Sexe, Tibet et Xinjiang : thèmes prohibés dans la BD en Chine

Clément Solym - 16.10.2009

Manga/BD/comics - Univers BD - sexe - tibet - Xinjiang


Deux solutions quand on est Chinois et que l'on fait de la BD : éviter de parler (ou même évoquer) un sujet sexuel, ou la politique. Va plus rester grand-chose, m'est avis. Mais enfin, vous rétorquera-t-on : dans l'imaginaire de tout un chacun, les BD, c'est pour les enfants, et ce sont des univers enfantins. Toute BD doit vous donner l'impression que ce n'est pas sérieux, ajoute Shiu Ming, auteur membre du PEN.

Et les auteurs, comme les maisons d'édition les utilisent pour véhiculer des messages autres que ceux de la réalité. Pour ça, y'a les romans... gniark, gniark, gniark...

De fait, sur ce secteur comme dans tous les autres dans l'édition, une censure forte s'exerce sur des sujets précis : sexe, Tibet, Xinjiang, autant de maux dont le public chinois ne souhaite bien évidemment pas entendre parler et moins encore dans le contexte bédé. Au cours de la Foire de Francfort, les tentatives renouvelées pour que les officiels s'expriment sur le sujet ont toutes abouti à une même réponse : pas de commentaire.

Pourtant, un éditeur français a, en 2005, créé la surprise. Xiao Pan a publié les Chroniques de Pékin, avec une édition allemande cette année. Ces dix histoires de la Chine moderne brossent un tableau différent et plus complet peut-être. Mais surtout bien plus inofficielle. « Il y a bien plus en Chine que ce que les images officielles vous montrent », explique-t-on chez le distributeur allemand, qui espère ouvrir quelque peu l'esprit de la jeune génération.

La construction du pays sur les 20/30 prochaines années passera de l'endoctrinement à l'émancipation, rêve l'auteur John Naisbitt, et apportera un renouveau dans le pays. Tout cela n'est qu'une question de temps, estime-t-il, avant que la publication de BD ne s'assouplisse dans le pays, qui a déjà donné des signes d'évolution sur les questions commerciales.

On assisterait même à la publication d'oeuvres concernant la corruption ou les femmes qui souhaitent avoir plus d'un enfant, des sujets complètement tabous quelques années auparavant. Dans l'ensemble, les jeunes créateurs qui arrivent ne veulent pas simplement remplacer le système actuel, ils désirent un véritable changement. Et les éditeurs pourraient les suivre : les idées nouvelles qui seront publiées demain auront alors une incidence réelle sur l'opinion publique...