mieux ce que nous voulions dire », poursuit la rédaction.

 

« Ce n’est pas que nous ne sommes pas accoutumés aux messages de violence, ou au fait que nos satires ne plaisent pas. Mais cette fois nous ne nous y attendions pas. »