Siné Mensuel, Charlie Hebdo : la satire journalistique souffre

Cécile Mazin - 05.11.2014

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Ils ont tous deux un patrimoine génétique commun, voire quelques intervenants issus de l'un, passés chez l'autre : Siné Mensuel et Charlie Hebdo sont deux figures de la satire, l'humour et la gaudriole journalistique, option dérision et franc-parler. Mais les deux publications connaissent également des difficultés financières qui mettent en danger l'expression satirique dans le journalisme. Et chacun réagit avec ses outils. 

 

 

 

Siné Mensuel avait déjà dû en appeler au soutien de ses lecteurs l'an passé. Et pour 2014, on prend les mêmes problématiques, et on recommence. La parution, qui faisait suite à l'arrêt de Siné Hebdo, était parvenue à obtenir 85.000 € de dons, de quoi « tenir toute l'année », expliquent Siné et l'équipe dans un billet. Avec des numéros qui coûtent 65.000 € pièces, et des ventes passées de 19.000 exemplaires à 15.000 exemplaires...

 

« On ne peut pas s'endetter, aucune banque n'a envie de nous prêter du fric ! Et, comme vous le savez, nous n'avons pas de grosse machine capitalistique pour nous aider à franchir les vents mauvais. Pour toutes ces raisons, nous nous tournons à nouveau vers vous… »

 

Le prochain numéro sera alors l'avant-dernier, si la campagne de dons lancée le mois dernier ne se concrétise pas. 13.500 € ont été récotés, mais pas de quoi passer le cap de 2014. La situation est tragique, et « si rien ne se passe, c'est une assurance de mort certaine », avec la possibilité que Siné Mensuel disparaisse corps et biens et âmes avec. L'hypothèse ne fait d'ailleurs plaisir à personne : 

 

Là, on ne va pas se pousser du col, mais vous en connaissez beaucoup de journaux qui chient autant dans la colle ? Évidemment, si nous disparaissons, le monde continuera de tourner, les emmerdements de voler en escadrille, les enculés et les fachos de nous tomber sur la gueule comme à Gravelotte… Le rire, la provoc', l'esprit mal tourné, mais avec esprit, tous ces petits espaces de liberté et de rigolade que nous vous livrons chaque mois, cela va nous manquer à tous. Et vous nous manquerez. Mais on garde la niaque et on se bat pour continuer. Encore et encore.

 

 

 

Et chez Charlie Hebdo, alors ? Même son de cloche, bien évidemment. Pour des raisons différentes, ou presque.  

 

Des éditeurs de presse qui se financent avec la pub ont trouvé malin de mettre gratuitement le contenu de leur publication sur le Net. La pub devait payer le journal. La pub sur le Net paie que dalle ou pas assez, du coup les éditions numériques deviennent toutes peu à peu payantes. Les lecteurs, à qui on a fait croire que l'information pouvait être gratuite, rechignent à débourser quelques centimes pour lire ce qu'ils ont pris l'habitude de lire gratuitement. Entre-temps, les marchands de journaux, concurrencés déloyalement par les éditions numériques gratuites, ont mis la clé sous la porte...

 

 

Dans tous les cas, les ventes ne sont plus en mesure de couvrir les coûts de fabrication du journal, qui refuse d'ailleurs d'augmenter le prix de vente de ses numéros. Et sans argent, plus de guerre.  

 

Charlie Hebdo doit rester cette splendide verrue sur le nez mou du consensus médiatique ! Que deviendrait la meute des curés de la bien-pensance, qui nous traitent alternativement de pédés, d'homophobes, de Juifs, d'Arabes, d'islamophobes, de christianophobes, de laïcards, de féministes, de misogynes, de bougnoules, de racistes, de gauchistes, de socialistes, de végétariens, de mangeurs de cadavres, d'anarchistes, de staliniens, de punks à chien, de centristes à chat (consultez les réseaux sociaux pour avoir la liste complète) ? 

 

 

Appel aux dons, à la fidélité ou l'intérêt des lecteurs, tout cela n'est pas nouveau, certes, mais quand la presse satirique est menacée, on se retrouve dans une situation plus complexe encore.