Sylvie Uderzo : 'Ma solution était radicale. Plus d'Astérix après mon père'

Julien Helmlinger - 18.10.2013

Manga/BD/comics - Univers BD - Astérix - Sylvie UDerzo - Anne Goscinny


Depuis plusieurs années maintenant, Sylvie Uderzo ne cache pas son agacement. Cela avait commencé en janvier 2009, avec le début de rachat par Hachette des éditions Albert René, éditeur... d'Astérix. « Aujourd'hui, j'entre en résistance. Pourquoi ? Parce qu'Astérix est mon frère de papier », écrivait-elle alors. 

 

 

Exposition Astérix à la BnF

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Hachette avait acquis 60 % de la maison en décembre 2008, et déjà, Sylvie Uderrzo, fille d'Albert, lisait « l'histoire d'une manipulation destinée à changer le cours naturel de la vie et de la survie d'une oeuvre artistique ». Finalement, en mars 2011, le groupe Hachette annonçait l'acquisition des 40 % qui restaient : celui qui était, pour Sylvie Uderzo, le pire ennemi d'Astérix, venait d'engloutir tout le village. 

 

Nous sommes aujourd'hui à quelques jours de la sortie du nouvel album, le 35e, et depuis le début de la semaine s'est ouverte une exposition entièrement consacrée au petit Gaulois, à ses créateurs, Goscinny et Uderzo, et leurs histoires respectives. Et ce n'est pas sans tristesse que la fille du dessinateur se penche sur la question - ou du moins, la presse l'y a plongé. 

 

C'est que les journalistes sont prompts à évoquer, à l'occasion d'un entretien avec le dessinateur Didier Conrad, le « nouveau papa » d'Astérix. Un rapprochement d'autant plus facile à opérer que le 35e album a été réalisé sous la surveillance d'Uderzo lui-même, qui a dû contraindre Conrad à modifier son trait pour coller le plus possible à l'iconographie d'Astérix, justement.

 

Réaction immédiate de Sylvie Uderzo : 

Je me suis pétrifiée sur place, cuillère à la bouche, tel Obélix lorsqu'il se transforme en statue de pierre dans  « La galère d'Obélix ». Comprenez moi, le seul papa que je connaisse, je veux dire « les » seuls papas sont René Goscinny et mon père. Je trouve que certains raccourcis journalistiques sont un peu rudes… Quoique que l'on fasse, quoique l'on me dise, il sera difficile de remplacer les auteurs à l'origine de cette grande histoire de la BD.

 

Et de rappeler combien son père et Goscinny étaient proches, certes, mais également complices sur le plan personnel et professionnel. Et que leur influence sur de nombreux futurs auteurs de BD, contrairement à ceux qui prennent la relève, a été immense. 

 

l'ADN d'Astérix n'est pas mort

 

Le problème qu'elle pose n'est donc pas tant celui du nouvel album - dont elle ne précise d'ailleurs pas qu'elle l'ait lu ou non - mais bien le fait que de « nouveaux papas » se chargent désormais de faire perdurer les aventures d'Astérix, et que son père, ainsi qu'Anne Goscinny aient autorisé cette continuité.  

« Soit ils se contenteront de faire de l'Astérix sans prise de risque, soit, parce qu'ils ont du talent, ils finiront par détourner l'œuvre originale. Quelle est la bonne solution ? La mienne était plutôt radicale. Plus d'Astérix après mon père. Car c'est bien lui qui m'avait fait promettre il y a des années, et ce, jusqu'à il y a 5 ans : « Après moi, tu pourras faire ce que tu veux sauf des nouveaux albums », poursuit Sylvie Uderzo.

 

Et de souligner plus particulièrement le rôle d'Anne Goscinny dans ce revirement de son père, et l'influence qu'elle aurait pu exercer : « Non, rien ne me fera changer mon analyse : toute cette affaire que l'on veut présenter comme un conflit familial est juste une histoire de sesterces. Mon père a-t-il eu le choix face à cette machine de guerre qu'est Hachette ? Que font-ils miroiter à tous ceux qui les approchent ? Mais, pour moi, l'ADN d'Astérix n'est pas mort. Oui, je veux qu'il survive à ses auteurs, mais pas de n'importe quelle façon, et pas à n'importe quel prix. Foi d'une irréductible. » 

  

Rappelons qu'un nouveau volet juridique est survenu la semaine passée, après que le parquet de Nanterre s'est saisi de la plainte déposée par Sylvie Uderzo, justement. Elle est dirigée cette fois contre l'expert-comptable d'Albert Uderzo. Il lui est reproché d'avoir fourni un faux témoignage aux enquêteurs de la BRDE. Et c'est pourtant un témoignage qui a eu une grande incidence sur le rapport de la BRDE…